La division métaux précieux de Nova Scotia, ScotiaMocatta, est à vendre, mais pourquoi ?

0
715
lingots d'argent

Vous êtes peut-être tombés sur l’information : ScotiaMocatta, l’une des grandes banques de lingots, qui est notamment active sur le Comex et le LBMA, est à vendre. En revanche, les motifs avancés pour expliquer la vente ne sont pas très clairs.

D’après cet article de Reuters, on nous dit que la décision a été prise en raison d’un grand scandale de blanchiment d’argent tournant autour d’une raffinerie américaine qui aurait traité de l’or importé illégalement d’Amérique du Sud. Cela fait un an que Nova Scotia serait à la recherche d’un acheteur pour sa division métaux précieux.

Toujours selon cet article de Reuters, ScotiaMocatta est l’un des acteurs majeurs du marché de l’or de Londres. Son histoire remonte au XVIIe siècle, ce qui fait d’elle l’entité la plus ancienne à toujours être active sur le marché des métaux précieux. Mais pour Ted Butler, il y a probablement d’autres raisons derrière la volonté de cession de ScotiaMocatta (source SilverSeek) :

« Je pense qu’on ne nous dit pas tout dans cette histoire, et qu’il y a des motifs qui concernent la manipulation continue des cours de l’or et de l’argent. Je trouve que le motif de la vente avancé dans les médias est très suspect. J’étais au courant de cette histoire de contrebande, mais ScotiaMocatta ne semblait pas particulièrement exposée. Je reconnais que la division est en vente, mais pas les justifications qu’on nous donne. Si j’ai raison, il pourrait s’agir d’une nouvelle significative concernant la manipulation du prix de l’or et de l’argent au COMEX, ce serait aussi gros que l’absorption de Bear Stearns par la JP Morgan en mars 2008, ce qui est à mon avis l’événement majeur du marché de l’argent de ces dernières décennies.

Pour dire la vérité, je n’ai jamais compris pourquoi une grande banque canadienne avait voulu acheter et gérer une entreprise n’ayant par de rapport proche avec ses activités cœurs bancaires. ScotaBank emploie environ 90 000 personnes, alors que ScotiaMocatta a moins de 200 salariés, et représente une part infime du bénéfice trimestriel de 2 milliards de la banque.

Je pense que la motivation réelle derrière la volonté de cession de la division MP après 20 ans est la responsabilité. La vente est motivée par la crainte de rester un acteur massivement positionné short sur l’argent métal (et l’or) au COMEX. ScotiaMocatta est l’un des 7 morts-vivants potentiels à avoir de grosses positions short. La vente n’a donc rien à voir avec de l’or importé frauduleusement. La seule question est de savoir pourquoi il a fallu tant de temps à Nova Scotia pour arriver à cette conclusion.

En ce qui concerne les banques de lingots du Comex, il n’y a que la JP Morgan qui est immunisée de la ruine financière le jour où l’argent métal explosera en raison de ses stocks massifs d’argent physique. Rien n’indique que les autres banques de lingots du Comex ont accumulé des quantités significatives de métal. (…) »

En ce qui concerne le timing de la vente, Théodore Butler propose l’explication suivante :

« Durant l’été 2016, les pertes cumulées ouvertes des 8 entités ayant les plus grosses positions short du Comex sur l’or et l’argent ont atteint la somme de 4 milliards de dollars. (…) Cela signifie que cette perte non-réalisée a dû être couverte financièrement par toutes les entités qui avaient la tête sous l’eau, notamment ScotiaMocatta.

Cela signifie que durant l’été 2016, ScotiaMocatta a dû déposer entre 500 et 750 millions de dollars en appels de marge, ce qui fut probablement un record. D’où cet argent est-il venu ? Dans le cas de ScotiaMocatta, de la maison-mère. Mais vu que cette demande fut tellement au-delà des limites habituelles de ce que la banque avait pour habitude de fournir, les dirigeants se sont probablement mis à se poser des questions. Les patrons des banques et les responsables de la trésorerie ont tendance à se faire du souci lorsqu’on leur demande en urgence des centaines de millions de dollars.

Il est inconcevable que le patron de ScotiaBank n’ait pas cherché à savoir pourquoi ScotiaMocatta avait besoin d’une telle somme. Le patron a probablement voulu savoir ce qu’il allait se passer si les cours devaient poursuivre leur hausse. La banque a donc fini par mesurer l’énorme risque représenté par sa division métaux précieux. Non seulement la chronologie des événements est cohérente avec la date de mise en vente de ScotiaMocatta, mais je suis également certain que la banque a enfin compris les risques qu’elle encourt à avoir manipulé le cours de l’or et de l’argent durant tant d’années.

Seul l’avenir nous le dira, mais le fait que ScotiaBank cherche à se retirer du marché par la porte de derrière ne semble pas renforcer la position dominante des 8 grandes entités short du Comex. Or, c’est toujours sur elles que se sont reposées les manipulations. Pour faire plus simple, sans les positions short concentrées des 4 et 8 opérateurs principaux du marché de l’argent et de l’or du Comex, les manipulations seraient impossibles. Lorsque la belle harmonie entre ces 8 acteurs est rompue, il est bon de le noter. Tout ce qui est susceptible de changer les règles du jeu est, par définition, un événement qui a le potentiel de le bouleverser. »