Les regards sont désormais rivés sur Jerome Powell

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volatilité

Les marchés ont été très secoués. Voir les actions américaines plonger jusqu’à 10 % durant ces 10 derniers jours a certainement remis les pieds de certains investisseurs sur Terre.

Après un marché haussier long de presque 9 ans, les actions viennent de connaître leur 4e correction de 10 %. Mais comme je l’ai rappelé, ce n’est pas la fin du monde. En août 2015 et janvier 2016, les marchés actions américains ont corrigé de 10 % pour ensuite rebondir rapidement.

Cependant, cette correction est la plus mystérieuse de toutes vu qu’aucun événement clairement identifiable ne s’est produit pour l’expliquer, comme les dévaluations chinoises qui ont engendré les corrections d’août 2015 et de janvier 2016.

Les taux augmentent tandis que la valeur des obligations baisse alors qu’il n’y a pas de signes visibles d’inflation. Enfin, les variations de l’or sont confinées dans un écart restreint, ce qui est en fait plutôt optimiste vu les vents contraires engendrés par les hausses des taux de la FED et la baisse en général des taux d’intérêt. Donc que se passe-t-il, comment assembler les pièces du puzzle ?

Le 8 février, Stuart Barney de Fox Business Network m’a interviewé. J’ai tenté d’expliquer que la raison de cette correction est à chercher du côté de la hausse des taux obligataires.

Mais cette hausse des taux n’est pas due à l’inflation. Elle n’est pas en vue. Les chiffres de l’emploi du 2 février sont bien plus faibles qu’annoncé.

Cette hausse des taux obligataires s’explique par la crainte subite d’énormes déficits engendrés par les baisses d’impôts de Trump, le budget du Congrès ainsi que la hausse des défauts sur les crédits étudiants garantis par le gouvernement.

Les conséquences sur les déficits de ce triple coup dur sont tellement épouvantables que l’or est vigoureux malgré la hausse des taux, de crainte que ces énormes déficits et une éventuelle baisse de la note américaine érodent la confiance en le dollar.

Voici donc l’explication : déficits plus élevés = taux en hausse = baisse de confiance dans le dollar = baisse des actions = hausse de l’or. Tout est lié.

Comme je l’ai dit, les actions ont rapidement rebondi après les corrections d’août 2015 et de juillet 2016. Mais attention, cette fois cela pourrait être différent. La Bourse pourrait poursuivre sa chute et ne pas rebondir aussi rapidement, surtout si la FED n’intervient pas le 21 mars, soit la date de la prochaine réunion de son comité.

Aujourd’hui, on s’attend à ce que la FED relève son taux directeur. Mais si le désordre perdure sur les marchés, elle pourrait décider de leur offrir une bouffée d’oxygène en repoussant. C’est ce qu’avait fait Janet Yellen en septembre 2015, ainsi qu’en mars 2016.

Cependant, le nouveau président de la FED, Jay Powell, ne devrait pas intervenir, en tout cas pas dans un premier temps. Il voudra relever le taux directeur en mars pour montrer aux forces du marché qu’il ne se laisse pas impressionner. En raison de cela et d’autres facteurs négatifs concernant les taux, les investisseurs américains doivent s’attendre à une baisse durable des actions. Ils vont devoir composer avec la volatilité. C’est d’ailleurs la grande nouvelle découlant de cette correction : le retour de la volatilité après une période de calme exceptionnel. (…)

Le VIX (l’indice de la peur), qui a explosé de plus de 100 %, a fait un véritable massacre dans de nombreux portefeuilles (note : Bitcoin est jaloux…). Un hedge fund de 500 millions de dollars a perdu 82 % de sa valeur la semaine dernière, si bien qu’il a fermé ses portes à de nouveaux investisseurs. (…) Dans le Financial Times, un article de Gillian Tett a rapporté l’histoire d’un trader qui a commencé avec 50.000 $ pour arriver à 4,2 millions de dollars en vendant la volatilité avec effet de levier. Il a tout perdu la semaine dernière.

La réalité est que l’excès de confiance alimente l’excès de confiance jusqu’au jour où tout se retourne. (…) »

Article de Jim Rickards, publié sur dailyreckoning.com le 13 février 2018