Pourquoi 2018 ressemble furieusement à 2008

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l'avenir s'assombrit

Au début du mois de février, des craintes concernant l’inflation et la hausse des taux ont mis sens dessus dessous les marchés, en provoquant notamment la plus grosse baisse journalière de l’histoire du Dow Jones. Depuis, les marchés actions se sont redressés.

Un épisode similaire a eu lieu il y a exactement 10 ans, même si ceux qui s’en souviennent sont peu nombreux. En février 2008, l’effondrement d’un marché obscur avait précipité une telle vague de ventes paniquées. À l’époque, cet épisode avait été plutôt ignoré, car les marchés avaient récupéré assez rapidement.

Tout comme nous aurions dû être plus prudents en 2008, nous devrions être aujourd’hui sur nos gardes. Ces 2 événements sont des exemples de l’expression du « canari dans la mine ». Pourquoi ? Car ces 2 événements ont un dénominateur commun. Ils puisent leur source dans la crainte de voir la hausse des taux impacter de plein fouet les consommateurs endettés, le marché immobilier et plus globalement l’économie américaine.

Un rapport de recherches qui sera bientôt publié montre que les problèmes qui ont débouché sur la plus grande débâcle financière depuis la Grande dépression existent encore et toujours aujourd’hui.

Le canari dans la mine de 2008

Au milieu des années 2000, l’économie américaine semble être en grande forme. Mais 2 problèmes clés se cachent sous la surface : l’endettement excessif des ménages et la bulle immobilière.

Une partie du premier problème trouvait son explication dans les revenus réels des ménages. Ajustés à l’inflation, ils étaient inférieurs à ceux de la fin des années 90. Pour maintenir leur niveau de vie, les Américains se sont de plus en plus endettés, notamment grâce aux taux attractifs, ainsi qu’à des conditions d’octroi laxistes. La dette totale des ménages a grimpé de plus de 50 %, passant d’un peu plus de 8 trillions de dollars en 2004 à 12,69 trillions en 2008.

Ce qui nous mène au second problème. La plupart de cette dette consistait en des crédits hypothécaires. La bulle immobilière avait tellement gonflé que les prix inabordables des habitations surpassaient les revenus, poussant ainsi les banques à imaginer des solutions créatives pour prêter de l’argent à des gens incapables de rembourser.

À peu près au même moment, la FED a commencé à relever ses taux. Entre 2004 et 2006, le crédit est donc devenu plus cher. Cela a réduit la consommation vu qu’une partie toujours plus importante des revenus était consacrée au remboursement des dettes, ce qui provoqua un ralentissement de la croissance ainsi que du marché immobilier.

Pour certains observateurs, la prochaine récession, ou pire, n’est plus qu’une question de temps.

Les titres à enchères furent parmi les signes avant-coureurs les plus significatifs. À son pic en 2008, ce marché pesait 330 milliards de dollars. Les titres à enchères sont, en bref, des actifs constitués par la consolidation de crédits hypothécaires, de prêts étudiants et d’autres types de dette à moyen ou à long terme. En 2008, les vendeurs de ces titres organisaient chaque semaine des enchères hollandaises. Ils étaient notés AAA par les agences de notation.

Les investisseurs les aimaient, car leur rendement était bien plus élevé que les autres types de dettes à court terme notées AAA. Vu qu’il était facile de vendre ces actifs aux investisseurs, les emprunteurs pouvaient plus facilement avoir accès au crédit.

Mais, en février 2008, le marché a commencé à se réveiller. Cela a débuté avec les grandes banques d’investissement, responsables de garantir la liquidité de ce marché en passant à l’achat lorsque la demande est faible, mais qui se sont retirées, car de plus en plus de ménages avaient du mal à rembourser leurs dettes et que cela commençait à impacter leur profitabilité.

Cela a effrayé les investisseurs, qui ont senti le roussi. À la fin du mois, il n’y avait plus de ventes aux enchères, si bien que pour des milliards de titres étaient gelés. Jusqu’à aujourd’hui, ce marché n’a plus jamais opéré.

Quelques mois après ce choc de février, les marchés globaux ont poursuivi leur chemin comme si de rien n’était, le Dow Jones battant un record en mai. Cependant, l’événement envoya une onde de choc dans l’économie, si bien que les investisseurs continuaient d’éviter les actifs liés aux crédits hypothécaires.

En septembre 2008, lorsque la banque d’investissement Lehman Brothers s’est effondrée en raison de ces titres, la grande récession démarrait.

Déjà vu ?

Revenons-en à aujourd’hui. L’économie a globalement récupéré de la crise financière, le taux de chômage est passé de 10 % à 2009 à 4,1 % en janvier 2018 tandis que le revenu médian réel des ménages a atteint un record à la fin de 2016. Bonne nouvelle ?

Nos dernières recherches indiquent que ces statistiques, de prime abord positives, cachent les mêmes problèmes que nous avions il y a 10 ans : une dette des ménages excessive par rapport à leurs revenus et un marché immobilier trop cher.

Penchons-nous d’abord sur la dette et les revenus. Après avoir baissé suite à la grande récession, le taux d’endettement atteint de nouveau des records. C’est surtout la dette des ménages, immobilier exclu (crédits étudiants et cartes de crédit), qui a fortement augmenté pour être supérieure de 41 % par rapport au pic précédent de 2008. Nous estimons que les charges d’intérêts qui en découlent ont réduit le pouvoir d’achat d’un ménage lambda de 3,1 % depuis 2008. Cela soit réduit la consommation, soit prolonge le cercle vicieux de la dette qui se creuse.

Mais il y a pire. Les statistiques concernant les revenus ignorent les récents bouleversements démographiques, comme les ménages intergénérationnels et les étudiants qui vivent plus longtemps chez leurs parents. Nous avons ajusté les revenus des ménages en fonction de leur taille, car plus il y a de gens dans ceux-ci, plus il faut d’argent pour maintenir le même niveau de vie. Nos chiffres montrent que cela a baissé le niveau de vie moyen de 3,3 %. Il faut ajouter à cela les 3,1 % engendrés par l’augmentation du fardeau de la dette.

Deuxièmement, même s’il n’y a pas une telle bulle immobilière aujourd’hui, le problème fondamental est similaire à celui d’il y a 10 ans : les gens avec des revenus moyens ne peuvent se permettre de devenir propriétaires, même s’il s’agit d’une habitation de catégorie moyenne. Les taux planchers ont permis au marché immobilier de se redresser, mais aussi de pousser les prix vers des niveaux records.

Tout comme à l’aube de la crise de 2008, les revenus n’ont pas suivi la hausse des prix des logements. Trop de gens sont incapables de devenir propriétaires de leur habitation.

Les nuages pointent à l’horizon

Quelle est la conclusion de tout ceci ? Les prix de l’immobilier et la dette ont à nouveau atteint des records tandis que la FED a commencé il y a un an à relever son taux directeur. On s’attend à ce que la Banque centrale américaine accélère ce processus vu que la réforme fiscale fraîchement adoptée devrait déboucher sur une inflation en hausse. Ce qui oblige la FED à relever ses taux pour éviter toute surchauffe. Cela va faire du tort au marché de l’immobilier, mettre davantage de propriétaires la tête sous l’eau en compliquant le remboursement de leurs traites, que ce soit de leur crédit hypothécaire ou d’autres prêts.

Les revenus ont quant à eux augmenté de façon modeste. Selon nos recherches, les ménages américains moyens disposent d’un pouvoir d’achat inférieur de 6 à 7 % par rapport à il y a d’une décennie, avant l’effondrement du système financier. Ce n’est pas tenable : soit les ménages continuent de s’endetter pendant une courte période, soit ils réduisent significativement leurs dépenses.

Peu importe le scénario, l’économie américaine est mûre pour une nouvelle récession. La question n’est pas de savoir si cela aura lieu, mais quand.

Source : article de Stephen Pressman (professeur d’économie à l’université du Colorado) et de Robert H. Scott III (professeur d’économie et de finance à l’université Monmouth), publié sur TheConversation.com