La FED, après avoir soutenu les marchés, devra faire face aux conséquences

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Eccles Building de la Fed

Les efforts de la Federal Reserve visant à stabiliser l’économie pourraient pousser les entreprises à prendre trop de risques. Ce qui créerait une bulle sur le marché des obligations d’entreprise, d’après Scott Minerd, CIO de Guggenheim Investments (source).

« Cela va encourager un endettement excessif, alors que celui-ci était déjà en train de se constituer avant la crise. Cela va se poursuivre pour atteindre des niveaux absolument sans précédent dans l’histoire », a déclaré Minerd à l’occasion d’une conférence virtuelle sur l’assurance ce mercredi.

Les politiques de la FED et du Trésor ont permis à des entreprises dans des secteurs tels que l’aviation et l’horeca de survivre à l’effondrement économique engendré par les confinements, a rajouté Minerd. Mais dans certains cas, les actions du gouvernement ont poussé des entreprises déjà trop endettées à emprunter encore plus.

Les actions de la FED l’obligeront à se retrouver tôt ou tard face à ses responsabilités, a déclaré Minerd lors d’une interview accordée à Bloomberg Television après la conférence.

Peter Gailliot, CIO de BlackRock, a déclaré durant cette conférence que la FED a essayé de contrôler le risque moral. Mais « ils ont franchi certaines limites. Il reste à voir quels autres risques moraux pourront se présenter, et jusqu’où la FED est prête à aller ».

Gailliot a notamment évoqué la décision de la banque centrale d’ajouter de la dette à haut rendement, ainsi que des actifs « d’anges déchus » (fallen angels) à son bilan. Il estime que ce sont les marchés de l’immobilier commercial et de la dette décotée qui vont souffrir le plus alors que la crise se prolonge. Il craint de voir de nombreuses entreprises faire faillite.

« Nous craignions vraiment que les faillites et les défauts de paiement ne soient plus stigmatisés comme auparavant », a-t-il déclaré.

Les stratégistes des grandes banques deviennent pessimistes pour le dollar

Le billet vert est en perte de vitesse depuis les décisions politiques monétaires historiques de la FED. Alors qu’il vient d’atteindre un plus bas de 3 mois par rapport à ses 6 rivaux majeurs, les stratégistes de Wall Street préviennent depuis quelques jours que le long cycle haussier du dollar pourrait enfin prendre fin. C’est ce qu’a rapporté le Financial Times en citant les analystes de Goldman Sachs, JPMorgan, Deutsche Bank et Citigroup (source). Une prédiction à prendre avec des pincettes, vu qu’elle s’articule autour d’une reprise de l’économie et d’un désamour pour le billet vert en tant que valeur refuge.

Passages clés

« Plusieurs facteurs positifs pour le dollar se sont soit effacés récemment, ou commencent à vaciller. »

« Durant ces derniers mois, nous avons déconseillé aux investisseurs de shorter le dollar en raison de nos craintes vu le contexte, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. »

« Les grandes économies, comme celles de la Chine, ont commencé à rouvrir en affichant des taux d’infection bas. La proposition franco-allemande pour un fonds de reprise européen a dopé l’euro en apaisant les inquiétudes fiscales à travers l’Europe. »

« Nous pensons qu’il est approprié pour les investisseurs de positionner leur portefeuille pour une baisse du dollar. »

« Nous n’avons désormais plus la confiance pour nous mettre en travers du chemin de l’optimisme, nous neutralisons donc encore plus nos recommandations défensives antérieures. »

« Si l’économie mondiale a vraiment atteint son plus bas pour ensuite rebondir, que les taux américains sont à zéro et que la croissance économique US est plus basse que celle des marchés émergents, nous pourrions voir le dollar entrer dans un marché baissier susceptible de durer de 5 à 10 ans. »