Les taux sont « cadeaux » mais pour qui ?

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taux négatifs

Pour soutenir l’économie, les autorités monétaires maintiennent les taux bas. Il s’agit d’un cadeau empoisonné pour les banques comme pour les épargnants.

En maintenant les taux bas, les banques centrales restreignent les capacités bénéficiaires des banques, qui ont besoin de taux élevés pour recouvrer une rentabilité satisfaisante. Les maigres bénéfices des banques limitent leurs concours à l’économie, entravant la croissance.

Depuis 2009, les autorités des pays développés ont découvert la pierre philosophale de la politique économique, avec l’argent gratuit ou presque (du moins pour les riches et les États) pour l’éternité.

Désormais, plus de souci, on peut accumuler les déficits budgétaires afin de satisfaire les appétits des électeurs s’estimant oubliés du partage d’argent gratuit, et s’endetter à volonté sans souffrance, puisque les taux sont « cadeaux ». Un rêve de politicien !

Pas étonnant que les appétits s’aiguisent et qu’ils soient de plus en nombreux à solliciter vos suffrages…

Dans ces conditions, faut-il s’attendre à un effet « bonanza forever » ? Dépensons plus Folleville, la facture ne sera jamais présentée !

Nicolas Perrin a récemment souligné tous les risques, explosifs, que cette situation aberrante fait logiquement peser sur notre système économique. Inutile d’y revenir.

A tout cela s’ajoute un petit grain de sable, issu des normes dites de Bâle. Car les bénéfices des banques sont pénalisés par le maintien sur longue période de taux d’intérêt trop bas.

En effet, les normes prudentielles internationales imposent aux banques un ratio minimum entre fonds propres et encours total des prêts accordés à leurs clients (sauf pour les prêts aux États souverains, pour lesquels les règles sont plus généreuses…).

En conséquence, pour pouvoir prêter davantage et mieux satisfaire la demande de leurs clients, notamment pour des projets à forte valeur ajoutée annonciateurs d’une croissance saine future, les banques doivent faire grossir leurs fonds propres.

C’est mathématique.

Pour renforcer leurs fonds propres, et donc leurs capacités à mieux financer le développement économique, les banques n’ont que deux solutions.

La plus simple, la plus saine, c’est de faire suffisamment de bénéfices pour pouvoir, après distribution du dividende, mettre le résultat net restant en réserve.

Mais cela suppose d’avoir une excellente capacité bénéficiaire. Or le maintien sur longue période de taux d’intérêt bas ne permet pas aux banques d’accumuler des bénéfices à la hauteur des enjeux.

A défaut de dégager des bénéfices suffisamment élevés pour renforcer « naturellement » les fonds propres, il reste une bonne vieille méthode. Appeler les actionnaires à participer à une augmentation de capital.

Un signe que rien ne va plus pour les banques

Mais les actionnaires ne le feront que s’ils ont le sentiment qu’ils auront dans le futur un bon retour sur investissement. Or de nombreuses banques européennes cotent environ la moitié de leurs fonds propres, du jamais vu dans l’histoire moderne, signe magistral de la défiance des investisseurs à l’égard du secteur bancaire.

La perspective de taux d’intérêt bas, voire nuls ou négatifs « pour toujours », ne peut pas rendre les épargnants optimistes sur les capacités bénéficiaires des banques. Ces investisseurs ne seront donc pas très motivés par une augmentation de capital qui soit sera un échec, soit ne sera tout simplement pas tentée.

Certes, par la technique des T-LTRO et autres QE, les banques centrales mettent à disposition des banques commerciales des encours prêtables conséquents. Ces ressources s’ajoutent à celles qu’elles obtiennent par les mécanismes classiques de financement des banques.

Cependant, les ratios prudentiels étant inchangés, les capacités totales de prêt des banques restent plafonnées (sauf pour le risque souverain bien sûr…) proportionnellement à la taille de leurs fonds propres.

En définitive, pour le particulier, c’est « face je perds » (rendements obligataires voisins de zéro voire nuls ou négatifs, pénalisant l’assurance-vie et les plans retraite), ou bien « pile je perds » (économie anémiée sur la longue période, réduisant les opportunités de placements sains, sauf à être initié ou à prendre le risque d’une bulle).

Cette fragilisation du bilan des banques présente un risque systémique et porte les germes d’un effondrement de l’économie à terme et donc de l’éclatement des bulles. L’épargnant peut toujours se dire « tant que je gagne, je joue » mais qui peut croire qu’il sera assez lucide pour sortir des bulles à temps ?

Pour percevoir des rendements élevés dans cet univers de taux bas, certains pourront par exemple regarder les techniques de génération de revenus par la vente d’options.

Ou encore les investissements dans l’immobilier international, diversifié, dans des pays où la rente locative reste encore élevée, par l’intermédiaire de fonds se chargeant de la gestion et mutualisant les risques.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

Article d’Olivier Myard, via les publications Agora. ENA, Sciences Po Paris, Olivier Myard est aujourd’hui fonctionnaire international, en poste en Amérique du nord (Etats-Unis, Canada) depuis 2005. Auparavant, il avait développé sa carrière dans le secteur privé (banque, assurances), mais aussi au sein du réseau international du ministère des finances (Services économiques en ambassade) et auprès des juridictions financières (Cour des comptes, chambres régionales des comptes). Il a passé la moitié de sa vie en dehors de France métropolitaine mais reste attentif à l’évolution de son pays, avec un regard de l’extérieur.