#DropGold : faut-il vraiment vendre son or pour acheter du Bitcoin ?

0
1202
dropgold

Vous en avez peut-être entendu parler, la société d’investissement Grayscale a lancé une grande campagne baptisée #DropGold (« laissez tomber l’or »). Son objectif ? Vous convaincre que l’or est dépassé, que le futur c’est Bitcoin. Que faut-il vraiment en penser ? Voici quelques considérations…

En préambule, ce blog n’a jamais été anti-cryptos, au contraire. Il suffit de faire une recherche sur ce mot clé et lire les quelques articles consacrés à ce sujet pour le constater. Comme tous les sujets que nous traitons, nous tentons d’adopter une posture neutre, tout en reconnaissant être victimes de biais. Vouloir nier que nous avons tous, à des degrés divers, des opinions préconçues qui influencent notre jugement, c’est nous empêcher de pouvoir les dépasser lorsque la réalité nous donne tort.

En ce qui concerne l’or et les cryptodevises en tant que monnaie, nous reconnaissons des points communs, mais aussi des différences fondamentales. Si nous sommes en désaccord avec ceux qui disent que BTC n’a aucune valeur intrinsèque, car c’est tout simplement faux (ceux qui le prétendent sont les mêmes qui mettent l’accent sur l’énergie nécessaire pour le minage), nous sommes également en désaccord avec ceux qui disent que Bitcoin est supérieur à l’or.

DropGold, une initiative risible

Tout d’abord, il n’y a que chez les inconditionnels invétérés des cryptos que l’on tente de convaincre autrui de la supériorité d’un actif. Ces « investisseurs » se comportent comme des supporters de football, lorsqu’ils choisissent un camp, ils sont convaincus d’avoir choisi le bon. Ils ne supportent pas la critique, tout en tirant à boulets rouges sur les autres crypto-actifs.

Cet esprit puéril dans lequel la passion prend le pas sur la raison se retrouve dans cette campagne. Les arguments utilisés sont d’ailleurs enfantins :

  • En bref, la vidéo de DropGold nous montre des gens transportant dans la rue d’énormes lingots, qui sont évidemment très lourds. Tellement lourds qu’ils représentent des millions de dollars. Pourquoi ces gens se promènent-ils avec des millions en rue ? Nous n’en avons aucune idée, il faudrait poser la question aux instigateurs de la campagne ;
  • « L’or n’a pas d’utilité » : Grayscale est-il au courant qu’il y a de l’or dans les composants informatiques utilisés pour maintenir le réseau Bitcoin en vie ?
  • Autre argument « choc » de Grayscale, l’or représenterait le passé parce que Nixon a abandonné le standard or dans les années 70. À moins d’être complètement autiste, Grayscale doit savoir que l’année dernière fut une année record d’achats d’or par les banques centrales, depuis Nixon justement. Qu’ils nous préviennent le jour où les banques centrales achèteront du Bitcoin.

Pourquoi Bitcoin n’est pas (encore) à la cheville de l’or

Tout d’abord, Bitcoin reste un actif qui doit encore faire ses preuves. C’est là que se situe LE risque. Quand Bitcoin a connu son terrible marché baissier le propulsant de 20.000 à 4.000 $, les régulateurs s’en sont détournés. Mais alors qu’il est reparti violemment à la hausse (plus de 8.500 $ au moment d’écrire ces lignes), les voix en appelant à son bannissement s’élèvent à nouveau. Aux États-Unis, le membre du Congrès Brad Sherman souhaite le bannir, car Bitcoin pourrait remettre en question la politique étrangère américaine, la collecte fiscale et le respect des lois de l’Oncle Sam en général.

Selon nous, il semble évident que dans le contexte du régime monétaire actuel un Bitcoin présentant un taux d’adoption élevé ne sera pas toléré. Les inconditionnels des cryptos vous diront qu’il est impossible de stopper le réseau en raison de sa décentralisation. Ils ne veulent pas comprendre qu’une interdiction des autorités dans les pays développés mènera à l’abandon de Bitcoin. Seule une utilisation entre particuliers deviendrait possible, l’absence de possibilité d’utiliser ses BTC dans l’économie officielle (régler ses achats, payer ses factures et ses taxes) signifie la mort de la cryptodevise.

Les avantages de l’or sur BTC

Les partisans des cryptos comme Grayscale nous propose régulièrement des tableaux comparatifs pour nous convaincre à quel point Bitcoin est supérieur à l’or. Ils se gardent bien entendu de citer les arguments qui font peser la balance en faveur de l’or. Voici celui de Grayscale :

comparatif BTC or

Comme vous pouvez le constater, il n’y a rien concernant l’histoire longue de plusieurs milliers d’années de l’or en tant que monnaie, les complications techniques engendrées par l’utilisation de Bitcoin, notamment en termes de sécurité informatique, le risque de bannissement par les autorités de son pays, avec chute immédiate de la valeur qu’on a pu l’apercevoir en Chine, en Inde ou en Corée du Sud (parfois simplement sur base de rumeurs), la dépendance de Bitcoin à l’infrastructure web (et même tout simplement à l’électricité, n’est-ce pas Porto Rico), l’appétit des banques centrales des émergents pour l’or, etc. Autre risque non négligeable vu l’ambiance qui règne entre la Chine et les États-Unis : la majorité des mineurs se trouvent dans l’empire du Milieu (environ 70 %). Or, qui contrôle 51 % de la puissance de hachage contrôle la cryptomonnaie.

Le facteur physique de l’or, jugé comme l’inconvénient majeur du métal, est aussi l’une de ses plus grandes qualités : il ne dépend de rien pour exister.

Avant de conclure, il y a également la possibilité de créer des crypto-actifs qui sont adossés à l’or afin de régler le problème, apparemment si handicapant pour Grayscale, du poids et de la portabilité de l’or.

Conclusion : avantage or jusqu’à nouvel ordre

En bref, Bitcoin est et reste une initiative intéressante qui devrait au moins avoir la curiosité des partisans de l’argent sain. Les 2 actifs poursuivent certains objectifs similaires, tout en ayant des différences fondamentales. Méfiez-vous des gens qui avancent des discours binaires, sur ce sujet ou d’autres. En ce moment Bitcoin reste spéculatif, tandis que l’or n’a plus rien à prouver. Grayscale semble avoir suivi à la lettre le principe de marketing qui dit que « toute publicité est une bonne publicité ». Nous sommes loin d’être convaincus que cela s’applique aux investissements.