Fitch menace d’abaisser la note des États-Unis

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plafond de la dette

Que la vie peut être cruelle. Pas plus tard qu’hier, j’ai eu une conversation avec Bill Tilles. Nous étions d’accord sur 3 points. Et aujourd’hui, la preuve que nous avions tort concernant l’un d’entre eux est déjà visible sous nos yeux !

  1. La fermeture des services publics alors que le Congrès ne parvient pas à s’accorder sur un budget pour l’année fiscale 2018 ? Oui, c’est possible.
  2. Un échec concernant le relèvement du plafond de la dette qui pousserait le gouvernement américain à faire défaut, ou plutôt à faire un « défaut sélectif » ? C’est très peu probable. Les membres du Congrès sont des animaux politiques habitués au cinéma et aux déclarations tapageuses pour atteindre leurs objectifs, mais qui ne sont pas stupides (nous osons l’espérer).
  3. Une menace des grandes agences de notation d’abaisser la note des États-Unis en raison de la saga du plafond de la dette et des conséquences du défaut sélectif ? Jamais de la vie, nous pensions. Les agences de notation ont tiré les leçons de la façon dont le gouvernement américain a harcelé Standard & Poor’s après l’abaissement de sa note en 2011.

À peine le lendemain et nous avions tort sur ce 3e point. Standard & Poor’s a retenu la leçon, mais pas Fitch Ratings, même si les mots que l’agence de notation a utilisés sont moins durs :

« Si le plafond de la dette n’est pas relevé dans les temps avant la fameuse «date x», Fitch devra se pencher sur la note des États-Unis avec des conséquences potentiellement négatives. Nous avons dit par le passé que donner la priorité au remboursement de la dette par rapport à d’autres obligations, dans le cas où le plafond ne devait pas être relevé et si cela est légalement et techniquement faisable, pourrait ne pas être compatible avec le statut AAA. »

Dans sa dernière lettre au Congrès, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a déclaré que les caisses des États-Unis seront vides d’ici la fin septembre. Il est probable qu’ils puissent tenir un peu plus longtemps, jusqu’en octobre. Pas plus tard que cette semaine, le chef de la majorité au Sénat Mitch McConnell a juré que les chances de ne pas relever le plafond de la dette étaient nulles.

Mais Fitch ajoute que des guéguerres au Congrès pourraient à elles seules provoquer l’abaissement de la note. Ce fut d’ailleurs pour cette raison que S&P prit cette même décision en 2011. Fitch :

« L’intransigeance politique concernant le plafond de la dette pourrait en bout de course avoir des conséquences sur la note des États-Unis vu que tout échec dans son relèvement remettrait en question la capacité du Trésor à remplir ses obligations en termes de remboursement de la dette et d’autre paiements.

La prochaine session du Congrès commence le 5 septembre. Il n’y aura ensuite que 12 journées de travail avant la fin du mois. Nous pensons qu’il y a une forte volonté politique de s’assurer que les obligations du Trésor seront honorées intégralement et dans les temps. »

Dans le pire des cas, on donnera la priorité au remboursement de la dette si bien que les États-Unis ne feraient pas défaut sur ses obligations, pense savoir Fitch. Mais ne pas honorer les autres paiements aura aussi des conséquences.

« Selon l’opinion de Fitch, l’impact économique de l’interruption d’autres dépenses afin de donner la priorité au remboursement de la dette, ainsi que les dégâts potentiels sur la confiance des investisseurs concernant la solidité et la fiabilité des États-Unis, facteur qui confère à ce pays sont triple A malgré une dette publique si élevée, serait négatif pour la perception de la solvabilité du pays. »

Et même si le plafond de la dette devait être relevé dans les temps ou suspendu, « des incertitudes considérables continuent de planer concernant les perspectives à court terme aussi bien fiscales que sur les emprunts », a écrit Fitch. D’autres nuages noirs planent donc au-dessus de la note américaine. (…)

En février 2013, la Département de la Justice a attaqué S&P pour son rôle dans la crise du crédit immobilier. S&P a déclaré qu’il s’agissait d’un acte de représailles suite à son abaissement de la note américaine de 2011. En 2015, Standard & Poor’s a accepté de payer une amende de 1,5 milliard pour cesser les poursuites. Plus aucune agence de notation américaine ne commettrait un tel impair, tel était l’avis qui prévalait. Ce matin, Fitch a fait voler en éclats ce consensus.

Article de Wolf Richter, publié le 23 août 2017 sur WoflStreet.com