Un contexte parfait pour l’or ?

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Tandis que le métal jaune repart à la hausse suite à la publication de chiffres décevants concernant les services aux États-Unis, Richard Mills se demande dans cet article si les conditions actuelles ne seraient pas parfaites pour l’or. Voici une synthèse de son long papier.

Tout au long de l’année, nous avons tenté d’expliquer en termes simples sur ahead of the herd ce qui explique la hausse incessante de l’or, malgré le facteur très négatif que constitue la hausse du dollar. Voici les raisons qui, selon nous, justifient des investissements dans l’or.

Tentative de destitution de Trump

C’est de nouveau la cohue à Washington. Désormais, les Démocrates s’en prennent à Trump pour avoir suggéré au président ukrainien de s’occuper de Biden. Certains accusent le président américain d’avoir gelé les 400 millions d’aides des États-Unis à l’Ukraine dans l’attente d’une enquête sur Biden et sa famille. Le spectre de la destitution a refait surface. Il faudrait la moitié des votes de la Chambre, puis les 2/3 du Sénat après enquête pour que Trump soit destitué.

L’or prospère durant tous les événements négatifs, que ce soit une guerre, une crise économique… Tout ce qui peut pousser les investisseurs à se tourner vers les valeurs refuges.

Les négociations sur le litige commercial sino-américain toujours embourbées

Pendant un moment, on a cru assister à une détente sur le front du litige commercial sino-américain. En effet, la Chine a accepté d’acheter du porc et du soja US en signe de bon vouloir. Mais Trump a ensuite roulé des mécaniques dans son discours aux Nations unies en affirmant que les Chinois veulent absolument un accord, alors que ce n’est pas nécessairement son cas. Toutes ces déclarations contradictoires ne plaisent pas aux marchés (et aux Chinois). Ce qui est positif pour le métal jaune.

Les autres facteurs qui favorisent l’or

Au-delà du front commercial, d’autres raisons poussent les investisseurs vers l’or. Il y a notamment la guerre au Yémen, les tensions entre les navires de guerre américains et chinois en mer de Chine orientale, les échanges verbaux incessants entre les États-Unis et l’Iran, et plus récemment l’attaque de 2 installations pétrolières d’Arabie saoudite.

Il y a également le cas du Venezuela, dont les actifs ont été intégralement gelés par l’administration Trump. Techniquement, Caracas est traité sur un même pied d’égalité que des pays comme Cuba, la Corée du Nord, la Syrie et l’Iran. Il y a également des tensions grandissantes entre le Japon et la Corée du Sud concernant des îles en mer du Japon. La Corée du Sud souhaite organiser des exercices militaires sur les îles Takeshima. Elles sont revendiquées par le Japon. Ces tensions resurgissent alors que des jugements ont condamné des entreprises japonaises à payer des réparations à des Coréens du Sud qui furent forcés de travailler durant la Seconde Guerre mondiale.

Il y a également la course à l’armement entre la Russie et les États-Unis. Au mois d’août, les États-Unis se sont formellement retirés du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Sans cet accord, la Russie va pouvoir développer des missiles qui pointent vers l’Europe, et vice versa.

Rendements en berne

Au début de l’année, notre optimisme pour l’or se basait sur l’inversion de la courbe des taux, qui signale une récession à venir. Mais les mouvements actuels de l’or ne s’expliquent pas vraiment par le malaise économique. Ils sont plutôt portés par les rendements obligataires, et ce que fera la FED. L’or a tendance à grimper lorsque les taux d’intérêt et obligataires baissent. Aujourd’hui, les taux réels des Treasurys sont presque de zéro. Pourtant, 17 trillions d’obligations souveraines ont des taux nominaux négatifs.

Achats d’or des ETF

Le cours de l’or est également influencé par les achats de métal des ETF, où on échange « l’or papier ». Le 24 juin dernier, les investisseurs ont acheté pour un montant record de parts de GLD (1,6 milliard de dollars). Mark Mobius et le hedge fund Sandler Capital Management ont notamment pris de grosses positions sur le GLD.

Achat d’or aux États-Unis et en Europe

A l’échelle mondiale, le T1 2019 fut une période de statu quo en termes d’achats de lingots et de pièces d’or. Cependant, nous avons assisté à un regain d’intérêt dans certains pays. Aux États-Unis, les achats ont bondi de 38 % sur base annuelle. En raison des craintes engendrées par le Brexit, cette hausse fut de 58 % au Royaume-Uni. En Europe, l’augmentation des ventes fut de 10 %.

En Russie, le président Poutine vient d’annuler la TVA de 20 % sur les métaux précieux. Selon le journal russe Izvestia, la demande pour les métaux précieux pourrait être multiplié par 15 dans les 5 années à venir, pour totaliser 50 tonnes par an.

Les achats d’or effrénés des banques centrales

Selon le World Gold Council, les banques centrales continuent leurs achats d’or effrénés, dans le sillage du record de 2018. L’année dernière, elles ont acheté 651 tonnes d’or, un record depuis 1967. Durant le premier semestre de 2019, les banques centrales ont acheté 247,3 tonnes d’or, soit 73 % de plus que le premier semestre de 2018, qui fut pourtant une année record. La Chine et la Russie restent les plus gros acheteurs. Les pays émergents (Pologne, Turquie, Kazakhstan, etc.) représentent 93 % des achats d’or du premier trimestre 2019.

Le risque de pic de l’or est réel

Nous aurons atteint le pic de l’or lorsque la production annuelle commencera à baisser sans perspective de revenir aux niveaux d’antan. Si l’offre ne peut pas satisfaire la demande, les prix ne pourront que grimper.

Des éléments semblent indiquer que le risque de pic de l’or est réel. En 2016, la production annuelle a baissé pour la première fois depuis 2008. Si c’est reparti à la hausse depuis, les augmentations de production ne cessent de baisser (1,3 % en 2017, 1 % en 2018).

Cette difficulté à trouver des gisements est facile à comprendre. Les sociétés minières exploitent les sites les plus rentables en premier. Malgré des investissements d’exploration multipliés par 6 entre 2002 et 2012, les découvertes de gisements furent moins importantes. Selon McKinsey, durant les années 70, 80 et 90, le secteur minier a découvert au moins un site de plus de 50 millions d’onces et au moins 10 et de plus de 30 millions d’onces. Aucun gisement de cette ampleur n’a été découvert depuis 2000. Même les gisements de plus de 15 millions d’onces sont rares.

Il sera de plus en plus compliqué de trouver de tels sites. Et ils seront beaucoup plus difficiles d’accès, donc plus cher à exploiter. En raison de la faible rentabilité de l’or, les investissements ont été réduits à leur plus simple expression, ce qui ne fait qu’empirer le problème. Vu le contexte, de nombreux experts estiment que le pic de l’or sera atteint cette année. Il s’agit d’un scénario tout à fait plausible.

Et même si le cours de l’or devait bondir, il faudra énormément de temps pour que le secteur soit en mesure d’augmenter sa production. On estime aujourd’hui qu’après la découverte d’un site, il faut environ 20 ans pour commencer à l’exploiter. Dans certains pays où les contraintes environnementales sont lourdes, comme les États-Unis et le Canada, cela peut même monter à 30 ans.

Le dollar

Malgré tous ces points positifs, il reste un obstacle de taille : le dollar. Même si l’or est parvenu à grimper dans un contexte de vigueur du billet vert, son cours serait encore plus élevé avec un dollar moins fort. Mais il y a une lueur d’espoir : Trump veut à tout prix un dollar plus faible. Sa stratégie semble désormais claire : tant que Powell ne baisse pas les taux, il impose des droits de douane à la Chine.

Conclusion

La vigueur actuelle de l’or et de l’argent s’explique par une conjonction parfaite de facteurs positifs qui s’ajoutent à des fondamentaux forts pour les 2 métaux. Le dollar représente le seul vent contraire, mais nous avons à ce sujet en Trump un allié.