La hausse de l’or est occultée par la vigueur du dollar

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L’or semble ne pas avoir la cote en ce moment, mais cela n’est vrai que lorsque son prix est exprimé en dollars.

Durant les 2 dernières décennies, le métal a en fait connu une hausse généralisée de son prix, forte et durable. Aux 4 coins de la planète, dans 72 devises. C’est ce qu’affirme Ross Norman, CEO de la société Sharps Pixley, spécialisée dans le négoce des métaux précieux. Dans ce panier de devises, on retrouve la monnaie du Canada, de l’Australie et du Japon, ainsi que de pays émergents tels que le Brésil, l’Inde et l’Iran.

« En se basant sur le cours en dollars, comme la majorité d’entre nous le fait, on masque ce qui est en fait un marché haussier fort », a écrit Norman la semaine dernière dans une note. Inigo Fraser-Jenkins, de la société Bernstein, pense que cette tendance haussière pourrait se poursuivre. Alors que les marchés actions sont chers, que les tensions géopolitiques augmentent et qu’il existe un déséquilibre entre l’offre et la demande, l’or pourrait être un choix d’investissement attractif durant la décennie à venir.

Traditionnellement, l’or est une valeur refuge, un positionnement défensif, il sous-performe habituellement les actions durant les périodes cycliques. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Depuis 1941, lorsque le ratio cours/bénéfice moyen cycliquement ajusté des actions américaines se trouve dans son quintile supérieur historique, dans les 3 années qui suivent, le rendement des actions et de l’or sont similaires, selon la note publiée ce lundi dernier par Fraser-Jenkins.

La dette des gouvernements du monde est presque à un niveau record depuis la Seconde Guerre mondiale, ce qui augmente le risque d’inflation via la création de capitaux sur les marchés. Les États-Unis, par exemple, ont vu leur dette augmenter par rapport à son PIB de 86 % entre 2000 et 2017, d’après David Kotok de Cumberland Advisers. Et ce n’est pas la hausse la plus élevée : du côté des émergents, cette augmentation s’élève à 109 % pour la Chine, à 135 % pour le Mexique ou encore à 233 % pour l’Iran.

Recrudescence des tensions géopolitiques

Les tensions géopolitiques sont en hausse, notamment entre les États-Unis et la Chine sur le dossier du commerce, ou encore dans l’Union européenne, où certains membres affichent leurs désaccords sur le dossier de l’austérité. Même s’il s’agit traditionnellement d’un pari sûr, les obligations souveraines présentent toujours un risque de défaut, par exemple lorsqu’un pays se déclare en faillite ou qu’il cesse d’exister.

Augmentation de la demande d’or

La demande pour l’or augmente aussi bien du côté du secteur public que privé. La demande d’or à des fins monétaires a surpassé celle en provenance du secteur de la joaillerie depuis ces dernières années, d’après Fraser-Jenkins. La demande monétaire inclut à la fois celle des investisseurs privés qui souhaitent s’exposer au métal physique, et celle des banques centrales qui souhaitent diversifier leurs réserves.

La fin du système de Bretton Woods en 1971 a vu le dollar remplacer l’or en tant que monnaie de réserve mondiale. Ensuite, les réserves d’or des banques centrales ont chuté. Entre 1966 et 2008, le poids des banques centrales parmi les possesseurs d’or physique a chuté de 45 à 18 %.

La crise financière de 2008 a néanmoins sapé la confiance des investisseurs dans le dollar en tant que valeur refuge. Depuis, les banques centrales ont acquis près de 3700 tonnes d’or. Fraser-Jenkins estime que le poids des États-Unis dans le PIB mondial, qui ne cesse de baisser, est une tendance qui va se poursuivre.

Mais tandis que la demande d’or augmente, les stocks de ce métal baissent. Un cours de l’or en dollars inférieur entraîne une baisse des investissements dans le secteur minier, ce qui signifie une baisse de la production et des découvertes de nouveaux gisements.

Nous avons assisté à une vague de fusions et acquisitions dans le secteur minier aurifère, note Fraser-Jenkins. Cette tendance s’explique par le souhait de rationaliser les ressources et d’augmenter les rendements des sociétés. Barrick Gold a finalisé l’acquisition de Randgold le mois dernier. Newmont Mining s’est accordé sur l’acquisition de Goldcorp.

Malgré cela, même si tous les projets en cours devaient se matérialiser, la production mondiale d’or ne devrait pas augmenter, selon la note de recherche de Fraser-Jenkins. « Au niveau actuel des investissements et du cours, la disponibilité de l’or continuera d’être sous pression. La demande continuera d’être supérieure à la production. »

Les actions minières aurifères ne sont pas aussi sûres que la matière première en elle-même, mais il y a tout de même une forte corrélation entre la performance relative des minières et les rendements absolus de l’or. À titre d’exemple, l’ETF RING a grimpé de 19 % durant les 3 derniers mois, tandis que le S&P 500 reculait de 2,6 %.

« Nous avons tout simplement assisté à davantage de turbulences financières, économiques et géopolitiques durant les 2 dernières décennies que durant la période 1945-2000 », a écrit Kotok. « Il est clair qu’un renoncement global au risque depuis le nouveau millénaire, en faveur de l’or, est une tendance mondiale forte et constante. »

Posséder de l’or en tant que protection n’est probablement pas une mauvaise idée pour les décennies à venir.

Source : article d’Evie Liu, publié le 12 février 2019 sur le site de Barron’s