L’économie allemande est en chute libre, Draghi est désormais impuissant (Pritchard)

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euro qui brule

Le secteur industriel allemand traverse sa pire période depuis la crise financière. Il menace désormais de précipiter l’économie allemande dans une récession en bonne et due forme. Ces perspectives qui s’assombrissent forcent la BCE à envisager des mesures encore plus périlleuses.

L’influent institut IFO de Munich a déclaré que l’indicateur du climat des affaires du secteur industriel est tombé en « chute libre » en juillet, alors que les effets à retardement des tensions commerciales mondiales agissent en rognant la confiance. Cela va bien au-delà des soucis du secteur automobile. Plus de 80 % des usines allemandes sont en contraction.

Cet avertissement suit celui d’IHS Markit, qui a montré que l’activité dans l’ensemble de la zone euro a chuté à des niveaux similaires à ceux enregistrés au pire de la crise de la dette de 2012.

Clemens Fuest, président de l’IFO, a déclaré que la jauge des attentes concernant l’activité en Allemagne a connu sa plus grosse chute depuis le début de 2009.

« Tous les problèmes se manifestent de concert. Il y a la Chine, la montée globale du protectionnisme, les bouleversements des chaînes logistiques mondiales », a-t-il déclaré.

Mario Draghi, président de la BCE, a averti que les perspectives vont « de mal en pis », qualifiant les économies italienne et allemande de victimes d’un choc commercial asymétrique.

Il y a des signes de contagion au secteur des services, ce qui fait craindre que ce ralentissement se transforme en quelque chose de bien pire. Selon Draghi, le marché du travail reste stable pour le moment. « Le risque de récession reste bas, au final », a-t-il déclaré. Mais l’emploi est un indicateur à retardement.

La BCE a téléphoné un nouveau paquet de stimulations pour l’automne, promettant d’utiliser « tous les instruments disponibles » à propos des attentes concernant l’inflation. « Nous n’aimons pas ce que nous voyons sur le front de l’inflation », a déclaré Monsieur Draghi.

Cependant, le conseil des Gouverneurs reste divisé, si bien qu’il s’est gardé d’agir. Les colombes craignent de plonger dans un cycle de déflation à la japonaise qui deviendrait irréversible.

Les signaux contradictoires de la BCE provoquent des girations folles sur les marchés. Les Bunds sur 10 ans ont atteint des plus bas historiques pour ensuite repartir à la hausse sur fond de crainte d’un QE se faisant plus attendre que prévu, et à l’impact moindre qu’anticipé.

Monsieur Draghi a ouvert la porte à des taux plus bas. Mais les effets de taux inférieurs à -0,4 % sont tout sauf clairs. Les critiques affirment que ce niveau atteint déjà le « seuil de renversement », à savoir lorsque des taux aussi bas affectent tellement le secteur bancaire que cela débouche sur une contraction.

Il existe des méthodes pour protéger les banques, connues sous le nom d’étagement (tiering). Mais beaucoup suspectent que la motivation réelle derrière un taux directeur encore plus négatif est de pousser l’euro à la baisse afin de voler les stimulations monétaires des autres banques centrales.

Seemah Shah de Principal Global Investors estime que les politiques monétaires sont presque inutiles dans ce contexte. C’est pourquoi la BCE pourrait en réalité « essayer d’influencer les taux de change », malgré les démentis.

S’il s’agit vraiment de l’objectif, c’est risqué. Le mois dernier, Trump a accusé Draghi de manipuler l’euro afin de s’octroyer un avantage compétitif injuste. Selon Albert Edwards de Société Générale, Trump « explosera de colère » si la BCE tente sa chance. La zone euro devrait changer son fusil d’épaule et recourir à des stimulations fiscales. Mais elles sont empêchées par une « idéologie inappropriée » et la rigidité du pacte de stabilité.

Le Trésor américain pourrait considérer que ce nouveau QE consiste en une politique de dévaluation déguisée vu que l’argent prend la direction des marchés mondiaux pour affaiblir l’euro. Selon David Owen de Jefferies, la moitié des 2,6 trillions de dollars de QE de la BCE ont fini aux États-Unis, en Grande-Bretagne et d’autres pays du monde.

« La BCE ne devrait pas être accommodante. Si elle pousse l’euro à la baisse, il est encore plus probable que Trump réponde en redémarrant la guerre commerciale », a déclaré le Dr Fuest de l’IFO.

« L’argent facile ne fait qu’empirer les choses, cela devient dangereux. Nous avons des marchés actions en hausse alors que l’économie ralentit. Nous nous dirigeons vers une crise », a-t-il déclaré.

« Il n’y a pas de problème de disponibilité du crédit. Le renversement sera provoqué par d’autres facteurs. La raison concerne le commerce, or des politiques accommodantes n’ont pas d’influence sur celui-ci », a-t-il déclaré.

Selon Ruben Segura-Cayuela de Bank of America, la BCE est désormais impuissante. « Les politiques monétaires ont désormais atteint le mur de l’impuissance. Nous ne voyons pas ce qu’un QE additionnel apporterait en termes de rendement », a-t-il déclaré.

La récession industrielle européenne qui se propage pourrait précipiter les choses. « Nous sommes inquiets. Lorsqu’on fait de la corde raide, tout choc peut avoir des conséquences dramatiques. En Europe, contrairement aux États-Unis, nous ne disposons pas des outils pour faire face à ces chocs », a ajouté Segura-Cayuela.

Draghi fut très près d’admettre qu’il est désormais presque impuissant lorsqu’il a dit : « Si la détérioration des perspectives économiques se poursuit, les politiques fiscales deviendront essentielles. » La BCE ne pourra pas sauver à nouveau la zone euro. Le témoin est désormais dans les mains des politiciens.

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