Limogeage du patron du FBI : l’escalade de l’instabilité politique aux USA menace-t-elle les marchés ?

0
1797
TRump

Drainer le marécage… Cette promesse de campagne de Donald Trump, nous l’attendions depuis son investiture. Une décision allant dans ce sens a enfin été prise avec le limogeage du patron du FBI, James Comey. Le nouveau président américain est décidément bien imprévisible, le timing étant plus que douteux. Si certains analystes, comme David Stockman qui n’a pas épargné le magnat de l’immobilier depuis son investiture, applaudissent des deux mains (Stockman a notamment écrit un article intitulé « Bravo, le Donald s’est enfin débarrassé d’une créature du marais ») même s’il souligne que ce limogeage s’est fait à contretemps, d’autres comme Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph se font du souci pour la suite des opérations, allant même jusqu’à affirmer dans son dernier article que « durant mes 35 années passées à couvrir les affaires américaines et mondiales, je ne me souviens pas d’une confluence plus dangereuse de circonstances » :

La catastrophe Trump est de mauvais augure pour les marchés surévalués

Le risque d’une crise de destitution du président et de mois de paralysie de Washington augmente de façon exponentielle. Vous ne pouvez pas virer le patron du FBI comme ça.

Le limogeage de James Comey par Donald Trump sur fond d’une enquête de contre-espionnage qui prend de l’ampleur — sur des bases qui semblent fictives — est un assassinat politique. Il est comparable à l’épisode du Massacre du Samedi Soir de la saga du Watergate, même vraisemblablement pire.

Malgré tous ses défauts, Richard Nixon était au moins un homme d’État de politique étrangère. Rares sont ceux qui ont suggéré que ses collaborateurs proches avaient joint leurs forces à une puissance hostile pour influencer une élection américaine.

On ne peut que présumer que le Bureau Ovale tente de faire obstruction à l’enquête visant l’équipe de campagne de Monsieur Trump concernant des suspicions de collusion avec le Kremlin. Comme le New York Times l’a écrit aujourd’hui dans un éditorial de sa une, « Mr Comey a été viré parce qu’il menait une enquête active susceptible de faire tomber le président ». Cela semblait être aussi simple que cela.

Quant à savoir si l’escalade de la crise constitutionnelle pose un risque pour les marchés actions surévalués et les marchés du crédit, c’est loin d’être clair. Il n’y a pas de précédent historique. C’est clairement le genre de catalyseur qui pourrait briser la suffisance, même si actuellement la volatilité du VIX est étrangement calme, à un plus bas de 24 ans.

En tant que correspondant de Washington dans les années 80 et 90, j’ai couvert aussi bien l’affaire Iran-Contra que le scandale ayant mené à la destitution de Bill Clinton par la Chambre des Représentants. Dans l’aventure, je me suis entretenu avec des gens du FBI.

Dans ces deux épisodes, les marchés ont ignoré les événements. Rien n’a perturbé Wall Street. (…) Il y avait toute une série de gens convaincus qu’un Armageddon politique était sur le point de se déclarer, ainsi qu’un krach boursier cathartique. Ceux qui ont shorté Wall Street en suivant ces conseils ont perdu beaucoup d’argent. (…)

Mais en ce qui concerne le krach de 1987, il y avait de bien meilleures raisons. Le dollar était en chute libre. L’inflation augmentait. La FED serrait la vis des deux mains. L’Allemagne précipitait le Lundi noir en forçant les taux européens à remonter. L’apparition de l’automatisation du trading a ensuite transformé la vague en une spirale négative.

Wall Street a bien vacillé en 1973 et en 1974 alors que les enregistrements secrets du Bureau Ovale rattrapaient Richard Nixon, et que l’Amérique se réveillait en découvrant « le cancer de la présidence ». Mais cela avait coïncidé avec l’embargo pétrolier arabe et la récession de type stagflation qui fut accentuée par les ondes de choc de la fin du système de Bretton Woods. C’eût été un traumatisme pour les marchés mêmes si Liddy et ses clowns de cambrioleurs n’avaient jamais pénétré dans le bâtiment du Watergate.

Il est encore trop tôt pour déterminer si les actions de Donald Trump mettent en péril la démocratie et l’ordre constitutionnel américain, mais la durée de 10 ans du mandat des directeurs du FBI a une bonne raison : les placer en dehors de tout contrôle politique, à l’instar des juges fédéraux. (…)

Il est cependant inquiétant pour l’administration Trump d’entendre des Républicains se joindre à l’appel de la nomination d’un procureur spécial. (…) À divers degrés, les Républicains de Capitol Hill considèrent Monsieur Trump comme un intrus qui a détourné l’appareil de leur parti pour sa gloriole personnelle. Ils ne couleront pas avec son navire, si cela devait se produire, ils ne souhaitent pas non plus entamer leur capital politique pour défendre son agenda.

C’est important, car la hausse des marchés grâce à l’effet Trump est alimentée par la simple perspective d’actions qui sont très loin de leur concrétisation. Les investisseurs ont déjà « empoché » un accord futur de baisse de la fiscalité de deux trillions de dollars, ainsi que des investissements d’un trillion dans l’infrastructure, une opération keynésienne de stimulation qui creuserait le déficit budgétaire à 4 ou 5 % du PIB au cours de cette décennie.

Plus la Maison Blanche s’enfonce dans la crise et se bat pour sa survie, moins cette débauche fiscale irresponsable, à contretemps, en fin de cycle économique et populiste a de chances d’avoir lieu. Il sera ensuite difficile de justifier un ratio cours/bénéfice Shiller CAPE de 29,19 sur le S&P 500, le record de ces 130 dernières années si on exclut les anomalies de 1929 et de la bulle Internet de 2000.

Des choses bien plus importantes sont évidemment en jeu. Monsieur Trump a montré qu’il est un démagogue irascible dont le jugement stratégique est catastrophique et qui est sujet aux actes impétueux. Nous avons affaire à un homme tout à fait capable d’abuser de la puissance militaire américaine pour quasi n’importe quel motif, et à tout moment.

Durant mes 35 années passées à couvrir les affaires américaines et mondiales, je ne me souviens pas d’une confluence plus dangereuse de circonstances. »