L’erreur mortelle de raisonnement de la théorie monétaire moderne, selon Blanchard

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Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI et professeur du MIT, à qui l’on doit de nombreux ouvrages sur la macroéconomie, a mis les pieds dans le plat ce mardi en ce qui concerne le débat sur la théorie monétaire moderne, un sujet qui déchaîne les passions.

La théorie, connue sous son acronyme TMM, a frappé l’imagination des démocrates de gauche, car elle semble offrir la possibilité de combattre les inégalités via un financement de la FED. Depuis le début de la campagne présidentielle 2020, on assiste à une guéguerre sur les réseaux sociaux entre les économistes, qui tentent de définir ce qu’est la théorie monétaire moderne.

Durant un débat sur le futur des politiques fiscales organisé par la fondation Peterson, le modérateur, à savoir le journaliste du Wall Street Journal Greg Ip, a résumé la théorie ainsi : « La TMM considère que les États-Unis peuvent emprunter et dépenser autant que désiré afin d’atteindre le plein-emploi, car vu que le pays émet sa propre devise, il ne peut tomber en faillite. »

Mais ce que la TMM ne comprend pas, selon Blanchard, c’est que la FED ne peut pas faire fonctionner la planche à billets pour financer ces nouvelles dépenses. « Croire qu’il suffit de créer de l’argent pour financer des dépenses est erroné, c’est complètement faux », a-t-il déclaré.

La FED a bien acheté pour des trillions de dollars d’actifs dans le cadre de son QE, afin de faire baisser les taux longs et de sortir l’économie de la grande récession de 2008. Mais il ne s’agit pas de création monétaire à proprement parler, selon Blanchard.

La FED a simplement acheté des obligations à long terme avec de la dette à court terme en créant des réserves sur lesquelles elle paye des intérêts. Dans les faits, un QE est une nouvelle façon de faire de la dette gouvernementale.

« Si la FED crée de l’argent à taux zéro, alors il y aura de l’hyperinflation. Un QE débouche sur la création d’une dette nouvelle, à savoir les réserves bancaires », a-t-il déclaré. « Croire que l’on peut agir ainsi comme par magie est complètement faux », a-t-il déclaré.

La seule exception serait le Japon, un pays qui attire l’attention des avocats de la TMM. Mais il se fait que dans ce pays, les taux sont à zéro. « Lorsque vous êtes à zéro, la dette et l’argent sont la même chose », a-t-il déclaré. Mais cela ne peut pas durer éternellement.

« Le jour où le Japon devra payer un intérêt positif sur ses émissions obligataires, cela signifie que des intérêts positifs devront être payés sur les dépôts, sans quoi les gens se mettront à le dépenser, ce qui mènera à l’hyperinflation », a-t-il déclaré.

Blanchard semblait être un allié naturel des partisans de la TMM. Il s’était notamment attiré les foudres de certains de ses homologues de l’American Economic Association en début d’année 2019 lorsqu’il avait dit que les risques posés par les niveaux d’endettement des gouvernements étaient surestimés en raison du nouveau régime fait de taux bas.

Son raisonnement est le suivant : en raison des taux bas, la dette publique n’entrave pas les investissements productifs, une crainte de longue date en ce qui concerne des dettes publiques trop élevées.

Selon Blanchard, la meilleure stratégie pour la politique fiscale américaine consisterait à réduire lentement mais sûrement les déficits tout en prenant soin de ne pas impacter l’économie.

En cas de récession, la FED ne disposera pas d’armes suffisantes pour la combattre seule. Il faudra également recourir à des politiques fiscales, ce qui creusera davantage la dette. Mais cela ne sera pas catastrophique, selon lui.

Il a ajouté que les politiciens doivent commencer dès maintenant à baisser les dépenses afin d’empêcher la dette d’exploser, notamment à cause des prévisions d’augmentation des budgets de la sécurité sociale et d’autres prestations sociales.

Source : MarketWatch.com