Il va leur offrir (l’inflation), et ils l’adoreront pour ça

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Trump et la dette

J’avais pour habitude de me moquer, dans les médias dominants, du verbiage de la FED concernant ses décisions sur la hausse des taux car sous l’administration Obama, et ses politiques économiques chapeautées par les politiques monétaires de la FED, aucune décision n’était vraiment prise, n’est-ce pas ? C’était les taux zéro pour l’éternité, politique qui fut interrompue par un relèvement minimal et bien isolé en décembre 2015 (la hausse de décembre 2016 ne compte pas, vu que la transition vers la nouvelle administration ainsi que vers ce nouveau régime politique était déjà connue ; en fait, la FED a déjà procédé à son premier relèvement des taux sous Trump).

D’après les traders qui animent les contrats à terme sur les taux directeurs (FED funds futures), il n’y aura pas non plus de décision demain (lire hier). Du côté du CME Group, il n’y a quasi personne prédisant 2 hausses consécutives des taux.

Fed-funds-futuresCela pourrait, ou pas, être le cas. Je pense que tout a changé avec l’élection : la FED d’avant n’est plus celle d’aujourd’hui. La FED promouvait l’inflation, elle poussait l’économie dans le dos, et plus particulièrement les marchés. La FED est restée fidèle à son mantra tacite « gonfler ou mourir », ainsi qu’aux politiques monétaires associées durant huit longues années. Mais désormais, le pays a été retourné comme un œuf sur la face du jaune. La nouvelle administration a prouvé qu’elle n’avait pas lancé des paroles en l’air (en commençant par sa décision osée, radicale et, à mon avis, malavisée de séparer race et religion des politiques d’immigration).

En ce qui concerne l’univers financier, ce que l’administration Trump dit c’est qu’elle va implémenter une politique fiscale (au lieu de compter sur les politiques monétaires) à base de baisses d’impôts pour les grandes et les petites sociétés, pour les contribuables, y compris et surtout pour les riches, de grands travaux, dont le fameux mur (plus symbolique que réaliste, à mon avis) ainsi qu’une grande vague de dérégulations environnementales et corporatives. Il s’agit d’un environnement bien plus positif pour les affaires ; d’un point de vue politique neutre, il s’agit d’une bonne chose, économiquement parlant.

En bref, ce que nous voulons dire est qu’un nouveau scénario se présente. L’administration a repris le fardeau de l’action politique de la FED et donc celle-ci est libre d’agir à sa guise, affranchie des petits jeux politiques. La FED sait, comme nous le savons, que l’objectif indirect, et peut-être même non voulu, de l’administration Trump est de promouvoir l’inflation. Parce qu’elle souhaite doper l’activité économique par des décisions politiques, tout comme la FED l’a fait durant les huit années d’Obama. Quelle que soit la méthode, c’est via l’action politique que l’inflation est générée.

En interférant avec les dynamiques du système signalant l’inflation (par exemple l’opération Twist et son « assainissement » des signaux de l’inflation), la FED a, surtout depuis 2011, manipulé et brouillé les signaux. Donc le risque numéro 1 est que les pressions réprimées, mais non supprimées, refassent surface. Mais le risque numéro 2 est la promotion active de l’inflation via l’augmentation à venir des coûts du travail, de la demande de matières premières et d’autres données concrètes émanant d’une économie stimulée politiquement.

Nous parlerons dans un autre article de la dette massive qui va augmenter avec les projets de Trump, laissant la porte très grande ouverte à une liquidation déflationniste à n’importe quel moment de cette période inflationniste. Même si je me pose la question, dans cette éventualité, de savoir si la FED sera prête à sauver les meubles comme elle l’a fait depuis 2008… Le jeu a changé de nature, après tout l’œuf a été retourné. Mais il y a tellement de variables en jeu que nous pourrions nous retrouver avec des œufs brouillés au lieu d’un bel œuf au plat.

En limitant les relations avec les centres de « main-d’œuvre bon marché » pour favoriser la main-d’œuvre domestique relativement chère, la conséquence est la hausse des coûts (même si je pense que lorsque cela sera possible, les entreprises vont opter pour l’automatisation au lieu de payer des gens non qualifiés à 20 ou 30 $ de l’heure). Les entreprises, surtout celles qui sont cotées, ont tendance à n’en répondre qu’à leur actionnariat.

En mettant de côté la question de l’automatisation (que de points d’interrogation dans cet article, ce qui illustre le nombre de pièges qui attendent Trump dans son épopée visant à restaurer la grandeur de l’Amérique pour les classes moyennes), en libérant les entreprises, les riches industriels et les investisseurs des barrières des régulations et de l’imposition, ce coup de mou devrait bénéficier même à Joe le plombier. Dans un monde parfait, la hausse des coûts serait compensée par la hausse de la productivité et la baisse des coûts structurels des entreprises. Le problème ici, bien sûr, est qu’à chaque fois qu’une politique de la « propagation des avantages jusqu’à la base » a été mise en place, la seule chose qui a atteint le peuple fut marron. En termes moins crus, les riches s’enrichissent et ont tendance à garder la plus grosse partie du gâteau.

Cette complainte concernant ces huit années durant lesquelles les riches se sont enrichis sous le régime du gonflement de la valeur des actifs par les politiques de la FED se termine ; les investisseurs en ont profité et les classes moyennes en furent les victimes. Bien sûr, l’administration Trump est différente, mais on a déjà vu ce film auparavant. Tout d’abord sous Reagan, cela avait plutôt bien marché (ce qui est très différent de dire que ça a bien marché pour les travailleurs et les classes moyennes), et sous Bush II, lorsque cela n’avait pas fonctionné du tout (vu que les conséquences de l’inflation ont été encaissées par ceux qui vivent de salaire en salaire).

Ce qui me ramène au titre de cet article, la veille de la décision de la FED sur les taux. Vous avez probablement reconnu la réplique paraphrasée de Gracchus, du film Gladiateur. Trump a fait expressément des classes moyennes et des emplois délocalisés sa priorité. Mais le basculement vers la mondialisation qui fut initié par l’administration Clinton dispose de longs tentacules et de conséquences durables.

Disons qu’un travailleur A, un Américain pur souche habitué à certains standards, remplace un travailleur B, qui a migré dans ce pays ou, plus vraisemblablement, vit à l’étranger dans un centre du travail à bas coût comme la Chine ou le Mexique. Quelle augmentation de prix sur les produits découlera de ce changement de la structure des coûts du travail ? Parlons-nous de 8 à 10 $ de l’heure contre 20 à 30 $ de l’heure ? Est-ce que l’Américain moyen fera le travail en question pour 20 $ de l’heure ? Même s’il le fait, cela représente une augmentation de 100 % du coût de la main-d’œuvre.

Mais de nouveau, nous pouvons prendre en compte le soulagement fiscal et légal qui permettra aux entreprises d’absorber une partie de ces coûts. (…) Mais le feront-elles, et va-t-on encore entendre des histoires de patrons se permettant toutes les folies ? (…)

En conclusion, même si je ne prétends pas savoir exactement ce que l’avenir nous réserve, que ce soit une inflation à croissance régulière, ou encore si on connaîtra une liquidation déflationniste ou la stagflation, le croquant standard continuera d’être le dindon de la farce. Comme on dit dans l’armée, la boue s’écoule vers le bas… peu importe le tuyau qui la charrie. (…) »

Article de Gary Tanashian, publié le 31 janvier 2017 sur SafeHaven.com

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