L’entêtement monétaire de la FED va précipiter l’économie en récession

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Il est de plus en plus évident que l’économie américaine ne décolle pas, comme certains l’avaient prédit après l’élection. Le président Trump et les Républicains n’ont pas réussi à faire passer les politiques stimulantes qui étaient au programme. Les banques et les sociétés du secteur de l’énergie ont vu la pression régulatrice baisser quelque peu, et c’est positif. Mais on est bien loin de la grande réforme d’Obamacare, des baisses d’impôts et des dépenses d’infrastructures que l’on nous avait promises.

Une réforme fiscale sérieuse et majeure aurait pu postposer une récession américaine au-delà de 2020, mais au lieu de cela nous aurons des rustines collées ici et là. Parmi les bonnes nouvelles, le chômage a continué de baisser tandis que les travailleurs découragés font leur retour dans la population active. Mais la consommation reste faible, ce qui suggère que la confiance des ménages est peut-être moins bonne que les sondages le disent.

L’inflation s’est quelque peu manifestée dans certains secteurs comme les soins de santé et le logement, ailleurs elle reste très basse ou inexistante. Est-ce dans un tel contexte économique que la FED doit serrer la vis monétaire ? Non, mais c’est pourtant ce qu’elle fait.

Rattraper les erreurs du passé

Si elle le fait, c’est en partie parce qu’elle a attendu trop longtemps pour mettre un terme à son QE et pour commencer à réduire la voilure de son bilan.

Les membres du Comité de la FED savent qu’ils sont en retard. Ils veulent donc faire semblant de faire quelque chose avant la fin de leur mandat. De plus, Janet Yellen, Stanley Fischer et les autres membres du comité sont religieusement dévoués à la courbe de Phillips.

Cette théorie affirme qu’un taux de chômage aussi bas crée des pressions inflationnistes sur les salaires. Le fait que ceux-ci stagnent et qu’aucun signe d’inflation salariale ne soit visible à l’horizon n’a aucune espèce d’importance : cette menace théorique existe, donc il faut la contrer.

L’opinion des banquiers centraux, qui sont en fait tous des Keynésiens, est que la dure réalité ne doit pas empiéter sur leurs belles théories. Il suffit de se pencher sur les calculs qui sont derrière la courbe de Phillips pour reconnaître à quel point cette théorie est brillante !

C’est Winston Churchill qui a dit : « Aussi belle votre stratégie puisse être, il est parfois bon de se pencher sur les résultats. » Or la réalité est que l’absence de hausse des salaires pour 70 à 80 % des travailleurs les moins bien payés représente une faiblesse réelle de l’économie américaine. Si vous travaillez dans les services, la concurrence de ce secteur a fait stagner votre paie.

Le retour de flamme va faire mal

Le risque est de voir la FED trop serrer la vis, et trop vite. Nous savons des derniers compte-rendus de la FED que certains membres sont devenus agressifs en partie parce qu’ils veulent compenser les stimulations fiscales anticipées. Pourtant, elles ne se sont pas matérialisées, ce qui n’empêche pas le Comité de se comporter comme si elles étaient déjà implémentées.

Que se passera-t-il lorsque la FED relèvera son taux directeur durant les prémices d’une récession au lieu de le baisser ? Je ne sais pas s’il y a un précédent historique. La logique laisse cependant à penser que la FED endiguera toute inflation, pour autant qu’elle existe, pour précipiter l’économie vers une récession en bonne et due forme. Et une récession pour une économie endettée comme la nôtre pourrait être catastrophique.

Cela signifierait devoir rembourser une dette avec de l’argent qui gagne en pouvoir d’achat au lieu d’en perdre par l’inflation. Les Américains n’ont plus vécu pareille situation depuis les années 30. À l’époque ce ne fut pas drôle, ce le serait encore moins aujourd’hui.

Pire encore, je doute que les nominations de Trump à la FED puissent changer le cours des choses. Trump semble bien plus intéressé de voir le rôle de régulateur de la FED être diminué que de modifier les politiques monétaires.

Permettez-moi de faire une prédiction désagréable : je pense que la FED de Trump, un terme qui n’est pas usurpé vu qu’il va nommer 6 membres de son Comité dans l’année à venir, nous ramènera sur le chemin d’assouplissement quantitatif massif et peut-être même nous propulsera dans l’univers des taux négatifs si nous connaissons une récession.

Le besoin de faire quelque chose, ou du moins d’essayer, sera simplement trop fort.

Article de John Mauldin, publié le 1er août 2017 ValueWalk.com