Que se cache-t-il derrière la baisse du dollar?

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Le dollar chute par rapport à pratiquement toutes les monnaies mondiales. Jeudi dernier, les positions de la devise américaine ont été ébranlées par la déclaration du ministre des Finances des USA Steven Mnuchin, qui a dit soutenir son affaiblissement.

Un nouveau coup a été porté au dollar par le quotidien Wall Street Journal, qui s’est joint aux attaques de Donald Trump contre la Réserve fédérale (Fed) en appelant cette dernière à «se calmer» et à cesser d’augmenter ses taux. Les investisseurs ont immédiatement réagi, mais les analystes sont convaincus que la vraie chute de la monnaie américaine reste à venir.

Le taux directeur de la Fed continue de grimper

En octobre, la bourse américaine a été secouée par une vague de ventes. L’indice de l’important marché S&P 500 a fléchi de 8%, et le Nasdaq-100 Technology Sector Index de 9,2%. S’en est suivi un effet domino en Europe et en Asie, qui a conduit à des pertes totales avoisinant les 5.000 milliards de dollars. Ces ventes massives sur les places boursières américaines sont avant dues tout aux craintes des investisseurs face à la hausse des taux d’intérêt.

Le durcissement de la politique monétaire de la Fed a conduit à une hausse du rendement des obligations à long terme du gouvernement américain, à l’augmentation des taux d’intérêt pour les prêts immobiliers et, par conséquent, à la diminution des achats immobiliers.

Cette année, le régulateur américain a revu à la hausse son taux directeur à trois reprises, et il ne semble pas avoir l’intention de s’arrêter. Selon les prévisions de l’une des plus grandes banques d’investissement américaines, Goldman Sachs, d’ici fin 2019 la Fed devrait augmenter encore cinq fois son taux directeur — soit deux fois plus que ce qu’attendent actuellement les acteurs du marché. Principaux arguments invoqués: l’économie américaine se rétablit, il ne doit donc pas rester de traces de la politique de stimulation.

L’inflation accroît la probabilité d’augmentation des taux d’intérêt. Selon les chercheurs de l’université de Yale, une période de hausse commence actuellement dans le cycle d’inflation aux USA, notamment à cause des complications commerciales qui s’aggravent.

Selon Stephen Roach, chercheur en chef à l’université et ancien patron de Morgan Stanley Asia, dès l’an prochain l’inflation augmentera jusqu’à 3-3,5% aux USA. Ce qui signifie que la Fed devra augmenter son taux directeur.

Trump se révolte contre la Fed

Le locataire de la Maison-Blanche est en désaccord avec la politique actuelle du régulateur financier. En octobre, Donald Trump a qualifié la Fed de «principale menace pour l’économie» américaine. Il a également déploré le fait que la Fed, qui remplit les fonctions d’une banque centrale, soit une structure indépendante et que la Maison-Blanche ne dispose pas de leviers de pression sur elle.

Quand la Fed revoit à la hausse son taux directeur ou prend d’autres mesures pour durcir la politique monétaire, le volume d’«argent bon marché» diminue dans le système financier.

Plus le taux directeur est élevé, plus le coût des emprunts pour les grandes entreprises l’est. Cela signifie que les entrepreneurs n’augmentent pas les salaires, investissent moins, et que les actionnaires perçoivent moins de bénéfices. Au final, les compagnies deviennent moins attractives.

Les entreprises avaient activement profité des taux bas pour s’élargir et absorber d’autres compagnies. Mais quand le taux a commencé à augmenter, le remboursement des dettes est devenu très difficile.

Les premières victimes

Selon les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la part des «compagnies-zombies» qui ne génèrent pas de revenus et vivent à crédit a augmenté ces dernières années jusqu’à 6%, ce qui est un signe «très alarmant», déclare Andreï Kotchetkov, analyste d’Otkrytie broker.

General Electric, l’une des plus grandes compagnies américaines, est l’une des premières victimes de l’augmentation systématique des taux d’intérêt.

«Non seulement les indices financiers du géant se sont considérablement détériorés, mais sa capitalisation est descendue en-dessous de la dette corporative de 110 milliards de dollars. La compagnie a de moins en moins d’argent pour se développer parce que des sommes conséquentes servent à rembourser la dette. Par conséquent, la croissance économique va ralentir», explique Andreï Kotchetkov.

Une hausse dangereuse

L’augmentation des taux par la Fed contribue à la hausse du rendement des bons du Trésor, notamment sur dix ans, auxquels sont associés les taux sur les crédits bancaires et les prêts immobiliers. Par conséquent, le pouvoir d’achat de la population diminue.

Ce rendement élevé permet d’attirer davantage d’argent des investisseurs des marchés émergents dans l’économie. Mais chaque médaille a son revers.

La Bank of America Merrill Lynch a déjà averti que la hausse des taux d’intérêt aux USA pourrait déclencher une nouvelle crise. Toute l’année, les investisseurs ont vendu leurs actifs dans les marchés en développement à cause de l’augmentation des taux par la Fed, qui a renforcé le dollar.

La situation actuelle, selon les analystes de la banque, «rappelle celle d’il y a vingt ans quand les investisseurs s’étaient retirés massivement des obligations risquées des économies émergentes».

La balance se renverse

A présent que Donald Trump est soutenu par le plus grand journal d’affaires du pays dans ses attaques contre la Fed, le dollar est confronté à la vente. Mais il ne s’agit évidemment pas d’une seule publication.

«Depuis que les économistes ont dit que l’effet des stimulations fiscales était épuisé et que l’économie américaine commencerait à ralentir, des petits poids — sous la forme de déclarations de hauts fonctionnaires et d’experts — se sont mis à tomber sur la balance au profit de la réduction du rythme d’augmentation du taux par la Fed. Résultat des courses: la balance a penché de l’autre côté, ce qui a conduit à l’affaiblissement de la devise américaine», explique Andreï Vernikov, directeur général adjoint pour l’analyse d’investissement de Zerich Capital Management.

De plus, la semaine dernière, le vice-président de la Fed Richard Clarida a déclaré sur CNBC que «certains signes» témoignaient du ralentissement de la croissance économique mondiale. Le nombre d’investisseurs pensant que la Fed augmenterait son taux directeur lors de la réunion de décembre s’est alors réduit.

Source : Sputnik