3 traders métaux précieux de la JP Morgan accusés de manipulation

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JP Morgan

Tiens donc. Cette semaine, on apprend que 3 nouveaux traders de la JP Morgan vont être jugés pour manipulation des marchés à terme des métaux précieux. Et il n’y a pas que du menu fretin du côté des employés de la banque américaine qui vont se retrouver devant le tribunal. Ces accusations ressemblent furieusement à celles des « paranoïaques » qui investissent dans l’or et l’argent

La justice américaine les accuse en effet de « machinations massives ayant eu lieu durant de nombreuses années » afin de manipuler les marchés. Les autorités ont également indiqué qu’elles continuaient d’enquêter aux échelons supérieurs de la plus grande banque américaine. Du Financial Times :

La JP Morgan à nouveau au centre des accusations de manipulation du marché de l’or et de l’argent

Michael Nowak, responsable du trading métaux précieux, a été inculpé ce lundi avec ses collègues Gregg Smith et Christopher Jordan. Ils sont accusés de racket, un chef d’inculpation habituellement réservé aux organisations mafieuses.

La mise en examen accuse les 3 traders de s’être engagé « dans du spoofing généralisé, des manipulations et des fraudes » durant leurs activités à la JP Morgan, qui est avec HSBC l’acteur le plus important du trading or et argent.

Ils plaçaient notamment des ordres avec l’intention de ne pas les exécuter afin de « créer de la liquidité et pousser les prix vers les niveaux souhaités à l’opposé du marché », précise la mise en examen.

Cette affaire va augmenter la surveillance générale des marchés des métaux précieux, ainsi que la domination de grosses banques comme la JP Morgan. Les procureurs en charge du dossier ont indiqué que des dirigeants, ainsi que d’autres banques, font également l’objet d’une enquête.

« Nous allons suivre les faits, où qu’ils nous mènent, a déclaré Brian Benczkowski, assistant du procureur général. Que ce soit parmi d’autres divisions ou dans les strates supérieures du système financier. »

La réforme Dodd-Frank de 2010 prévoit des sanctions pénales en cas de spoofing, une pratique qui vise à duper le marché en passant des ordres importants qui sont annulés avant leur exécution. Selon un avocat spécialisé dans les produits dérivés, c’est la première fois que le chef d’inculpation de racket est appliqué à un cas de spoofing.

M. Nowak, qui travaillait pour la JP Morgan depuis 1996, est aujourd’hui écarté, d’après une personne proche du dossier, tout comme M. Smith, un trader. La JP Morgan s’est refusée à tout commentaire.

Selon l’avocat de Monsieur Nowak, celui-ci n’a rien à se reprocher. Il s’attend à un acquittement complet.

Entre 2008 et 2016, les traders ont cherché à tirer profit des ordres algorithmiques. D’un côté, ils plaçaient des ordres véritables de type iceberg afin de ne pas dévoiler l’ampleur de la transaction totale, et de l’autre, des ordres factices devant être annulés avant d’être passés, et ce afin de tromper les acteurs du marché.

« En plaçant ces ordres trompeurs, les accusés et leurs complices avaient pour objectif d’injecter des informations fausses et trompeuses concernant le véritable état de l’offre et de la demande sur le marché des contrats à terme des métaux précieux », a déclaré le Département de la Justice.

Celui-ci affirme que les 3 accusés ont placé des ordres de spoofing sur les contrats à terme de l’or, de l’argent, du platine et du palladium, notamment sur les bourses du CME (COMEX et Nymex).

De plus, les 3 hommes auraient également escroqué certains de leurs propres clients qui achetaient ce que l’on appelle des « options barrière ». Ils échangeaient des contrats à terme « de façon à pousser les prix afin que leur banque gagne de l’argent », a déclaré Monsieur Benczkowski. Les options barrière sont un type d’option qui est gagnant lorsque le prix franchit un seuil déterminé.

Des traders MP de la JP Morgan ont déjà plaidé coupables

En novembre dernier, Jonathan Edmonds, un ancien trader de la JP Morgan lui aussi accusé de spoofing, avait plaidé coupable. Tout comme Christian Trunz, qui a reconnu ses torts en août. Un troisième trader, Corey Flaum, ancien collègue de Gregg Smith chez Bear Stearns avant sa faillite et son acquisition par la JP Morgan, a également plaidé coupable en juillet, a déclaré Monsieur Benczkowski.

Les petits investisseurs dans l’or et les gold bugs se fixent depuis des années sur la JP Morgan et son influence sur les marchés de l’or et de l’argent. « Ce n’est pas une surprise pour moi », a déclaré Ted Butler, analyste indépendant et critique de longue date du rôle de la JP Morgan sur les marchés des métaux précieux.