La FED va-t-elle contrôler les taux obligataires US ? Oui, selon BoA

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Eccles Building de la Fed

Préparez-vous à ce que la Federal Reserve fixe les objectifs des taux obligataires américains. Il s’agirait d’une nouvelle mesure sans précédent prises par la Banque centrale américaine pour soutenir l’économie.

La FED pourrait changer son fusil d’épaule. Au lieu d’acheter des obligations, elle pourrait fixer des taux spécifiques par obligation. Selon Mark Cabana, de la recherche de Bank of America, cette décision devrait être prise en septembre alors que la FED tente de mitiger les risques de déflation dans les années à venir.

Cette nouvelle décision pourrait être prise par la FED de crainte de ne pas posséder les outils nécessaires pour soutenir la croissance économique alors que son taux directeur est déjà proche de zéro suite à ses décisions agressives pour combattre la récession engendrée par le coronavirus.

Dans une interview accordée à MarketWatch, l’ancien membre de la FED qui a rejoint Bank of America a déclaré que la politique de contrôle de la courbe des taux n’est pas très populaire parmi les banques centrales. Seuls le Japon et l’Australie ont adopté cette mesure non conventionnelle jusqu’à présent.

Autrefois considéré comme une option excentrique seulement utilisée par un Japon empêtré dans la déflation, le contrôle de la courbe des taux s’est récemment invité dans les discussions des responsables de la FED.

Le compte-rendu de la réunion d’avril de son comité, qui prend les décisions concernant les taux américains, fait état de certains membres qui ont évoqué la possibilité d’y recourir. John Williams, président de la FED de New York, et le gouverneur Lael Brainard se sont prononcés en faveur de l’adoption de cette politique.

Selon Cabana, le contrôle de la courbe des taux devrait être implémenté en conjonction avec des indications prospectives concernant des taux bas tant que certains objectifs d’inflation n’ont pas été atteints. Et ce, afin d’empêcher les investisseurs de penser que la FED resserrera la vis monétaire au moindre signe de pression sur les prix.

« De la perspective de la FED, en tout cas de celle de Brainard, nous n’allons pas fournir que des indications prospectives parce que nous ne pensons pas atteindre 2 % d’inflation avant longtemps. Mais ils veulent également insister sur le fait qu’ils resteront relativement accommodants après cela. Je pense que les marchés sous-estiment ce point », a-t-il déclaré en évoquant l’inflation des dépenses en consommation des ménages, qui est l’indicateur d’inflation préféré de la FED.

Une telle stratégie pourrait permettre au bilan de la FED de ne pas trop gonfler par rapport à des achats mensuels fixes d’obligations. Lorsque les traders seront convaincus de la crédibilité des promesses de la banque quant aux taux courts, ils cesseront de parier sur ces titres. Cela diminuera donc les besoins d’intervention de la banque centrale afin de contrôler les taux.

« Ils peuvent réduire le rythme de l’augmentation de la taille de leur bilan avec cette stratégie », a-t-il déclaré, en prenant pour exemple comment la Banque centrale australienne et la Banque du Japon ont éliminé efficacement la volatilité sur les obligations ciblées.

Il se peut que les investisseurs anticipent déjà ce changement de politique. En effet, l’écart entre les obligations à taux courts et à taux longs a commencé à se creuser. Par exemple, le spread entre les obligations sur 5 ans et 30 ans a augmenté jusqu’à 1,2 % ce jeudi, un record depuis 2017.

Contrôle de la courbe des taux : loin d’être la panacée

Cela dit, l’adoption d’une politique de type contrôle de la courbe des taux n’est pas sans poser de problème. Promettre la continuité de cette politique jusqu’à l’émergence d’un certain niveau d’inflation signifie que la FED pourrait devenir dépendante de celle-ci. En effet, la Banque centrale américaine éprouve toutes les peines du monde à générer 2 % d’inflation depuis 2008, malgré l’utilisation de nombreuses politiques non conventionnelles.

De plus, cette promesse de maintenir les rendements à certains niveaux pourrait remettre en question la séparation des politiques monétaires et fiscales. Par exemple, un gouvernement qui souhaite augmenter ses dépenses pourrait favoriser les émissions obligataires à court terme dont les taux sont contrôlés par la FED.

« Un secrétaire au Trésor pourrait très clairement tirer profit de cela », a-t-il déclaré.

Cela pourrait néanmoins n’avoir aucune espèce d’importance vu que la FED semble prête à acheter toutes les obligations émises par le Trésor pour sortir l’économie de l’ornière.

« De facto, la FED monétise la dette américaine. Le marché des bons du Trésor fonctionne sous les auspices des investisseurs privés, mais cela va passer dans les mains de la FED. »

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