PDG de Franco-Nevada : « Nous ignorons comment remplacer les grands gisements d’or du passé »

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lingots d'or pur

Le pic de l’or est un sujet chaud. Aujourd’hui, c’est au tour de Pierre Lassonde, PDG de Franco-Nevada, d’annoncer que la production d’or va probablement baisser. C’est ce qu’il a déclaré à l’occasion d’une interview accordée au journal suisse Finanz und Wirtschaft :

« Rares sont ceux qui peuvent se targuer d’avoir aussi bien réussi dans le secteur minier que Pierre Lassonde. Ce Canadien futé est le cofondateur et le PDG de la société Franco-Nevada. Il fut le pionnier du système des royalties du secteur minier de l’or, emprunté à celui du secteur de l’énergie. Pour les investisseurs, cette stratégie a offert des rendements en or. Cependant, M. Lassonde indique qu’aujourd’hui le secteur minier n’a plus découvert de grands gisements depuis de nombreuses années, ce qui pourrait déboucher sur une forte pression haussière sur les prix dans les années à venir. Il pense également que le président Trump est un facteur positif pour le métal jaune, et que les investisseurs seront plus à la fête avec du métal qu’avec des actions minières.

M. Lassonde, après quelques années difficiles l’or semble retrouver de son éclat. Comment va évoluer le cours ?

En ce moment, il y a plus de demande pour l’or papier que pour l’or physique. Par exemple, si vous interrogez les raffineries suisses, elles vous diront qu’elles ont du métal mais que ce n’est pas l’effervescence. Ce n’est pas comme il y a 18 mois, lorsqu’elles n’avaient pas de stock et que la production était expédiée quasi immédiatement. Donc la pression se trouve sur le marché de l’or papier, des contrats à terme.

Comment expliquez-vous ceci ?

La vigueur récente de l’or s’explique par ce que j’appelle la prime de risque sur le monde. Il y a de nombreuses spéculations qui entourent la Corée du Nord, le président Trump. Je n’ai pas de relation personnelle avec Monsieur Trump, mais je connais un peu l’homme. Lorsqu’il a été élu, j’avais prédit qu’il allait bloquer l’administration américaine car il s’agit d’un homme totalement imprévisible. Personne ne sait où il va, or il est impossible de diriger un pays de cette façon.

Quel est le rapport avec l’or ?

Aucun membre du Bureau Ovale ne se risquerait à des déclarations aussi excentriques que celles de Trump. C’est bénéfique pour l’or. Après l’élection américaine, j’avais anticipé que le dollar allait souffrir de cette présidence. Le cours de l’or dépend fortement du dollar. Le métal jaune est en quelque sorte l’anti-dollar. (…)

Comment voyez-vous le cours de l’or évoluer ?

Pour cette année, je prédis un cours situé entre 1 250 et 1 350 $ l’once, et de 1 300 à 1 400 $ pour l’année prochaine. Pour que l’or démarre véritablement un marché haussier, nous avons besoin de signes d’inflation, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. La FED et d’autres banques centrales ont accumulé d’énormes réserves. Il n’y a pas d’inflation car l’argent est parqué dans les banques. (…) Ce qui s’est passé récemment aux États-Unis avec les catastrophes naturelles va entraîner de grands travaux de reconstruction. Cela pourrait enfin faire bouger l’inflation. L’Europe se porte mieux. Donc je pense que tôt ou tard l’inflation va commencer à se manifester.

Que cela signifie-t-il pour le secteur minier de l’or ?

Tout d’abord, à 1 300 $ l’once, le secteur se porte bien. Comme je le dis à mes collègues, « si vous n’engrangez pas de profits à 1 300 $, vous ne devriez pas travailler dans ce secteur ». Mais le secteur a dû lâcher du lest. (…)

Quelles sont les conséquences de cette réduction de la voilure ?

La production baisse, et cela finira par mettre une énorme pression sur les prix. Si vous regardez en arrière, durant les années 70, 80 et 90, durant toutes ces décennies le secteur a découvert au moins un gisement contenant 50 millions d’onces au minimum, au moins 10 contenant plus de 30 millions d’onces et d’innombrables gisements de 5 à 10 millions d’onces. Cependant, durant les 15 dernières années nous n’avons trouvé aucun gisement de plus de 50, ou même de plus de 30 millions d’onces. Seuls quelques rares gisements de 15 millions d’onces ont été identifiés. Où sont les grandes sources d’or que nous avions trouvées dans le passé ? Comment allons-nous les remplacer ? Nous ne savons pas. Ces sources ne sont pas en vue.

Pourquoi ne trouve-t-on plus ces grands dépôts ?

Notamment en raison des efforts grandement insuffisants des sociétés dans l’exploration. Elles n’ont également pas suffisamment investi dans la recherche et le développement, notamment dans les nouvelles technologies d’exploration et de traitement du minerai. Dans notre secteur, il faut environ 7 ans pour qu’une nouvelle mine démarre la production. Peu importe les évolutions du cours de l’or à l’avenir, la production va baisser, ce qui signifie que la pression haussière sur les prix pourrait être très intense.

Pourquoi le secteur a-t-il sous-investi ?

Le secteur a dû suivre une cure d’austérité. L’explosion de la popularité des ETF a également bouleversé les marchés des capitaux : les sociétés qui n’y participent pas sont marginalisées, les autres traités comme des élues. (…)

Quel est votre conseil pour les investisseurs intéressés par l’or ?

C’est très intéressant. Durant ces 100 dernières années, il y a des périodes de 10 à 30 ans durant lesquelles il était préférable d’investir dans les actions. Tandis qu’il y a des périodes de 10 à 15 ans durant lesquelles il était préférable d’avoir misé sur l’or.

Dans quelle période sommes-nous aujourd’hui ?

Prenons par exemple le Dow Jones. À mon avis, il représente les actifs financiers. L’or, à l’opposé, représente les actifs tangibles : l’immobilier, les œuvres d’art et autres actifs similaires. Si vous observez le cycle de l’or entre 1966 et 1980, vous pouvez voir que le ratio or/Dow Jones a atteint un pic de presque 28/1, ce qu’il signifie qu’il fallait 28 unités d’or pour acheter une unité du Dow. Ce cycle à long terme s’est ensuite inversé pour obtenir presque la parité. Un cycle similaire a eu lieu dans les années 30. De 360 point en 1929, le Dow Jones a chuté jusqu’à 36 points dans les années suivantes, il a donc perdu environ 90 % de sa valeur. Au contraire, l’or est passé de 24 à 34 $, si bien que le ratio fut presque de 1/1, comme à la fin du cycle 1966/1980.

Que cela signifie-t-il aujourd’hui pour les investisseurs ?

Aujourd’hui, le Dow est à plus de 22 000 points et le prix de l’once d’or à environ 1 300 $. C’est presque un ratio de 18/1, on peut clairement voir que la tendance est en train de s’inverser. Cela signifie-t-il que nous allons à nouveau obtenir la parité ? Cela voudrait dire que le cours de l’or a atteint un nouveau très élevé auquel personne n’est préparé. Je n’en sais pas plus qu’un autre, mais cela a déjà eu lieu 2 fois durant le dernier siècle. L’histoire se répète. Pas toujours exactement de la même façon, mais similairement. Donc je préfère posséder un peu plus d’or. Pour l’investisseur moyen, posséder 5 à 10 % de son portefeuille en or devrait être une règle absolue, la première à suivre.