Profits records pour les banques américaines au T2 : merci les épargnants !

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Les épargnants se sont chargés à leur insu d’accomplir une tâche énorme, petit à petit, jour après jour, pendant 9 ans, à savoir recapitaliser le système bancaire américain après son effondrement et le rendre à nouveau extrêmement rentable. Ce qui a mené au renforcement de la capitalisation des banques, à des bonus records, à des dividendes généreux et à d’énormes programmes de rachat d’actions. La FDIC, dans son rapport trimestriel publié le 22 août, montre comment cela s’est passé.

Le nombre de banques commerciales et institutions de crédit inscrites à la FDIC a baissé de 271 unités pour atteindre 5 787 à la fin du second trimestre. Parmi celles-ci, il y a 5 338 banques locales. La baisse du nombre de banques est principalement due à des opérations de fusion. Mais il y a eu tout de même quelques faillites bancaires : en 2016, 5 banques ont fait banqueroute. Depuis le début de l’année, 6 ont mis la clé sous la porte. Les banques restantes sont celles qui dévorent presque tout le gâteau.

Voici la bonne nouvelle : le rapport ne mentionne que de bonnes nouvelles. Si vous êtes une banque bien sûr car si vous êtes un épargnant, votre rendement à été confisqué afin de rendre tout ceci possible.

Les banques et les prêteurs affiliés à la FDIC ont enregistré un résultat d’exploitation global net de 48,3 milliards de dollars durant le T2 2017, un record depuis la crise. Cela correspond à une progression de 10,7 % (4,7 milliards) par rapport à il y a un an :

Cette augmentation du résultat d’exploitation est principalement due au bond des profits découlant des revenus sur les taux nets.

Le revenu sur les taux nets est la différence entre ce que la banque empoche des produits liés aux taux comme les crédits et ce qu’elle débourse pour payer les intérêts, entre autres. Actuellement, les banques empruntent de l’argent aux déposants pour un coût presque nul.

Et cela représente beaucoup d’argent. À la fin du T2, les banques commerciales américaines possédaient pour 11,2 trillions de dollars de dépôts. Parmi ceux-ci, 9,1 trillions étaient parqués sur des comptes d’épargne. De l’argent qui appartient aux épargnants, mais qui est utilisé presque librement par les banques.

Depuis que la FED a relevé son objectif d’écart de taux des fonds fédéraux, les banques sont en mesure d’augmenter les taux qui s’appliquent aux crédits commerciaux, aux cartes de crédit, aux crédits auto, etc. Si bien que leurs revenus sur ces produits augmentent. Simultanément, comme la plupart des épargnants le confirment non sans frustration, les taux d’intérêts payés sur les dépôts n’ont pas bougé, ou très peu ; ils restent donc très proches de zéro (même si certaines banques ont commencé à les relever quelque peu afin d’attirer les épargnants). (…)

À l’époque, l’une des raisons avancées par Ben Bernanke pour justifier la baisse drastique des taux jusqu’à zéro, ce qui abaissait le coût du capital pour les banques à presque zéro tout en balayant le rendement de 9 trillions d’épargne, était la recapitalisation des banques.

Si, en moyenne, les épargnants ont vu le rendement de leur épargne baisser de 2 %, cela signifie qu’en novembre ils ont perdu collectivement 1,6 trillion de revenus qui sont devenus des profits pour les banques. Si cette baisse devait être de 3 %, cela signifie un transfert de 2,5 trillions des épargnants aux banques. Il s’agit de revenus conséquents qui n’ont pas pu être dépensés dans l’économie réelle.

Cet argent a permis de renforcer les capitaux des banques. Il n’y a donc aucun impact externe. Ce sont ainsi les épargnants qui ont fait le plus gros effort pour redresser les banques. Bernanke avait d’ailleurs été explicite à ce sujet. Ce n’est pas un secret. Ce fut un transfert de richesse des épargnants vers les banques, qui ont pu se recapitaliser mais aussi rémunérer grassement leurs dirigeants.

Durant la crise financière et les années qui ont suivi, il fut interdit aux banques de payer des dividendes et de racheter leurs actions. Leur tâche consistait à augmenter leurs fonds propres notamment en augmentant leurs bénéfices sur le dos des épargnants. Aujourd’hui, ce transfert de richesse se poursuit, à la différence que les banques peuvent désormais payer des dividendes et racheter leurs actions, ce qu’elles ne se sont pas privées de faire de façon record. Une seule constante perdure : l’épargnant est le dindon de la farce.

Grâce à l’effort continu de recapitalisation des banques à l’insu du plein gré des épargnants, et grâce aux banques que l’on a laissé mourir, le nombre de banques problématiques inscrites à la FDIC a plongé au cours des ans. Au 2e trimestre 2017, elles ont baissé de 7 unités pour atteindre 105 établissements en difficulté, le plus bas chiffre depuis le T1 2008. Il s’agit d’une baisse de presque 90 % par rapport au pic de la crise, lorsque 888 banques étaient menacées au premier trimestre 2011. (…)

« Ce fut un nouveau trimestre positif pour le secteur bancaire », a déclaré le président de la FDIC Martin Gruenberg. Malheureusement, aucun mot de remerciement envers les épargnants, qui sont sacrifiés sur l’autel de la politique des taux planchers de la FED (même s’ils ne sont plus aussi bas aujourd’hui) et des profits bancaires.

Simultanément, et de façon ironique, les amendes infligées par les régulateurs aux banques de Wall Street durant le premier semestre 2017 ont chuté de 65 % par rapport à la même période de l’année dernière. La crise financière n’est plus qu’un mauvais souvenir. Même le son de la petite tape sur la main des banquiers pris la main dans le sac des activités frauduleuses ne résonne plus qu’au loin…

Article de Wolf Richter, publié sur WolfStreet.com le 22 août 2017