Trump, Davos et le libre-échange

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Après l’annonce de Donald Trump concernant l’instauration de droits de douane élevés de 30 % sur les machines à laver et les panneaux solaires importés, le ministre chinois du Commerce a exprimé son « fort mécontentement », en ajoutant que cette décision « aggrave l’environnement du commerce mondial ».

Trump n’en a pas fini avec les droits de douane. Dans les jours et les semaines à venir, nous pouvons nous attendre à de nouvelles annonces en ce qui concerne les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis. À nouveau, ces produits proviennent principalement de Chine, mais la hausse des droits de douane impactera tous les exportateurs vers les États-Unis.

Ironiquement, ces annonces ont eu lieu juste avant le départ de Trump pour le forum économique mondial de Davos.

Les élites de Davos s’opposent de façon véhémente aux contrôles des capitaux et aux entraves au libre-échange, militant plutôt pour une approche globaliste d’un monde unifié. Le problème de la théorie des élites de Davos est qu’elle est fausse du point de vue empirique, historique et analytique.

La théorie du libre-échange se base sur une idée appelée « l’avantage comparatif ». Elle remonte à David Ricardo, un économiste britannique du début du XIXe siècle. La théorie de Ricardo affirme que les nations ne doivent pas chercher à être autosuffisantes dans tous les secteurs économiques comme la production, la production minière et l’agriculture.

Au contraire, les pays devraient se spécialiser dans leurs points forts tout en laissant les autres nations faire de même. Ces pays n’ont ensuite plus qu’à échanger les biens qu’ils produisent. Dans un tel système, tout le monde est gagnant car la spécialisation permet de faire baisser les prix des choses que vous produisez sur base de vos avantages naturels.

Il s’agit d’une belle théorie, que l’on peut résumer en disant que Neymar ne devrait pas tondre sa propre pelouse vu qu’il gagne bien plus lorsqu’il joue au football.

Mais cette théorie est erronée. Tout d’abord, les avantages comparatifs ne sont pas statiques, ils peuvent changer avec le temps. Plus important encore, un avantage comparatif peut être créé de toutes pièces. Taiwan n’avait aucun avantage comparatif dans les semi-conducteurs dans les années 80. Mais le gouvernement en a instauré un en prenant la décision politique de créer la subventionnée Taiwan Semiconductor Manufacturing Company.

Aujourd’hui, cette société est le plus gros fournisseur de semi-conducteurs du monde. Le gouvernement a permis la croissance de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company grâce à des subsides et à des protections douanières lorsque la société était la plus vulnérable à la concurrence internationale. Aujourd’hui, cette entreprise est cotée en Bourse, elle est concurrentielle à l’échelle mondiale. Elle n’aurait cependant jamais obtenu son statut actuel sans soutien étatique durant ses débuts.

Si la théorie de l’avantage comparatif était vraie, le Japon serait toujours en train d’exporter du thon au lieu de vendre des voitures, des ordinateurs, des TV, de l’acier et bien d’autres choses.

On peut dire la même chose de la volonté des globalistes de laisser librement circuler les capitaux. Cela peut être théoriquement avantageux, mais les manipulations des banques centrales et des acteurs troubles comme Goldman Sachs et de gros hedge funds rendent cette velléité piégeuse.

Durant les jours sombres de la crise financière asiatique de 1997, le Premier ministre malaisien Mahathir empêcha les flux des capitaux pour défendre la monnaie locale. Il fut vilipendé à l’époque par des gens comme George Soros. Soros alla loin, qualifiant Mahathir de « menace pour son pays ».

Pourtant, aujourd’hui les économistes s’accordent à dire que ce fut la bonne décision. Durant ces dernières années, même le FMI a reconnu que dans certaines circonstances les contrôles des capitaux sont totalement justifiés.

Si le libre-échange et le libre mouvement des capitaux sont des idées erronées, pourquoi les élites de Davos les soutiennent ?

La réponse est que ces théories, qui ne concernent pas vraiment l’homme de la rue, représentent l’écran de fumé parfait pour l’agenda caché des élites. Cet agenda a pour objectif de réduire le pouvoir des États-Unis et du dollar sur le commerce mondial, de permettre l’émergence de nations secondaires, surtout la Chine.

Si plusieurs centaines de millions de Chinois peuvent être sorties de la pauvreté en gardant les marchés américains ouverts tandis que la Chine subsidie ses marchés, met en place ses propres droits de douane, vole la propriété intellectuelle et limite les investissements américains directs, personne n’y voit rien à redire. Si les travailleurs américains perdent leur emploi en conséquence, ce n’est pas grave non plus. Les élites se moquent du sort des États-Unis, elles se soucient uniquement de leur vision d’un monde unifié.

Trump dénonce cette vision. Lorsque Trump dit « l’Amérique d’abord », il le pense vraiment. Tout comme son conseiller stratégique sur le commerce, Robert Lighthizer. Il s’agit d’un vétéran de l’administration Reagan, qui obligea les Japonais à délocaliser leurs usines de construction automobile aux États-Unis dans les années 80 en imposant des droits de douane élevés sur les véhicules importés du Japon.

Au cours de l’opération, des milliers d’emplois bien rémunérés furent créés dans l’industrie. Lighthizer souhaite reprendre ces mêmes recettes contre les Chinois. (…)

Les États-Unis ont toujours prospéré en imposant des droits de douane élevés pour protéger ses secteurs-clés. D’Alexander Hamilton à Henry Clay, les USA ont toujours su comment préserver leurs intérêts économiques en créant des emplois. Trump souhaite s’inscrire dans cette tradition.

Le problème est qu’il ne s’agit pas d’un projet facile. Il va falloir des années aux producteurs de panneaux solaires américains pour retomber sur leurs pattes (l’une des plus grosses sociétés américaines de ce secteur a déposé un dossier de faillite l’année dernière, elle continue néanmoins ses activités tout en se réorganisant sous la supervision d’un tribunal).

Une guerre commerciale à grande échelle aura des conséquences négatives sur la croissance mondiale, même si elle aide la croissance américaine. Vu les trillions de dettes libellées en dollars des marchés émergents, une crise de la dette pourrait se préparer si les marchés émergents ne parviennent pas à accumuler suffisamment de dollars pour rembourser.

Trump n’a pas agi sur le front des droits de douane l’année dernière car il souhaitait l’aide de la Chine dans le dossier nord-coréen. Mais la Chine n’a pas fait tout ce qu’elle a pu. Il y a même des preuves satisfaisantes qui montrent que la Chine aide la Corée du Nord à contourner les sanctions existantes.

Et pour remuer le couteau dans la plaie, la Chine a rapporté aujourd’hui avoir enregistré son plus gros surplus commercial avec les États-Unis de l’histoire en 2017, soit 275 milliards de dollars.

Lorsque le manque de coopération de la Chine sur le dossier nord-coréen est devenu clair, Trump n’a plus vu d’intérêt à épargner la Chine sur le front commercial, alors qu’il parle de prendre des mesures depuis 2015, soit dès les premiers jours de sa campagne.

Les représailles des Chinois pourraient avoir lieu dans un autre domaine que les droits de douane, par exemple en portant cette guerre financière sur le terrain des réserves en menaçant de s’éloigner des obligations américaines.

Si les Chinois achètent moins de bons du Trésor, la classe d’actifs de substitut la plus probable est l’or. Il s’agit d’une raison supplémentaire pour s’attendre à ce que la faiblesse du dollar et la vigueur de l’or se poursuivent durant cette année et les suivantes.

Article de Jim Rickards, publié le 2 février 2018 sur DailyReckoning.com