Pourquoi la Chine et la Russie peinent à abandonner le dollar

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La dédollarisation est un processus en marche, mais le billet vert ne perdra pas son statut demain, l’année prochaine ou même dans 5 ans. Volatilité de leurs devises locales et rivalité régionale expliquent pourquoi cela prendra du temps, selon cet article du South China Morning Post :

La Russie et la Chine ont pour intention de se débarrasser du dollar en utilisant leur propre monnaie pour leurs échanges internationaux. Mais un nouveau retard dans l’implémentation du nouveau système de compensation yuan-rouble montre à quel point il est difficile de développer une alternative au billet vert.

La Russie, la Chine et d’autres pays souhaitent couper leur dépendance au dollar alors que Washington utilise l’accès au système financier dollarisé en tant qu’arme pour punir les pays et les individus qui ne respectent pas ses lois, même en dehors des États-Unis.

En novembre, le ministre russe des Finances Anton Siluanov a déclaré que Moscou et Pékin finalisaient un mémo afin d’utiliser le rouble et le yuan dans leurs échanges bilatéraux.

Les 2 pays étaient également en pourparlers afin de lancer un nouveau système visant à améliorer les paiements directs entre les 2 pays, notamment l’utilisation des cartes de crédit chinoises UnionPay en Russie et les cartes russes Mir en Chine.

Mais à la fin du mois dernier, les médias russes ont affirmé que Siluanov a déclaré que Moscou avait décidé d’abandonner ce plan proposé par Pékin.

Les négociations entre les deux banques centrales du pays se poursuivent, ainsi qu’entre le ministère des Finances de la Russie et le ministère du Commerce chinois, selon les dernières nouvelles, sans que nous ayons des détails sur la suite des opérations.

Vu la croissance des échanges sino-russes et leur opposition aux sanctions, Pékin et Moscou devraient continuer de travailler à l’élaboration d’un système acceptable pour les 2 parties, selon les analystes.

Comme bien d’autres pays, la Chine et la Russie souhaitent créer une alternative qui protégerait leurs banques et leurs financiers des sanctions américaines qui peuvent exclure des sociétés ou des individus russes, iraniens ou vénézuéliens du système international de paiement.

D’autres nations, comme l’Inde, souhaitent conclure des accords bilatéraux afin de réduire un déficit commercial qui se creuse avec la Chine. Des initiatives difficiles à concrétiser – juste avant la mise en pause de l’accord avec Moscou, Pékin a rejeté une proposition indienne pour un système de compensation roupie-yuan.

Les retards dans la création de cette nouvelle infrastructure de paiement montrent à quel point il est difficile de faire la transition. (…) Le dollar est la devise préférée pour les échanges internationaux, car il s’agit de l’une des monnaies les moins volatiles. Elle est moins sujette à des dépréciations subites. Le rouble russe est beaucoup plus volatile, notamment en raison des sanctions. Mais aussi en raison de la dépendance de l’économie russe à ses exportations d’énergie, et donc aux prix du pétrole et du gaz.

Selon Evgenia Sleptsova, la stabilité supérieure du yuan par rapport au rouble est un avantage pour les exportateurs russes, mais un désavantage pour les exportateurs chinois. Et même si la nouvelle route de la Soie ainsi que l’Union économique eurasiatique consolident les liens économiques entre les deux pays, la Chine est en train de remplacer la Russie en tant que première puissance économique de la région. Si bien que Moscou est réticente à accepter des investissements et des financements chinois. (…)

La Chine a également ralenti les efforts d’internationalisation de sa devise durant ces 3 dernières années, en raison de craintes concernant les fuites des capitaux sur fond de ralentissement de la croissance.

Cela dit, le rôle du yuan et du rouble n’a cessé de grandir durant ces dernières années. Le partenariat stratégique avec la Chine continuera de se développer, surtout si les États-Unis continuent d’adopter une posture peu amicale, selon Dolgin. (…)