La BCE baisse son taux directeur et relance son QE

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Ce jeudi, la BCE a annoncé la réactivation de son programme d’achats d’obligations (QE) et la baisse de son taux directeur de 0,10 % afin de soutenir la croissance économique (le portant à -0,5 %). Mario Draghi a également exhorté l’Allemagne et les Pays-Bas à dépenser davantage afin d’écarter tout risque de récession. Si ces décisions ne sont pas une surprise, les conditions dans lesquelles elles ont été prises interpellent. Mario Draghi, sur le départ, a menti à propos du consensus qui aurait entouré ces décisions. De Wolf Street :

Fronde sans précédent à la BCE

Le président Draghi, sur le départ, fait manifestement tout ce qui est nécessaire pour faire avancer son agenda. Nous ignorons sur quoi il porte exactement, mais il est clair qu’il ne concerne pas l’économie européenne, qui porte sur ses épaules le poids de ses décisions. En effet, elle doit supporter les conséquences destructrices des taux négatifs et des QE. Avec ses décisions, Mario Draghi est en train de détruire la légitimité des politiques de la BCE.

Le dernier incident a eu lieu ce jeudi. Durant la conférence de presse qui a suivi la réunion du Conseil des Gouverneurs, il a menti aux journalistes en affirmant que le « consensus était tellement important qu’un vote eut été inutile ». Alors qu’en fait, il a dû faire face à la fronde des présidents de banques centrales nationales représentant la moitié de l’économie de la zone euro, ainsi que de membres du comité exécutif.

La BCE a notamment annoncé le redémarrage de son QE à hauteur de 20 milliards d’euros par mois. Pour juguler l’impact d’un taux directeur encore plus négatif (de – 0,4 à -0,5 %), la BCE a annoncé que certains dépôts seront exemptés.

Mais c’est surtout le QE qui a divisé, engendrant une révolte sans précédent au sein des décideurs de la Banque centrale européenne. « Des sources au cœur du dossier » ont déclaré à Bloomberg que durant la réunion mouvementée, les membres suivants se sont vigoureusement opposés au redémarrage du QE (liste non exhaustive) :

  • Jens Weidmann, Président de la Bundesbank ;
  • François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France ;
  • Klaas Knot, Président de la Banque centrale des Pays-Bas ;
  • Ewald Nowotny, Gouverneur de la Banque centrale autrichienne l
  • Ardo Hansson, Gouverneur de la Banque d’Estonie ;
  • Sabine Lautenschlaeger, Membre du comité exécutif ;
  • Benoît Coeuré, Membre du comité exécutif.

Les pays des responsables de ces 5 banques centrales, de Weidmann à Hansson, représentent environ la moitié du PIB de la zone euro.

Ils se sont opposés au redémarrage du QE, mais aucun vote ne fut tenu. Il s’agit de la façon de procéder en cas de consensus. Mais il n’y en avait pas. Draghi a décidé d’imposer sa volonté.

D’après les sources de Bloomberg, « il s’agit d’un désaccord jamais vu dans le mandat de 8 ans de Draghi à propos d’une décision majeure de politique monétaire ».

Les adversaires du QE ont avancé pour argument qu’il n’y a pas d’urgence, qu’il est préférable de conserver cette possibilité pour plus tard, notamment en cas de Brexit sans accord. Draghi a menti en affirmant que le consensus était tel qu’un vote était inutile.

Ce n’est pas la première fois que Draghi agit ainsi. Il avait notamment déclaré en juin que ces éventualités avaient déjà été discutées, ce qui n’était pas le cas. Le fait que ces désaccords aient fuité montre à quel point les Gouverneurs et les membres du comité exécutif sont excédés par les mensonges et méthodes de Mario Draghi. Pour rappel, celui-ci présidera sa dernière réunion du Conseil des Gouverneurs le 24 octobre pour ensuite passer le flambeau à Christine Lagarde.

Trump évidemment pas content

Alors que Trump venait de remettre un gros coup de pression sur Powell tout en ayant renvoyé Bolton, le président américain n’a pas vraiment apprécié l’annonce de la BCE. Il l’a accusée, sur Twitter, « d’essayer, et de réussir à dévaluer l’euro par rapport au très vigoureux dollar, ce qui handicape les exportations américaines ». Draghi, de son côté, s’est contenté de déclarer que ses politiques sont dictées par le mandat de son institution. « Nous n’avons pas d’objectifs concernant les taux de change », a-t-il insisté.