La FED va maintenir son taux directeur alors qu’elle navigue dans le brouillard

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Dans les 6 semaines qui ont suivi le dernier relèvement des taux par une FED sûre d’elle en raison d’une économie américaine « vigoureuse », la confiance des ménages a chuté, les prix de gros ont faibli, les marchés financiers ont tangué et le marché immobilier a ralenti.

Au-delà des frontières américaines, la Chine a tenté de doper le crédit pour relancer une économie en perte de vitesse, la BCE a pris acte d’une croissance en déclin dans la zone euro et le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale. Le Fonds monétaire international a également averti que le commerce mondial a piqué du nez alors que les nations se livrent une guéguerre sur les droits de douane.

Après avoir terminé leur réunion de 2 jours ce mercredi, les décideurs de la FED doivent évaluer le risque posé par ces facteurs alors que le cycle d’expansion économique américain dure depuis presque une décennie.

Leur tâche est compliquée par la non-publication de certains chiffres économiques clés en raison du shutdown, désormais partiel, démarré il y a plus d’un mois. Des statistiques importantes concernant les ventes au détail et le PIB ne sont notamment plus publiées.

Si les raisons d’être prudent n’étaient pas suffisantes, ce brouillard économique soudain impose désormais cette posture attentiste, estimaient les analystes à l’aube de cette semaine cruciale.

Les responsables de la FED « semblent vraiment vouloir faire une pause… ils ne savent pas vraiment ce qui s’est passé avec l’économie, car les chiffres ne sont pas publiés », a déclaré Melanie Baker, économiste senior de Royal London Asset Management.

La Banque centrale américaine a publié son rapport à 14 heures, et le consensus avait raison : elle a bien indiqué dans celui-ci que les taux ne risquaient plus de bouger, tandis que la réduction de la taille de son bilan se poursuivra comme prévu.

Une pause possible qui se confirme

Les analystes de Goldman Sachs s’attendaient à ce que la FED mette de l’eau dans son vin par rapport à sa posture agressive de décembre. Ils avaient raison, on a assisté à quelques modifications légères de la sémantique utilisée, des changements subtils qui sont néanmoins significatifs lorsqu’on est familier avec le langage de la FED. Par exemple, de « vigoureuse », l’activité économique est désormais qualifiée de « solide ». Jerome Powell a également été plus direct lorsqu’il a reconnu qu’il y a des « contre-courants » qui doivent être réglés avant que la hausse des taux puisse reprendre. Quels sont-ils ?

  • Le ralentissement en Chine et en Europe.
  • Les effets du Brexit.
  • Le shutdown du gouvernement américain.

Alors qu’il y a 6 semaines, il promettait encore des « hausses graduelles », il parle aujourd’hui de « prudence ». À moins que tous les soucis se règlent dans les mois à venir, on peut raisonnablement affirmer que la FED ne bougera plus en 2019.

En ce qui concerne le détricotage du bilan de la FED, aucune modification des plans antérieurs n’est au programme. Powell a également indiqué qu’en cas de récession et de taux zéro insuffisants pour relancer la machine économique, la FED pourrait lancer un nouveau programme d’assouplissement quantitatif. Contrairement à l’Europe et au Japon, la Banque centrale américaine ne considère pas les taux négatifs en tant qu’arme de son arsenal pour combattre les récessions.

L’or, qui était déjà techniquement bien positionné pour poursuivre sa hausse cette semaine, a bien profité de ces nouvelles en dépassant les 1320 $ l’once au moment d’écrire ces lignes.

Sources : ici et ici