Et si Wall Street se préparait à la mauvaise catastrophe ?

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déflation

Et si la planète se préparait au mauvais désastre, ce qui serait une catastrophe en soi ? Depuis la crise financière, Wall Street, les responsables des banques centrales, les économistes et les politiciens scrutent le retour de l’inflation. Au début de l’année, on a cru l’apercevoir. Sous la forme de la faiblesse du dollar, de la hausse des salaires, de la stabilité économique en Chine et de l’augmentation des taux.

Ici, aux États-Unis, la FED a donc commencé à parler de l’importance de se préparer à combattre une inflation galopante. En fait, elle est obsédée par cette idée. D’après l’analyste de Deutsche Bank Torsten Slok, la FED parle plus d’inflation aujourd’hui (dans ses rapports et ses comptes-rendus) qu’en 2006, lorsque l’économie était en train de surchauffer, juste avant le krach.

Et cela malgré le fait que les dépenses liées à la consommation n’ont pas atteint l’objectif de 2 % de la FED depuis la crise financière.

On fait beaucoup de bruit autour des révisions des statistiques économiques, des tweets de Trump, des menaces de guerre commerciale, de l’espoir d’obtenir de la croissance grâce à la réforme fiscale US, des marchés actions et de la hausse des taux. Mais, en y réfléchissant, les sources d’inflation avancées par les analystes pourraient ne pas en être.

La faiblesse du dollar, la hausse des salaires et la stabilité de la Chine, soit les ingrédients de l’élixir qui a poussé les marchés en janvier, se sont étiolés. Cela devrait être un avertissement. Si nous nous focalisons sur les mauvais signes et que nous distribuons mal nos cartes, nous pourrions nous retrouver face à notre vieil ennemi, la déflation.

Retour à la réalité

Commençons par un simple retour à la réalité avec la croissance américaine. Durant le T1 2018, le PIB a progressé de 2,3 %, ce qui est moins bien que les 2,9 % du trimestre précédent. C’est supérieur au consensus du panel interrogé par Bloomberg (2 %), mais il ne s’agit pas d’une croissance exceptionnelle.

Durant cette période, la consommation des ménages a progressé de 1,1 %, ce qui est bien moins que les 4 % du trimestre précédent. Pour être honnête le dernier trimestre de l’année est toujours solide en termes de dépenses (en raison des fêtes), mais cependant cette chute a eu lieu alors que le revenu disponible a augmenté de 3,4 %. (…)

En bref, la consommation reste en dessous des objectifs tandis que la croissance américaine est bel et bien là, mais pas au niveau de 3 à 4 % visé par l’administration Trump.

De plus, le dollar est en train de s’apprécier. Depuis le début de l’année, la devise américaine a grimpé de 1,53 % par rapport à ses grandes concurrentes. Simultanément, les politiques monétaires de par le monde sont moins accommodantes et les taux grimpent. (…)

La Chine ?

Vous pensez peut-être que l’économie chinoise se porte bien. Il y a certes de la croissance, mais elle ralentit. En mars, les gens bien informés nous disaient que l’économie chinoise était tellement vigoureuse qu’elle n’était plus en mesure d’exporter de la déflation vers le reste du monde. (…)

Pourtant, on ne voit toujours pas de signes d’inflation. Les analystes indépendants spécialistes de la Chine continuent d’insister sur le fait que les réformes promises par le gouvernement se font toujours attendre. En mars, le China Beige Book indiquait que le désendettement n’a pas encore démarré et que les entreprises continuent de dépendre du crédit pour assurer leur survie.

Cela signifie qu’un événement déflationniste reste possible en Chine. Même pour le T4, des chiffres économiques peu clairs indiquent que l’économie chinoise a été portée par les exportations, que la consommation domestique est incapable de soutenir la croissance comme le souhaite le président Xi Jinping.

Cette situation était toujours d’actualité en Chine le mois dernier, comme l’a indiqué Société Générale. (…) Le contexte chinois n’est pas déflationniste en soi, mais on ne peut pas dire qu’il est inflationniste ou sain. Par exemple, le PDG de la société privée DunAn Group a envoyé au début du mois de mai une lettre au gouvernement chinois le suppliant de l’assister à gérer sa dette de 7 milliards de dollars. (…) Les observateurs de la Chine vous disent que les sociétés privées sont en bien meilleure posture que les sociétés publiques. Mais le cas de DunAn dévoile une autre réalité. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. (…)

Le diable se cache dans les détails… démographiques

Deux grandes forces déflationnistes continuent de peser fortement sur l’économie. Il s’agit de facteurs auxquels on ne peut pas échapper : les tendances démographiques et les inégalités. Aux États-Unis, le vieillissement de la population évolue de concert avec la mise en sourdine de la hausse des salaires. Comme Laura Desplans de Deutsche Bank l’a écrit, les hausses des salaires sont inférieures à celles des cycles précédents. Probablement en raison de facteurs tels que le vieillissement de la population, la faiblesse de la hausse de la productivité, etc. L’impact du vieillissement de la population sur les salaires agit de 2 façons : en raison des hausses des salaires qui sont inférieures pour les travailleurs les plus âgés, et par le départ à la retraite de personnes ayant des salaires élevés qui sont remplacées par des bas salaires.

richesse des ménages

Mais les changements démographiques ne sont pas les seuls responsables des niveaux décevants des rémunérations. Comme Slok l’a dit, l’augmentation de la richesse a été distribuée inégalement depuis 2009. La baisse du taux de propriété et des ménages qui possèdent des actions ont eu un impact négatif sur la croissance de la consommation pour 90 % des ménages américains les moins riches.

Les impacts déflationnistes des inégalités et du vieillissement de la population ne disparaîtront pas d’un coup de baguette magique. Il s’agit de défis à long terme qui requièrent des solutions inventives et complexes. On voit mal comment elles pourraient venir de l’administration Trump ou de l’étranger alors que la planète se polarise de plus en plus.

Il faut donc nous demander si nous nous préparons au mauvais désastre.

Article du Business Insider, publié le 15 mai 2018