Perspectives de l’or

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Est-ce que le mouvement des taux d’intérêt américains pourrait déclencher un renversement de tendance pour l’or ? Simona Gambarini affirme que non.

Le prix de l’or a fortement augmenté cette année, mais la spéculation sur les taux d’intérêt américains a suscité des suggestions, quant à la possibilité que cette trajectoire ascendante fasse marche arrière. « Non ! », affirme Simona Gambarini, analyste des matières premières, au sein du conseil de recherche économique d’une des plus grandes agences consultantes sur ces problématiques, Capital Economics.

Le prix de l’or a augmenté de près de 20% cette année, en termes de dollars, malgré l’achat modéré des consommateurs en Chine et en Inde, et des banques centrales des pays émergents. Cela reflète en partie l’évolution des perspectives relatives aux taux d’intérêt américains, observée plus tôt cette année. Comme il a semblé moins probable que la Fed augmente les taux d’intérêt, le dollar a fait montre d’un affaiblissement, tandis que l’or d’une hausse. Mais les inquiétudes croissantes concernant l’inflation américaine et la reprise de la demande en valeurs refuge, ont également joué un rôle important.

Cette gamme d’influences nous amène à penser que le prix de l’or devrait rester relativement résistant, lorsque la Fed relèvera ses taux à nouveau.

En effet, lorsque la Fed a relevé les taux en décembre 2015, pour la première fois depuis près de dix ans, l’effet sur le prix de l’or a été de courte durée : il a, en fait, augmenté dans les mois suivants.

La sagesse conventionnelle, bien sûr, affirme que le resserrement de la Fed est mauvais pour l’or, principalement parce que la hausse des taux américains peut renforcer le dollar et augmenter le coût d’opportunité de détenir des matières premières. Et les prix pourraient retomber à court terme, si la prochaine hausse arrivait plus tôt que les anticipations actuelles des marchés ne le suggèrent.

Cependant, nous pensons que les « marches arrière » seront temporaires, notamment pour trois raisons principales.

Tout d’abord, nous nous attendons à ce que la Fed ne relève ses taux que progressivement et uniquement à un bas niveau, du moins par rapport aux normes antérieures. Les taux d’intérêt nominaux ne devraient pas, selon nos estimations, augmenter beaucoup plus que 2 à 3% au cours des années à venir, et il est peu probable que le « jeu » change, surtout si l’inflation maintient les taux d’intérêt réels à un niveau bas.

Notons, à ce propos, que les taux d’intérêt réels comptent le plus quand il est question de déterminer le coût d’opportunité de la détention d’un actif comme l’or, dont on peut s’attendre à ce qu’il maintienne (au moins) sa valeur en termes réels. En effet, le prix de l’or est en corrélation relativement étroite avec les rendements réels (voir le graphique 1).

Graphique 1 : Les rendements des obligations américaines à 10 ans ont protégé le prix de l’or

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Certes, l’inflation reste faible aux États-Unis, mais les titres, tout comme l’inflation de base, sont en voie de dépasser largement les 2%, l’objectif de la Fed d’ici la fin de l’année 2017. De fait, cela signifie que les taux d’intérêt réels devraient se maintenir à des niveaux historiquement bas.

Qui plus est, les autres banques centrales sont peu susceptibles de suivre l’exemple de la Fed. Cela contribue à expliquer pourquoi les prix de l’or ont récemment bien résisté, même si les attentes concernant les taux d’intérêt américains (voir le graphique 2) ont, elles aussi, récemment commencé à grimper à nouveau. En effet, la politique monétaire au sein de la zone euro, au Royaume-Uni et au Japon, restera « desserrée » dans un avenir prévisible et des stimuli supplémentaires verront probablement le jour dans les prochains mois, en particulier suite à l’incertitude économique et politique, générée par le vote du Royaume-Uni, relatif à sa sortie de l’Union Européenne.

Les rendements des obligations gouvernementales sont déjà négatifs dans une grande partie de l’Europe et du Japon, alors que la Banque d’Angleterre a répondu au vote Brexit en réduisant son taux directeur à 0,25%, et au travers d’une augmentation de son actif Mécanisme d’achat, équivalente à 170 milliards de livres sterling. À l’avenir, nous nous attendons à ce que les taux baissent fortement au Japon, tandis que les achats d’actifs négatifs s’y étendent, ainsi que dans la zone euro.

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Force est également de constater que des chocs potentiels supplémentaires sont à venir. Il y a effectivement un risque important que l’affaire Brexit provoque une sorte de résurgence de la crise de la dette, dans la périphérie de la zone euro. De fait, une « contagion Brexit » s’avère être un scénario réel : d’autres pays peuvent décider de se détacher, eux aussi, de l’Union Européenne. A ce propos d’ailleurs, l’élection présidentielle aux États-Unis pourrait, de son côté, provoquer une nouvelle crise de l’incertitude politique mondiale.

L’or a déjà démontré son importance en tant que valeur refuge cette année – notamment au lendemain du vote du Royaume-Uni relatif à sa sortie de l’Union Européenne. Avec l’affaire Brexit, l’incertitude économique et politique est susceptible de persister pendant un certain temps et, en ce sens, nous pensons que le métal précieux restera en forte demande.

En regardant en arrière, plusieurs facteurs ont contribué à l’augmentation du prix de l’or cette année. À l’avenir, les risques mondiaux persistants devraient maintenir la demande d’or, en tant que valeur refuge, à un niveau élevé, même en prenant en compte le resserrement de la Fed dont il a été question. En outre, les inconvénients de l’or devraient être limités par l’accent mis puis renouvelé sur les risques d’une inflation plus élevée, et ce notamment après des années de politique monétaire exceptionnellement relâchée.

Nous ne prévoyons pas que le prix de l’or remettra le pied sur ses sommets précédents, d’environ 1900 dollars/oz, à moins bien sûr qu’une crise majeure ne force la Fed à assouplir de nouveau sa politique monétaire. Cependant, nous croyons qu’il y a beaucoup de possibilités pour des gains supplémentaires à moyen terme, malgré les perspectives de resserrement monétaire aux États-Unis.

Article de Simona Gambarini, publié le 26 ocotbre 2016 sur MineWeb.com