Baisse des faillites européennes malgré la crise : le retour de bâton va faire mal

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faillites en Europe

Les banques allemandes doivent se préparer à une augmentation importante des faillites au début de l’année 2021. Voici l’avertissement lancé par la Bundesbank cette semaine dans son rapport annuel concernant la stabilité financière. Elle anticipe 6.000 faillites au cours du T1 2021. Ce chiffre est légèrement inférieur au pire que l’on a connu durant la crise financière. Mais la Bundesbank n’écarte pas la possibilité d’un total beaucoup plus élevé.

Pire récession = moins de faillites

Malgré la pire contraction de l’économie allemande depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a actuellement moins de faillites qu’en 2019. Ce sont bien entendu les stimulations et les opérations de sauvetage (pour 1,3 trillion d’euros) qui sont responsables. Notamment :

  • L’allongement des délais de remboursement, qui a offert un répit financier aux entreprises ;
  • La mise à disposition de crédits garantis par l’État, qui ont bénéficié aux PME comme aux grandes entreprises ;
  • Le programme d’assurance sociale Kurzarbeit, qui offre des subsides aux entreprises qui réduisent le temps de travail de leurs salariés au lieu de les licencier ;
  • La suspension temporaire des critères entraînant la faillite.

C’est pourquoi les faillites ont baissé de 6,2 % durant le premier semestre 2020 par rapport à 2019. Il s’agit également du nombre le plus bas de ces 25 dernières années, malgré la pire crise de ces 70 dernières années !

Avant la crise du coronavirus, les sociétés allemandes qui n’honoraient pas leurs obligations financières étaient forcées de faire faillite. Mais désormais, ce n’est plus le cas. Le 1er mars, ces règles ont été suspendues. Le moratoire devait durer jusque fin septembre, mais il a été prolongé jusqu’à la fin de l’année.

Une tendance européenne

En France, les faillites ne cessent de baisser, sur base annuelle, depuis 2015. La tendance allemande est également visible en France, et encore plus. Durant les 12 derniers mois qui ont précédé juillet 2020, le nombre de faillites a baissé sur base annuelle de 28 %, d’après la Banque de France, même dans les secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus. Cette baisse des faillites est par exemple de 28 % dans le secteur des voyages et du tourisme.

Même son de cloche en Espagne. Le nombre de faillites a atteint un pic durant le dernier trimestre de 2019. Il attestait des problèmes économiques de la 4e économie européenne, qui s’étaient manifestés bien avant le coronavirus. Et malgré la pire récession d’Europe, l’Espagne a enregistré une baisse des faillites de respectivement 13 et 30 % durant le premier et le second trimestre.

Nous n’avons pas encore de statistiques pour l’Italie, mais la situation y est probablement identique.

Des difficultés qui sont simplement reportées

Ces interventions ont tout simplement reporté les grandes difficultés économiques qui nous attendent. Combien d’entreprises ayant bénéficié de l’assistance généreuse des gouvernements et des banques centrales étaient déjà en difficulté avant la pandémie et le sont encore plus aujourd’hui ?

En Allemagne, les sociétés qui avaient des problèmes de trésorerie et/ou un endettement non viable ont reçu un répit. Ce nombre de sociétés zombies a grimpé. D’après la société de notation Creditreform, il y aurait déjà 550.000 entreprises zombies en Allemagne, soit environ 1/6 des sociétés allemandes.

Afin de réduire le nombre de faillites, Berlin songe désormais à implémenter des critères plus laxistes pour les faillites dès 2021. En France, les mêmes craintes existent. L’OFCE appelle le gouvernement à augmenter ses stimulations. Sans ces aides, les faillites pourraient augmenter jusqu’à 80 % dans les mois à venir. Selon S&P, le pire des scénarios pourrait mener à la faillite de 11 % des entreprises européennes. Et tandis que le nombre d’infections augmente sur le Vieux Continent, des restrictions concernant les mouvements et les activités sont à nouveau mises en place. Madrid a décidé d’un confinement allégé, tandis que la Catalogne a fermé les bars et les restaurants. En France, un couvre-feu a été implémenté dans 20 villes, ce qui va réduire la consommation et l’activité pour mettre davantage de pression sur des entreprises en difficulté.

Les entreprises françaises, championnes européennes de la dette

Contrairement à la plupart de ses pairs européens, qui se sont quelque peu désendettés depuis la crise de 2008, les entreprises françaises ont creusé leur dette. En avril, la dette totale des entreprises françaises a atteint 1,8 trillion d’euros, d’après la Banque de France, soit environ 70 % du PIB national. En février, alors que la crise du coronavirus n’en était qu’à ses prémisses, la hausse annualisée de la dette corporate française était déjà de 5,8 %. En mars, elle a bondi à 7,1 % et à 9,9 % en avril. Pour juillet et août, elle a explosé jusqu’à 12,8 et 13,12 %, respectivement.

Si la dette est relativement bon marché malgré la situation économique, les risques qui planent sur les sociétés les plus endettées augmentent, a averti la Banque de France dans son rapport bisannuel de juin. Cela signifie que le risque bancaire est également plus élevé. Les retards de paiement menacent à nouveau de faire de gros dégâts sur un continent où les crédits avec retard de paiement représentent déjà 3,2 % du portefeuille des 121 plus grosses banques de la zone euro.

Andrea Enria, président du conseil de surveillance prudentielle de la BCE, estime qu’une seconde vague de coronavirus pourrait faire tripler les créances douteuses, qui atteindraient alors 1,4 trillion d’euros.

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