Cet article passionnant de l’Asia Times, mentionné par Stewart Thomson, pourrait être crucial pour le cours de l’or dans les années à venir. Si des accords du Plaza II devaient vraiment décider de l’affaiblissement du dollar et du renforcement du yuan, ce serait très positif pour le métal jaune :

« De hauts responsables de l’administration Biden ont suggéré que les pays occidentaux pourraient s’accorder sur une réévaluation majeure du yuan chinois, dans l’esprit des accords du Plaza de 1985 avec le Japon.

Étonnamment, certains économistes chinois ont bien accueilli l’idée. C’est surprenant parce que la Chine a considéré, par le passé, les accords du Plaza comme la fin de l’ascension du Japon. Pékin s’opposait fortement à une répétition. Mais la Chine de 2021 n’est pas le Japon de 1985. Et la Chine a ses propres raisons de souhaiter l’appréciation de sa monnaie, tout comme les États-Unis ont de bonnes raisons de vouloir laisser baisser le dollar, et ce, malgré le déni de façade de la secrétaire au Trésor Janet Yellen.

La hausse du yuan face au dollar

Depuis son plus bas du 27 mai 2020, le yuan s’est apprécié de 10 % par rapport au dollar. Et sa hausse devrait se poursuivre. En fonction de ce que la Chine offre en retour, Pékin pourrait laisser l’administration Biden crier victoire suite à cette négociation monétaire. Au cours des 2 années qui ont suivi les accords du Plaza, le dollar américain chuta de 51 % par rapport au yen japonais grâce à une intervention coordonnée des banques centrales.

Un doublement de la valeur du yuan par rapport au dollar est hors de question. Mais une hausse supplémentaire de 10 % à 20 %, en plus de la récente appréciation de 10 %, n’est pas impossible. En fait, il s’agit du résultat naturel probable de l’accélération de la divergence de croissance économique entre les États-Unis et la Chine en faveur de cette dernière en cette période post-Covid.

« Les conseillers de Biden ont déclaré qu’ils encourageraient également des formes plus ciblées de multilatéralisme« , a rapporté le Wall Street Journal le 6 janvier. Le journal a également ajouté que Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de Biden, a également cité les accords du Plaza de 1985, lorsque les États-Unis et leurs alliés sont intervenus afin d’affaiblir le dollar, en tant que modèle réussi de coopération économique internationale.

La déclaration de Sullivan n’a pas fait l’objet d’une couverture importante aux États-Unis. Mais a été relevée par Jin Zhong, un contributeur régulier à l’un des sites politiques les plus influents de Chine, guancha.cn. « J’espère que les États-Unis pourront rassembler leurs alliés et faire pression pour parvenir à un nouvel accord de type Plaza« , a déclaré le commentateur chinois.

Une politique axée sur la consommation intérieure

Nous avons mentionné, à la fin de l’année dernière, que l’intention déclarée de la Chine d’orienter la composition de son PIB vers la consommation intérieure nécessite une devise plus forte. Le taux d’épargne national de la Chine reste aux alentours de 40 %, soit le double de celui des États-Unis.

Le revers d’un taux d’épargne élevé est un excédent de comptes courants. Les Chinois vendent des biens à l’étranger et économisent le produit. Après la crise de 2008, Pékin a soutenu sa croissance grâce à un taux d’investissement élevé. Il doit maintenant orienter la croissance vers la consommation. Le pouvoir veut augmenter les importations et bénéficiera d’une monnaie qui s’apprécie, vu que cela baisse mécaniquement le prix des importations.

Le problème avec les accords du Plaza, affirme Jin Zhong, n’était pas simplement dû à l’appréciation importante du yen. Le Japon a attendu 1989 pour répondre à la hausse de l’inflation. La Banque centrale japonaise a ensuite relevé son taux directeur, qui est passé de 2,5 à 6 %, ce qui a provoqué un krach boursier et immobilier dont le Japon ne s’est pas encore remis.

La Chine, explique-t-il, a connu un problème similaire après 2008, lorsque les États-Unis ont laissé le dollar se déprécier. L’inflation chinoise a augmenté, la banque centrale a serré la vis et la Bourse chinoise s’est effondrée en 2015 et 2016.

L’argent facile occidental alimente les bulles en Chine, en particulier dans l’immobilier, estime l’analyste de guancha.cn. Il cite la croissance rapide des réserves de change de la Chine depuis 2008 et la hausse du taux d’inflation chinoise. La Chine doit désendetter son économie, mais progressivement, « en appuyant lentement sur la pédale de frein », conclut-il.

Grâce à une gestion monétaire avisée et un désendettement progressif, la Chine peut absorber l’impact d’une hausse de sa monnaie sans créer un cycle d’expansion/récession brutal.

De plus, la situation économique chinoise est très différente de celle du Japon en 1985. D’une part, les épargnants japonais ne pouvaient pas être convaincus de consommer à l’époque. La population chinoise, en revanche, a une énorme envie refoulée de biens de consommation, notamment d’automobiles et d’électroménager.

La Chine a déjà accepté de réduire ses tarifs d’importation jusqu’à 90 % dans le cadre du partenariat économique régional global conclu entre 16 pays asiatiques en novembre. Un signal qui montre que Pékin est demandeur d’importations plus nombreuses et moins chères pour satisfaire la demande des consommateurs. Une hausse du yuan permettrait d’atteindre le même objectif.

L’Amérique a le problème inverse. L’administration Biden veut dépenser 4 billions de dollars supplémentaires, soit environ 20 % du PIB américain, à la fois pour stimuler directement l’économie et investir dans l’infrastructure. Il a besoin d’un mélange d’investissements étrangers et d’une épargne intérieure plus élevée pour financer ces énormes dépenses.

Pourquoi les États-Unis ont besoin d’un dollar plus faible

Les achats étrangers de titres du Trésor américain étant tombés à zéro en 2020, les États-Unis dépendent principalement de la Réserve fédérale pour absorber cette avalanche d’émissions obligataires. La dette fédérale américaine a augmenté de 3 billions de dollars au cours de l’année écoulée. Une baisse du dollar fait d’une pierre 2 coups :

  • Elle augmente le taux d’inflation domestique, incitant les ménages à épargner davantage (pour compenser une baisse de la valeur de l’épargne existante) ;
  • Elle déprécie les actifs nationaux pour attirer les capitaux étrangers.

Parallèlement à l’appréciation prospective du yuan, 2 autres éléments clés figureront en bonne place sur le menu des négociations américano-chinoises. Au cours de la campagne, le candidat Joe Biden a critiqué l’administration Trump pour avoir imposé des droits de douane élevés sur les produits chinois. Il affirmait, à notre avis à juste titre, que les droits de douane avaient provoqué une récession industrielle en 2019, bien avant la pandémie COVID-19. Vraisemblablement, Biden aimerait s’en débarrasser. Mais il le fera uniquement s’il obtient quelque chose en retour.

Le dossier épineux des technologies

L’autre problème concerne les restrictions sur les ventes de technologies américaines à la Chine. La Chine est de loin le plus gros consommateur de semi-conducteurs (même si une partie de ces composants est utilisée pour la fabrication de produits exportés). Elle a acheté pour 350 milliards de dollars de puces informatiques en 2020. À titre de comparaison, la demande mondiale de ce secteur totalise 440 milliards de dollars. Aucune entreprise de semi-conducteurs ne peut survivre sans ventes à la Chine. Le secteur de la haute technologie américaine a contemplé les restrictions de Trump avec angoisse.

Les soutiens de Biden de la Silicon Valley veulent faire machine arrière, avant que l’énorme programme chinois visant à atteindre l’autosuffisance dans les semi-conducteurs ne crée un monstre qui menace la viabilité des grandes entreprises américaines. De nouveau, Biden ne relâchera pas l’étreinte à moins qu’il semble obtenir quelque chose en retour. Une ouverture du marché intérieur chinois aux entreprises technologiques américaines, par exemple.

À moyen et long terme, la Chine souhaite populariser l’utilisation mondiale du yuan comme monnaie de réserve. Mais pas au prix d’accroître la vulnérabilité de son marché intérieur. La Chine doit réduire son endettement et renforcer ses régulations financières avant de pouvoir ouvrir suffisamment ses marchés financiers pour atteindre cet objectif. Un yuan plus fort et une augmentation conséquente des importations, cependant, facilitent ce but.

Un pays qui propose une monnaie de réserve doit mettre cette monnaie à la disposition du reste du monde. Il est difficile de dégager un excédent chronique du compte courant, qui siphonne de l’argent du reste du monde, et d’offrir une monnaie de réserve. Le monde a souffert d’une pénurie chronique de dollars à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis ont compensé avec le plan Marshall et d’autres programmes d’aides et de prêts.

La Chine peut se permettre de maintenir un solde de compte courant nul ou même légèrement négatif à mesure que les importations augmentent, préparant ainsi le terrain à l’utilisation éventuelle du yuan comme monnaie de réserve majeure. À cet égard, l’appréciation du yuan d’aujourd’hui prépare le terrain pour les objectifs à moyen terme de la Chine.

Nous concluons que sur ces trois questions

  • Appréciation du yuan
  • Droits de douane
  • Contrôle des exportations de technologies,

Joe Biden et Xi Jinping ont des intérêts qui se chevauchent, pour ne pas dire identiques. La corrélation objective des forces, un terme affectionné par les partis communistes, indique qu’un accord américano-chinois est probable. Cela ne garantit pas en soi un accord. Les 2 parties doivent comprendre et travailler dans la compréhension des perceptions et des exigences politiques internes de l’autre.

Depuis les réformes de Deng Xiaoping d’il y a plus de 40 ans, les Chinois ont évité les changements de politiques brusques. Ils ont préféré le pragmatisme expérimental et le gradualisme plutôt que les grandes solutions « révolutionnaires ». Par exemple, Shenzhen n’était qu’un village de pêcheurs paisible lorsque Deng est devenu Premier ministre. Aujourd’hui, c’est devenu l’une des premières expériences capitalistes de la Chine. Alors que Shenzhen est devenu une mégalopole high-tech, d’autres ont suivi son exemple.

Contrairement à Deng, Xi Jinping est moins patient. Il est plus enclin à tenter de grands changements. Néanmoins, le pragmatisme prudent reste l’humeur dominante au Conseil d’État chinois. Si l’équipe de Biden comprend l’aversion de la Chine pour les grandes décisions et donne à la Chine le temps nécessaire pour implémenter cette politique à son propre rythme, alors un accord global est possible. La Chine veut et doit renforcer sa monnaie ; s’il peut obtenir d’autres accords tout en faisant ce qu’il a prévu de faire de toute façon, tant mieux.

Une monnaie forte fera appel au sentiment de grandeur nationale de Xi. Une monnaie forte fait écho à la devise de la restauration Meiji : « Pays riche, armée forte » Fukoku kyōhei (富国強兵) et à son équivalent chinois fuguo qiangbing (富国强兵). Il est tout à fait possible pour Xi et Biden d’obtenir ce qu’ils veulent. Ou, mieux encore : d’apprendre à vouloir ce qu’ils obtiendront de toute façon, tôt ou tard. »