Les péripéties du Venezuela vont-elles accélérer les opérations de rapatriement d’or ?

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Rapatriement de l'or en Hongrie (MNC)

« La réputation de la Banque d’Angleterre en tant que lieu sûr et impartial pour le stockage et les échanges d’or semble être irrémédiablement entachée » : telle est la conclusion de Ronan Manly, analyste de Bullion Star, connu pour ses enquêtes minutieuses sur le marché de l’or physique.

Le long article qu’il a publié sur le site de son employeur est accablant. Les accusations de blocage envers la BoE, qu’il avait lancées dès le 15 novembre, ont d’ailleurs été confirmées par Bloomberg le 25 janvier dernier, lorsque le média financier américain a indiqué que « la décision de la Banque d’Angleterre visant à refuser la demande de retrait d’or des officiels de Maduro a eu lieu après que des responsables américains de haut rang, dont le secrétaire d’État Michael Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, aient fait pression sur leurs homologues britanniques afin de couper l’accès du Venezuela à ses actifs à l’étranger, d’après une source qui s’est confiée anonymement ».

Ce qui faisait dire à Manly que la décision de la Banque d’Angleterre prise sous la pression du gouvernement américain et britannique fait montre d’un mépris total pour la propriété et des accords signés. La Banque d’Angleterre a de facto ignoré les termes du contrat qu’elle a paraphé avec le Venezuela concernant le stockage de son or. Et comme l’auteur le fait remarquer, pendant que la Banque d’Angleterre gagnait du temps, les États-Unis se pressaient à préparer de nouvelles sanctions et à pousser dans le dos Guaido dans le but d’enfin obtenir ce renversement de régime au Venezuela.

Des péripéties qui devraient inquiéter plus d’une banque centrale

Voilà où nous en sommes : si vous n’êtes pas dans les bonnes grâces de Washington et de ses alliés, vous prenez un risque très concret en stockant de l’or à la Banque d’Angleterre. On se souvient que Chavez avait déjà rapatrié une bonne partie de l’or de son pays. Des lingots avaient été laissés à Londres dans le but de faciliter des opérations de swap, ou des ventes. Le Venezuela peut s’en mordre les doigts, car tant qu’il n’aura pas un gouvernement aligné sur les puissances occidentales, il risque de ne jamais revoir son métal jaune.

Cet épisode rappelle une fois de plus que seul un stockage propre garantit l’accès à son or. Il n’est donc pas étonnant qu’un pays comme la Hongrie ait récemment décidé de rapatrier tout son métal à Budapest (photo).