Un air de 2007 plane, mais les marchés ignorent les risques de récession

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Le mouvement haussier des marchés actions qui a repris signifie désormais que les marchés de la volatilité ne semblent pas se soucier de la fin prochaine des beaux jours. Les modèles de récession disent pourtant le contraire.

Le modèle de Wells Fargo, qui mesure l’écart entre le rendement des obligations américaines sur 3 mois et sur 10 ans, ainsi que d’autres statistiques économiques, affirme que la probabilité d’une récession américaine a bondi en décembre, pour même atteindre 40 % durant le mois de janvier.

Mais tandis que les chances de renversement économique augmentent, on assiste à une déconnexion du côté de la volatilité implicite des marchés actions, qui se situe en dessous de sa moyenne des 12 derniers mois.

volatilité en 2019

« Malgré une probabilité de récession en hausse, la volatilité des marchés actions est en fait inférieure par rapport aux années précédentes », a écrit Pravit Chintawongvanich, stratégiste des produits dérivés actions de Wells Fargo, dans une note. Il affirme que cette dynamique reflète plus la façon dont le marché est structuré qu’un sentiment d’excès de confiance sur le marché des produits dérivés.

Cependant, cet écart pourrait avoir des conséquences annonciatrices désagréables, vu que l’on avait assisté à cette même déconnexion juste avant la crise financière de 2008.

« En 2007, la volatilité sur un an se trouvait à des niveaux très bas malgré des risques de récession qui augmentaient rapidement depuis 2006 », a écrit Chintawongvanich. « Ce n’est que lorsque la situation de Bear Sterns a commencé à se dégrader durant l’été 2007 que la volatilité sur un an s’est violemment ajustée. »

volatilité en 2007Malgré tout cela, le modèle de récession de Wells Fargo met également en exergue des précédents, dans les années 60 et dans les années 90, montrant qu’un changement de posture accommodant de la FED fut en mesure de prolonger le cycle d’expansion économique en cours malgré des signaux d’alarme qui se multipliaient. Le cas de 1966 est un exemple particulièrement pertinent de banque centrale capable d’éviter une récession, note Chintawongvanich. À cette époque, le marché de l’emploi américain restait solide, malgré la détérioration d’autres chiffres économiques. La courbe des rendements s’était inversée, les marchés actions avaient corrigé de plus de 20 %. Lorsqu’à la fin de l’année la FED démarra un cycle monétaire accommodant, cela permit d’éviter la récession.

Mais ce n’est pas parce qu’une crise à court terme a pu être évitée durant les derniers mois, grâce à une FED qui a revu à la baisse son programme de hausse des taux, qu’il faut baisser sa garde.

Le calme actuel, avec une possibilité raisonnable de récession dans un avenir proche, signifie que la structure de la volatilité devrait être plus nerveuse, reconnaît Chintawongvanich. L’écart entre la volatilité à court et à plus long terme est dans son quart le plus bas depuis 2010.

risque de récession en 2019Les partisans des actions se trouvent déjà dans une situation précaire, selon lui. Alors que les perspectives de bénéfice continuent de reculer, les bulls parient donc sur le fait que les investisseurs vont accepter des valorisations plus élevées alors que la prise de risque augmente, selon Chintawongvanich. Pour asseoir ses dires, il s’appuie sur des travaux précédents qui montrent que les hedge funds et les stratégies systématiques sont susceptibles d’augmenter leur exposition aux marchés actions américains jusqu’à 50 milliards de dollars par mois suite à la correction de décembre.

Source : Bloomberg