La note de l’Illinois abaissée à un cran du statut « actif risqué »

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Chicago

Cela va de mal en pis pour l’État emblématique de la Rust Belt, l’Illinois, dont la note vient d’être abaissée de concert par Moody’s et S&P, respectivement à Baa3 et BB+, soit à un cran du statut junk. Il s’agit de la pire note attribuée à un État de l’histoire des États-Unis, comme nous l’apprend cet article de Bloomberg :

« L’Illinois a vu sa note obligataire être abaissée jusqu’à un cran au-dessus de junk par Moody’s et S&P, la note la plus faible de l’histoire d’un État américain, alors que la paralysie politique de longue date qui entrave l’adoption d’un budget ne semble pas trouver d’épilogue.

S&P a averti que la dette de l’Illinois risque de passer dans la catégorie des actifs risqués le 1er juillet, ce qui serait une première, si ses dirigeants ne s’accordent pas sur un budget mettant fin aux déficits chroniques de leur État. Jeudi, Moody’s a imité son concurrent S&P en justifiant sa décision par les caisses de retraite sous-financées de l’Illinois et ses nombreux retards de paiement : des factures pour environ 40 % de son budget sont impayées.

« Les blocages politiques ont entravé les efforts visant à satisfaire les besoins du système des pensions mais aussi pour atteindre l’équilibre budgétaire », a déclaré Ted Hampton, analyste de Moody’s dans un communiqué. « Durant l’année précédente, les négociations infructueuses, les batailles politiciennes et les défis posés par la dette se sont suffisamment intensifiés pour justifier un abaissement de note, peu importe si un compromis fiscal est trouvé. »

Cela fait deux ans que l’Illinois n’a pas adopté de budget annuel en raison des désaccords entre la législature menée par les Démocrates et le gouverneur républicain Bruce Rauner. C’est pourquoi le cinquième État le plus peuplé des États-Unis (note : un peu moins de 13 millions d’habitants) affiche des arriérés de paiement de 14,5 milliards de dollars, ce qui ravage des entités comme les universités et les prestataires sociaux dépendant des aides étatiques, tout en impactant le marché obligataire de l’Illinois alors que les investisseurs demandent une prime de risque supérieure. (…)

Les obligations sur 10 ans de l’Illinois affichent un taux de 4,4 %, soit 2,5 % de plus que celle des États les plus solides. (…)

Au 30 juin, l’Illinois devra des intérêts et des pénalités de retard pour un montant estimé à 800 millions de dollars par le contrôleur général des finances Susana Mendoza. Elle a averti des conséquences terribles qui frapperaient les résidents de l’État si un budget pour l’année fiscale 2018 n’est pas adopté au 1er juillet. Des services sociaux additionnels pourraient cesser leurs activités tandis que les universités publiques pourraient faire face à des licenciements.

« Nous allons désormais vraiment faire face à de gros soucis », a déclaré le président du Sénat John Cullerton. « Nous allons assister à des abaissements de note. Nous n’avons pas de financement pour les écoles. Nous n’avons pas de financement pour l’enseignement supérieur ainsi que pour toute une série de programmes sociaux. Nous n’avons pas de budget. »

Malgré l’absence de budget, l’Illinois a continué de couvrir les paiements liés à ses émissions obligataires. Comme les autres États, il ne peut faire défaut pour échapper à sa dette. Le statut junk, cependant, ne ferait qu’augmenter la pression financière sur ses coûts d’emprunt, notamment parce que cela empêcherait de nombreuses caisses mutuelles d’acheter la dette émise par l’Illinois. »