La partie d’échecs entre la Chine et les États-Unis

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Apparemment, les Chinois perçoivent les Américains comme des gens naïfs qui prennent tout pour argent comptant, non sans raison. Lorsqu’on analyse la couverture des événements récents concernant les relations sino-américaines, on voit comment la Chine est en train de prendre la main dans cette bataille pour l’hégémonie mondiale.

Alors que la Chine se rapproche de ses objectifs, je pense que la bataille pour l’Orient et le contrôle du monde en voie de développement est presque finie, même si j’espère toujours que cela permettra d’obtenir une situation de type gagnant-gagnant débouchant sur la prospérité aussi bien en Orient qu’en Occident. Même si cela peut sembler chimérique aujourd’hui, j’espère que les États-Unis pourront connaître un 21e siècle économiquement radieux.

Le retour de l’or dans le système monétaire

Peu importe le résultat, les grands gagnants sont ceux qui auront parié massivement sur les matières premières, et surtout sur l’or. Comme je l’ai déjà mis en évidence, l’or et le yuan sont de plus en plus liés. Les moyennes mobiles à 200 jours et à 52 semaines du prix de l’or et du yuan sont remarquablement stables depuis plus d’un an. Que cela soit en raison d’arbitrages ou de manipulations, peu importe : le message est que le yuan est « aussi valable » que le métal jaune.

Il s’agit de la première étape vers la création d’un système monétaire basé sur l’or qui régira l’Orient. Et si l’Occident est malin, il en fera de même. Et tandis que la Chine lève les obstacles entravant l’adoption à grande échelle de sa devise en Orient, le prix de l’or grimpera bien plus que les gens l’imaginent. La transition actuelle est sans aucun doute l’une des plus significatives de l’histoire des civilisations modernes.

Mais, comme je l’ai dit, la Chine cache bien son jeu. Commençons avec le sommet récent entre le président Trump et Kim. La conséquence claire est que les États-Unis sont prêts à limiter leur implication militaire dans la péninsule de Corée en échange de la dénucléarisation de la Corée du Nord. Contrairement à de nombreux sceptiques, je pense que cela aura vraiment lieu. Cela devrait doper l’économie de la Corée du Nord, et peut-être déboucher sur la réunification Nord-Sud. De plus, je pense que le processus de dénucléarisation aura lieu assez rapidement. D’ici la fin de la décennie, nous ne devrions plus avoir de doute quant à l’issue de ce dossier.

D’ici 2020, la Chine aidera la Corée du Nord à effectuer la transition d’une économie actuellement moribonde en économie dynamique qui échangera avec de nombreux partenaires en Asie. L’intégralité de la péninsule de Corée sera alors bien engagée pour rejoindre le bloc économique oriental. Cette prévision est cohérente avec celle que je faisais il y a déjà un an ici même. (…)

La technologie en Chine

Parlons désormais un peu de ZTE et de l’état de la technologie chinoise en général. À la mi-avril, le gouvernement américain a accusé le fabricant de téléphones chinois ZTE de violation d’un arrangement à l’amiable concernant un litige antérieur. Il a donc interdit à ZTE de faire l’acquisition de technologies américaines durant 7 ans. ZTE a alors indiqué que lorsque ses stocks de produits actuels seront écoulés, la société devra mettre la clé sous le paillasson en licenciant 75.000 personnes. Les Américains ont donc poussé un ouf de soulagement, vu qu’ils craignaient que les Chinois aient déjà récupéré leur retard technologique. L’annonce de ZTE semble indiquer que les Américains n’ont pas de souci à se faire, que ce n’est pas demain la veille qu’ils perdront leur leadership technologique. Le New York Times a d’ailleurs publié un article le 10 juin sur cette thématique, qui concluait que les Chinois sont encore loin à la traîne.

Il y a cependant un problème avec cette analyse. Cette perte d’accès aux fournisseurs américains ne forçait pas la faillite de ZTE. Les puces optiques et les processeurs, encore plus importants, peuvent être achetés en Corée du Sud et à Taïwan, par exemple. En fait, un autre grand fournisseur est Huawei, une société chinoise privée qui est le premier fabricant de smartphones en Chine, et peut-être dans le monde.

Contrairement à ZTE, Huawei est une société verticalement intégrée. Ce qui signifie qu’elle produit à la fois son hardware et son software. Si la société importe environ 25 % des composants de ses téléphones aux États-Unis, ceux-ci sont disponibles néanmoins ailleurs, parfois même en Chine. (…)

Si on compare les produits les plus avancés d’Apple et de Huawei, le processeur A11 d’Apple et le processeur Kirin 980 de Huwaei, ce dernier est plus rapide de 50 % par rapport à son concurrent américain. (…)

La faillite de ZTE est donc peut-être orchestrée par la Chine pour véhiculer l’impression d’un retard technologique. Dans ce cas, le New York Times serait complice malgré lui de la propagation de cette fausse information. Une autre possibilité est la suivante : il s’agirait d’un avertissement de la Chine à l’encontre des sociétés qui sont trop dépendantes des États-Unis.

Et enfin, dernier commentaire à ce propos : Apple et Huawei ont recours aux mêmes sous-traitants pour assembler leurs téléphones. Il s’agit de Foxconn, une société… chinoise.

La route mène à l’or

Je voudrais, pour conclure, revenir brièvement sur la façon dont la Chine est en train de tracer la voie, ou plutôt je devrais dire la route de la soie, pour la mise en place d’un système commercial reposant sur l’or. La Chine a lancé ses contrats sur le pétrole libellés en yuans. Le fait que cette devise peut être échangée contre de l’or via la Bourse de Shanghai explique peut-être cette relation étroite entre le prix du yuan et de l’or. (…)

L’idée que le yuan est aussi solide que l’or est en train de se développer. Voyez plutôt cet article publié cette semaine par LiveMint, un quotidien financier indien très respecté, dont le sous-titre disait : « la Chine a choisi le bon moment pour augmenter ses efforts afin de faire du yuan une devise internationale ». Cet article a évoqué un forum récent qui a eu lieu à Harare, au Zimbabwe, et à l’occasion duquel 14 pays d’Afrique de l’Est et du Sud se sont rencontrés afin de considérer l’adoption du yuan en tant que devise de réserve dans la région.

Tous ces pays ont une dette importante en yuans, ce qui offre à la Chine le levier nécessaire pour arriver à ses fins. (…) Dubaï a également annoncé récemment qu’il allait s’impliquer pour favoriser l’initiative de la nouvelle route de la soie ainsi que l’internationalisation du yuan dans la région.

Le but ultime de la Chine n’est pas, comme je l’ai déjà dit, de détrôner le dollar. Pékin souhaite créer une espèce de panier de devises adossées à l’or. La taille de l’économie chinoise ainsi que ses réserves d’or importantes seront des facteurs qui lui permettront de jouer un rôle de premier choix dans le système monétaire sans avoir les responsabilités découlant de la devise de réserve.

Source : interview de Stephen Leeb publiée sur KWN