Pourquoi les salaires et l’inflation ne décollent pas ?

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emploi aux usa

Pourquoi les salaires et l’inflation ne décollent pas alors que l’économie américaine a atteint, selon la définition des livres d’économie, le plein-emploi ? Selon cet article (traduction partielle) de Jeffrey Snider d’Alhambra Investments, il faut regarder du côté de la population active américaine :

On peut comprendre, dans une certaine mesure, la confusion collective qui règne parmi les économistes concernant l’inflation. Ils croient en la dynamique des salaires, lorsqu’une récession engendre une vague de licenciements qui exercent une pression baissière sur les salaires. La reprise qui s’ensuit offre à nouveau un emploi aux travailleurs malchanceux et les salaires repartent à la hausse jusqu’à compenser la baisse, voire parfois la dépasser. Alors que la charge salariale augmente, les entreprises sont obligées d’augmenter leurs prix pour maintenir leurs marges bénéficiaires, ce qui n’est pas un problème vu que les salariés peuvent continuer de consommer grâce à leurs revenus en hausse.

Ce cercle vertueux orthodoxe est scruté tout au long de chaque cycle économique. Au cours du dernier, ils ont cru qu’en raison de la rudesse de la récession la reprise prendrait des années supplémentaires pour récréer de l’emploi et compenser les baisses de salaires antérieures.

Vu que nous ne sommes pas dans le secret des dieux concernant les modèles de la FED, nous allons utiliser ceux du CBO. Pas parce que nous pensons qu’ils sont plus précis, ou même fiables, mais simplement parce qu’ils sont probablement très proches de ceux de la FED.

Dans les projections 2013 du CBO, celles publiées juste après le début du QE4, le chômage n’était pas censé tomber en dessous de la barre des 6 % avant 2017. Ce qui aurait été conforme à la faible croissance que nous avons connue aux États-Unis, ainsi que dans le monde.

Cependant, le chômage s’est quasi effondré. Il est tombé sous la barre des 6 % fin 2014, plus de 2 ans en avance. En 2016, il est passé en dessous de 5 % alors que le CBO s’attendait à être loin du « plein-emploi ». Sur base de cette vision orthodoxe de l’économie, on aurait dû assister à une accélération de la hausse des salaires et ensuite de l’inflation.

C’est exactement ce que le CBO anticipait pour les salaires. Mais alors que le taux de chômage tombait bien en dessous de ce que l’on considère être le plein-emploi sans que cela engendre une hausse des salaires, les modèles ont été forcés de repenser ce que l’on estime être le plein-emploi. Ce faisant, l’impact sur l’évolution des salaires a été revu à la baisse, aussi bien en termes financiers que de temps.

Malgré son incapacité à prédire l’évolution des salaires dans un contexte de chômage peu élevé, les modèles du CBO persistent à prédire le retour de l’inflation (environ 2,5 % pour le CPI, ou 2 % pour le déflateur PCE).

Le chômage a eu beau tomber bien plus vite que les prévisions les plus optimistes, cela n’a pas fait bouger, même de peu, les salaires. Il est donc logique que l’inflation soit également inférieure aux attentes. Le souci se trouve donc du côté du taux de chômage, ce qui n’est pas une surprise.

Cela confirme que les 15,5 millions de gens qui manquent dans les statistiques (qui ont quitté la population active) sont en fait importants !

Conclusion

Il n’y a pas de plein-emploi aux États-Unis, ce qui explique pourquoi les salaires ne décollent pas, et en conséquence l’inflation.