Selon Nouriel Roubini, PDG de Roubini Macro Associate et professeur à la NYU Stern School of Business, le risque de connaître une stagflation comme celle que nous avons connue dans les années 1970 semble de plus en plus réel.

La stagflation est un environnement caractérisé par une croissance plus lente et une inflation conséquente. Nouriel Roubini pense que les décideurs politiques auront une marge de manœuvre limitée en raison des niveaux d’endettement élevés.

« La stagflation des années 1970 va bientôt se télescoper avec les crises de la dette de la période post-2008. La question n’est de savoir si ça aura lieu, mais quand, a écrit Roubini dans le Guardian. Nous nous retrouvons avec le pire de la stagflation des années 1970 et de la période 2007-2010. Les ratios d’endettement sont beaucoup plus élevés que dans les années 1970. Ce mélange de politiques accommodantes et de chocs d’offre négatifs menace d’alimenter l’inflation plutôt que la déflation. Cela sème les graines de la pire des crises de la dette stagflationniste au cours des prochaines années. »

Les politiques monétaires et budgétaires accommodantes déployées à travers le monde ont été le moteur de la croissance économique au cours des 10 dernières années. Cette approche accommodante s’est accélérée pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie de COVID-19. Et cela a gonflé les bulles des actifs et du crédit, a expliqué Roubini.

Des marchés irrationnels

L’économiste a également souligné l’exubérance irrationnelle dans certains secteurs du marché, y compris sur les cryptomonnaies et les meme stocks.

« Les signes avant-coureurs sont déjà apparents dans les ratios cours/bénéfices élevés d’aujourd’hui, les faibles primes de risque sur les actions, les prix gonflés des actifs immobiliers et technologiques, et l’exubérance irrationnelle entourant les sociétés d’acquisition à usage spécial (SPAC), le secteur des cryptos, la dette corporate à haut rendement, etc. À un moment donné, ce boum se terminera dans un moment Minsky (une perte soudaine de confiance). Des politiques monétaires plus strictes déclencheront une crise et un krach », a-t-il déclaré.

Les politiques monétaires accommodantes alimentent également les anticipations d’inflation, préparant ainsi le terrain pour la stagflation, a ajouté Roubini.

D’autres raisons qui rendent possible le scénario de la stagflation

La stagflation pourrait être déclenchée par tout nouveau choc d’approvisionnement, a-t-il précisé, énumérant « le retour du protectionnisme ; le vieillissement démographique dans les économies avancées et émergentes ; les restrictions d’immigration dans les économies avancées ; la relocalisation de la fabrication dans des régions à coût élevé ; la balkanisation des chaînes d’approvisionnement mondiales ».

Ce qui rend ce scénario de stagflation inévitable, c’est que les banques centrales ont aujourd’hui des options très limitées.

« Les banques centrales ont effectivement perdu leur indépendance parce qu’elles n’ont eu d’autre choix que de monétiser des déficits budgétaires massifs pour prévenir une crise de la dette, a déclaré Roubini. Avec la montée en flèche des dettes tant publiques que privées, elles sont prises dans un piège de la dette. Alors que l’inflation augmente au cours des prochaines années, les banques centrales seront confrontées à un dilemme. Si elles commencent à éliminer progressivement leurs politiques non conventionnelles et à augmenter les taux directeurs pour lutter contre l’inflation, elles risquent de déclencher une crise massive de la dette et une grave récession. Mais si elles maintiennent une politique monétaire accommodante, elles sont susceptibles de générer une inflation à 2 chiffres. Et une profonde stagflation lorsque les prochains chocs négatifs sur l’offre se manifesteront. »

Les banques centrales sont confrontées au dilemme de resserrer ou non leur politique monétaire face à une inflation plus élevée. Mais ces deux solutions ne résolvent pas le problème.

« Les banques centrales auront des soucis quoi qu’elles fassent. De nombreux gouvernements seront presque insolvables et donc incapables de renflouer les banques, les entreprises et les ménages. La relation d’interdépendance catastrophique nations/banques de la zone euro après la crise mondiale va se développer à l’échelle mondiale, en aspirant également les ménages, les entreprises et les banques du shadow banking », a expliqué Roubini.

« Dans l’état actuel des choses, ce naufrage au ralenti semble inévitable. Le récent passage de la FED d’une position ultra-accommodante à une position plutôt accommodante ne change rien. La FED est prise au piège de la dette depuis au moins décembre 2018, lorsque le krach des marchés actions et du crédit l’a obligé à revenir sur sa politique de resserrement une année avant le début du Covid-19. Avec la hausse de l’inflation et les chocs stagflationnistes qui se profilent, elle est maintenant encore plus prise au piège. »

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