Comment la réforme fiscale américaine pourrait déclencher une récession

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Les analystes les plus cyniques affirment que les politiques gouvernementales atteignent souvent le contraire de l’objectif poursuivi. C’est parfois vrai. Par exemple, la guerre contre la drogue de Richard Nixon est toujours en cours, et c’est clairement la drogue qui gagne.

D’autres initiatives publiques sont plus efficaces. Les pompiers éteignent de nombreux incendies, les garde-côtes sauvent des vies chaque jour. Les écoles publiques éduquent les enfants. Mais les dysfonctionnements du Congrès se multiplient. Par où commencer ?

J’ai expliqué récemment pourquoi la nouvelle réforme fiscale du Congrès a manqué l’opportunité de doper la croissance. Aujourd’hui, je pense que cela est même pire. Au lieu de stimuler la croissance, la réforme fiscale pourrait même déclencher une récession. (…)

Une période de croissance limitée qui dure

J’ai déjà expliqué pourquoi les baisses d’impôts ne doperont pas la croissance comme l’espèrent les élus républicains. La plupart des PDG expliquent qu’ils utiliseront les baisses d’impôts dans des programmes de rachat d’actions ou dans l’octroi de dividendes. Cet argent ne servira pas à embaucher ou à investir.

Depuis, le comité mixte sur la taxation, une entité multipartite du Congrès, estime que la proposition de réforme fiscale qui se trouve au Sénat ne générera que 0,8 % de croissance sur 10 ans pour une augmentation de 1 trillion de dollars de la dette.

Mais mettons la problématique de la dette de côté pour le moment. Que se passerait-il si, au lieu de générer très peu de croissance additionnelle ou une croissance nulle, cette réforme fiscale nous menait tout droit vers une contraction ?

La période de croissance économique que nous traversons est la 3e la plus longue depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est aussi la plus faible. Voyez ci-dessous :

cycle expansion economiqueLa ligne jaune représente la reprise économique qui a démarré depuis 2009. Seules les périodes de croissance des années 60 et 90 ont duré plus longtemps, mais en affichant un taux de croissance largement supérieur. Sur un critère purement temporel, une récession aurait déjà dû se manifester, ou est sur le point d’apparaître. Bien sûr, la tendance pourrait encore se poursuivre, mais probablement durant une brève période.

Le potentiel de croissance est atteint

La semaine dernière, le département du Commerce a révisé ses estimations de croissance ajustée à l’inflation pour le T3 à 3,3 % (rythme annualisé). S’il s’agit d’une bonne nouvelle, c’est également un mauvais présage.

Outre le calcul du PIB, les économistes suivent également la « croissance potentielle ». Il s’agit du niveau atteignable en fonction du nombre de travailleurs, de la productivité et d’autres facteurs économiques.

Si les données finales valident l’évaluation de 3,3 %, ce sera pour la première fois depuis 2007 que les États-Unis parviennent à atteindre leur « potentiel maximum de croissance ».

potentiel de croissance USA

Lorsque vous voyez un écart entre la ligne grise et la ligne rouge, cela signifie que l’économie n’a pas performé aussi bien qu’elle aurait pu le faire. Cette différence s’est creusée durant la récession de 2009 pour se réduire progressivement jusqu’à aujourd’hui. C’est une bonne nouvelle, non ? Avant de vous réjouir, voyez plutôt ceci.

La fin est proche

Le PIB réel ne peut rester durablement au-dessus de son potentiel sans provoquer une récession. Le graphique ci-dessous le prouve :

potentiel de croissance et récession

On voit comment le PIB a dépassé son potentiel depuis les années 70. À chaque fois que cela se produit, lorsque la ligne turquoise dépasse le niveau zéro, une récession s’ensuit (zone grisée).

« S’ensuit » est bien entendu vague en termes de timing. Le PIB a excédé son potentiel durant des périodes prolongées à la fin des années 90 et durant 2006-2007. Mais même dans ces 2 cas de figure, un retournement violent a fini par se manifester. De plus, à l’époque, la FED n’était pas occupée à resserrer ses politiques monétaires, comme c’est le cas en ce moment, ce qui signifie que le cycle d’expansion économique actuel tire à sa fin.

L’administration Trump et le Congrès pensent le contraire : grâce à cette réforme fiscale on devrait connaître quelques années de croissance supplémentaires qui permettront de financer la réforme.

Le mois dernier, le président Trump en personne a affirmé qu’il pense que la croissance pourrait atteindre les 4 %, et même dépasser quelque peu cette barre.

Je pense aussi que nous pourrions connaître un trimestre ou 2 de croissance réelle annualisée de 4 %. Mais pendant des années ? C’est peu probable, à moins que le PIB potentiel bondisse. (…)

Un boum qui fait boum

Le PIB réel peut excéder le PIB potentiel à la fin d’un cycle d’expansion, mais par définition une telle performance n’est pas durable. (…) Mais il faut également considérer d’autres événements :

La Fed est en train de serrer la vis monétaire, en relevant progressivement les taux à court terme et en réduisant la taille de son bilan. Les responsables de la FED estiment que l’économie est proche du plein-emploi, ils veulent donc contrôler les pressions inflationnistes avant qu’elles deviennent incontrôlables.

Si cette réforme fiscale est approuvée, ce qui n’est pas encore gagné, je ne pense pas qu’elle générera de 3 à 4 % de croissance. Je pense que nous obtiendrons le contraire alors que le Trésor devra emprunter des centaines de milliards de dollars pour combler le trou fiscal. Cela propulsera les taux à la hausse, ce qui n’est pas bon pour le marché immobilier et la consommation des ménages.

Tout comme la guerre contre la drogue qui a débouché sur sa prolifération, la guerre contre la faible croissance pourrait déboucher sur une performance économique encore plus moribonde.

Les éléments potentiellement déclencheur d’une récession

En voici quelques-uns :

  • Le cycle d’expansion économique actuel tire en longueur, ce qui suggère qu’une récession pourrait démarrer à tout moment.
  • Le PIB réel est supérieur à son potentiel, ce qui indique également qu’une récession pointe à l’horizon.
  • La FED serre la vis, d’autres banques centrales vont lui emboîter le pas.
  • Les emprunts du Trésor devraient augmenter dans les années à venir pour compenser le creusement des déficits.
  • Bitcoin et le complexe des cryptodevises ressemblent de plus en plus à une bulle.

Ces scénarios n’envisagent aucun événement surprise, comme une guerre avec la Corée du Nord, la désintégration de l’accord de libre-échange nord-américain, une crise bancaire en Chine, un Brexit « à la dure » et d’autres événements qui pourraient mettre un terme à la croissance mondiale.

Ma crainte principale à l’aube de 2017 était de voir la FED serrer la vis trop vite et trop fort, ce qui aurait poussé l’économie dans une récession déflationniste. Je pense que ce risque est toujours d’actualité.

Si la proposition de loi est adoptée dans sa forme actuelle, la récession pourrait se manifester plus tôt que tard. (…)

Source : article de Patrick Watson, publié sur MauldinEconomics.com