La Banque de Russie annonce la suspension de ses achats d’or

0
2266
réserves d'or russes

Tout d’abord, précisons qu’il ne s’agit pas d’un poisson d’avril. La situation sanitaire et économique n’est pas vraiment propice aux plaisanteries traditionnelles du 1er avril. Le 30 mars, la Banque de Russie a annoncé sur son site officiel la suspension de ses achats d’or à partir du 1er avril 2020. Elle a publié à ce sujet un communiqué on ne peut plus laconique :

Communiqué de la Banque de Russie sur ses achats d’or

« À partir du 1er avril 2020, la banque de Russie suspend ses achats d’or sur le marché domestique. À l’avenir, la décision d’acheter de l’or dépendra des développements des marchés financiers. »

Nous n’avons donc aucune explication officielle concernant cette décision. On peut tout de même deviner les raisons. De cet article de Bloomberg :

« La Russie a dépensé plus de 40 milliards de dollars pour se constituer un trésor de guerre de lingots d’or durant ces 5 dernières années. Désormais, elle se retire. (…) Des analystes affirment que la Russie possède déjà beaucoup d’or, et qu’elle n’a probablement pas besoin d’en acquérir plus.

De plus, le métal jaune a atteint un plus haut de 7 ans. Les investisseurs internationaux étant à la recherche de cette valeur refuge, les marchands russes sont probablement enclins à vendre. L’or est devenu un investissement extrêmement populaire durant ces dernières semaines alors que le coronavirus secoue les marchés financiers. C’est tellement vrai que certains marchands ont du mal à s’approvisionner.

« La banque centrale signale aux vendeurs d’or qu’ils doivent écouler leurs stocks à l’étranger », a déclaré Dmitry Dolgin, économiste en chef d’ING en Russie. « La demande d’or semble être élevée », a-t-il ajouté.

La panique mondiale engendrée par le coronavirus et les torrents de stimulations monétaires des banques centrales ont dopé la demande pour le métal. Même s’il existe des milliers de tonnes d’or dans les coffres de la planète, il est difficile de s’en procurer où et quand on en a besoin. L’or est habituellement envoyé via des vols commerciaux ordinaires, qui ont été annulés par milliers.

Un afflux d’or en provenance de Russie pourrait aider à apaiser les tensions sur le marché. Les vendeurs pourraient affréter des vols charters afin d’atteindre les acheteurs clés, selon Eduard Rybkin, vice-président de la division métaux précieux de la Lanta Bank de Moscou.

Selon lui, il y a de la demande en provenance des grands acheteurs traditionnels que sont Londres, mais aussi l’Inde, la Turquie et Singapour.

Les achats effrénés de la Russie de ces dernières années furent un pilier du support du marché de l’or. Ils ont permis d’établir un prix plancher alors que les investisseurs boudaient les valeurs refuges pour investir dans des actifs plus risqués, à rendement élevé. Aujourd’hui, le stock d’or de la Russie est évalué à 120 milliards de dollars.

L’or représente environ 20 % des réserves russes, un niveau élevé d’un point de vue historique, mais aussi en comparaison avec ses pairs.

« La banque centrale ne souhaite probablement pas augmenter la quote-part de l’or dans ses réserves, alors que celles-ci baissent », a déclaré Tatiana Evdokimova, analyste de Nordea Bank à Moscou. »

La Russie s’est préparée et est impactée par la chute de ses revenus

Durant ces 5 dernières années, la Russie a acheté agressivement de l’or. Elle a en quelque sorte imité les particuliers d’Orient (Inde, Chine, etc.) qui passent à l’achat lorsque les prix sont intéressants. Bien sûr, la Banque de Russie avait d’autres prérogatives que les particuliers (se protéger des sanctions, se diversifier du dollar, etc.). Mais aujourd’hui, elle peut voir venir alors qu’il est très difficile de se procurer de l’or physique. La chute des prix de l’énergie signifie également que la Russie a une marge de manœuvre limitée.

Il n’y a pas que les particuliers qui éprouvent des difficultés à se procurer de l’or physique. Le COMEX a dû se tourner vers Londres pour satisfaire les traders qui exigent la livraison de leur métal.