Comment expliquer la hausse simultanée de l’or et du dollar ?

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lingots d'or pur

Le dollar est proche de son plus haut historique. L’or est également en hausse. C’est rare.

Le dollar index n’est pas proche de son record, car il ne prend en compte ni les devises émergentes ou le yuan, ni le poids des transactions commerciales internationales. Le Broad Trade-Weighted Dollar Index, qui reflète mieux la valeur véritable du billet vert, est lui à 130,69, soit très proche de son niveau record.

Vigueur du dollar et de l’or : explications

Depuis cette année, nous vivons une situation quelque peu surréaliste sur le marché de l’or. En effet, le dollar et le métal jaune grimpent de concert, ce qui est rare. Le billet vert s’est apprécié de façon lente et progressive, tandis que l’or a bondi d’environ 300 $ pour s’échanger autour des 1500 $ l’once. D’un point de vue historique, cela n’arrive presque jamais. Mais les distorsions engendrées par les politiques d’assouplissements quantitatifs sont responsables de cette fin de la corrélation inversée entre les 2.

Auparavant, la valeur du dollar baissait mécaniquement avec la baisse des taux directeurs américains. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le seul facteur déterminant de la valeur du dollar. Il y a aussi les assouplissements quantitatifs qui entrent en jeu. De plus, si la FED baisse ses taux tandis que la BCE accélère son QE en raison de la faiblesse de l’économie européenne, le dollar ne baissera pas vu que le différentiel entre les taux de la FED et de la BCE continue de privilégier le dollar.

Les obligations américaines sur 10 ans affichent toujours un rendement supérieur à 2 % au moment d’écrire ces lignes. Les Bunds à la même échéance sont fermement ancrés en territoire négatif. L’éventualité d’un hard Brexit met davantage de pression sur l’économie de la zone euro et la monnaie unique. L’accélération du QE de la BCE, qui affaiblit l’euro et favorise le métal jaune, explique pourquoi le dollar et l’or grimpent de concert.

Jusqu’où l’or peut-il grimper ?

On liait autrefois la valeur de l’or à l’inflation. Mais la linéarité du CPI de ces dernières années montre qu’il y a bien d’autres éléments qui entrent en jeu. C’est pourquoi l’or peut être parfois largement surévalué ou sous-évalué par rapport à l’inflation. (…)

Certains enthousiastes de l’or espèrent que les réserves parquées par les banques permettront au métal jaune d’atteindre un nouveau record. Certains se demandent néanmoins pourquoi cet argent créé n’a pas produit d’hyperinflation. C’est simple : ces réserves ne sont que le produit des QE (achats d’obligations avec des crédits électroniques qui sont ensuite placés sur le bilan de la banque centrale). Ces réserves en dollars ou en euros ne quittent jamais les institutions financières. Certes, elles poussent les prix des obligations à des niveaux déraisonnables, jusqu’aux taux négatifs, mais elles ne dopent pas la masse monétaire de façon incontrôlée. C’est pourquoi il n’y a pas d’inflation.

Ce sont en tout cas les dynamiques actuelles des QE. Ils poussent les taux obligataires à la baisse sans créer d’inflation. Malgré l’absence d’inflation, je pense que les taux négatifs sont favorables à l’or vu que le métal jaune permet justement d’y échapper.

Je pense qu’on peut raisonnablement anticiper une hausse de 15 à 20 % de l’or dans les 12 à 18 mois à venir sur base des taux négatifs en Europe et de l’augmentation des QE. Cela pourrait arriver plus vite si la FED s’y remet aussi. En cas de récession aux États-Unis, ce qui pourrait arriver dans plus d’un an, je m’attends à voir le métal jaune atteindre un nouveau record en raison du recours de la FED a des politiques non orthodoxes. (…)

Conclusion

Avec cette nouvelle donne internationale faite de guerres commerciales et de taux négatifs en Europe et au Japon, la combinaison dollar fort/or demandé n’est plus une exception, mais la norme.

Traduction d’extraits de l’article d’Ivan Martchev, publié sur marketwatch.com