Le mythe de la croissance économique infinie

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La plupart des investisseurs expérimentés connaissent cette phrase très dangereuse : « Cette fois, c’est différent. » Pourtant, je prédis que les 20 années à venir seront complètement différentes des 2 décennies précédentes. Ce qui équivaut à dire que cette fois, c’est différent.

Il faut donc que je m’explique pour que vous compreniez pourquoi, pour que vous mesuriez la période unique dans laquelle nous vivons, comment les 3 E, l’économie, l’énergie et l’environnement, sont interconnectés comme jamais auparavant.

Pour ceux qui préfèrent prendre d’abord connaissance des conclusions, le résumé le plus simple que je peux proposer est le suivant : tout ce que nous savons concernant le fonctionnement de nos sociétés est tout simplement faux.

Cela explique pourquoi, parmi bien d’autres distorsions grotesques, les marchés actions et obligataires sont spectaculairement surévalués et sous-évalués en ce moment.

Il est important d’appréhender ce danger car quand les choses s’ajusteront, comme cela ne manquera pas d’avoir lieu, le krach sera particulièrement douloureux. L’impact pourrait être aussi profond que ce qu’a connu l’Espagne quand elle a perdu son statut de puissance mondiale de façon permanente.

Un utilisateur de Peak Prosperity a fait le commentaire suivant, très intéressant :

« La référence à Paul Volker est intéressante. Je me souviens avoir écouté l’une de ses interventions à la radio, au milieu des années 80. Il avait évoqué l’empire espagnol du XVIe siècle, qui vivait grâce à l’argent facile de l’or et de l’argent métal en provenance de l’Amérique du Sud. Il disait que même si cela semblait créer énormément de richesse, cela a embelli l’état de l’économie espagnole. En plus de créer des bulles, les Espagnols se sont contentés d’utiliser ce capital pour bâtir de grandes villas, construites par de pauvres immigrés cela dit en passant. Donc, lorsque les grandes mines d’or et d’argent cessèrent de produire du métal, l’économie de l’Espagne s’est tellement effondrée qu’elle ne s’en est jamais remise, jusqu’à aujourd’hui. »

La pensée délirante

Qu’y a-t-il de pire qu’un vœu pieux ? La pensée délirante, soit une pensée erronée qui fait du tort à ceux qui ne parviennent pas s’en débarrasser. Le plus grand délire de tous est sans aucun doute qu’il est possible de connaître une croissance infinie sur une planète aux ressources limitées.

Je sais, réfuter cet argument semble trop facile, se lancer dans des explications semble même vain. (….)

La dure réalité des chiffres

Une croissance exponentielle n’exige pas seulement davantage de matières premières, mais une offre qui croît exponentiellement. (…) Plus le temps passe, et plus l’augmentation nominale des ressources nécessaires dépasse allègrement les augmentations qui furent requises auparavant. Pour les personnes visuelles, cette illustration permet d’exprimer cette idée (B est le double de A et C le double de B…) :

croissance exponentielle

Seuls les esprits délirants peuvent affirmer que nous serons en mesure de doubler l’offre en matière première toutes les 2 décennies environ, doubler le nombre de prises de pêche, doubler la production pétrolière, etc.

C’est bien sûr impossible. Et c’est pour cela que j’affirme que notre conception de la mécanique des choses est fausse. L’intégralité du système économique et financier, les modèles monétaires qui en découlent ainsi que les valorisations des actifs se basent sur le principe de la croissance continue. C’est même pire, car il s’agit de croissance exponentielle. (…) Mais tôt ou tard, nous atteindrons les limites du système.

Pourquoi est-ce important ? Car lorsque cela arrivera, tous les modèles économiques et les actifs financiers qui en dépendent, qui partaient du principe qu’une croissance infinie était possible, casseront. Les systèmes stopperont leur croissance pour être à l’arrêt et puis ensuite décroître.

Intellectuellement, ce concept n’est pas difficile à comprendre pour peu que l’on soit ouvert d’esprit. Mais, dans la pratique, il est difficile à accepter car il remet en cause notre conception du monde, il entre en conflit avec les systèmes de croyances sociaux à la Walt Disney de nos sociétés. Il s’agit d’une vérité désagréable. Et je ne fais pas référence aux économistes mainstream ou aux banquiers centraux, dont le salaire dépend du maintien du statu quo.

L’avertissement que je lance est le suivant : en tant que société, nous nous fourvoyons. Tels des moutons, nous nous précipitons vers la falaise.

Esprit critique

Très peu de voix s’élèvent en ce sens alors que nous approchons de la falaise. Nous sommes bien conscients que le point de non-retour pourrait se trouver dans plusieurs décennies, mais nous pourrions aussi l’avoir déjà franchi. Savoir quand cela lâchera est impossible vu la complexité de notre planète. Mais vu le risque existentiel qu’il pose, nous pensons que tout le monde devrait se préparer à cette crise en devenir.

Nous sommes souvent traités de Malthusiens à l’esprit étroit. Ou nous sommes accusés de sous-estimer l’ingéniosité humaine. Pourtant, en réalité, nous nous focalisons sur les faits. Ils sont tels qu’ils sont. La logique est la logique.

Il ne peut donc y avoir d’autre conclusion. Nous sommes bien conscients que c’est un cauchemar factuel et logique pour les partisans de la croissance infinie que les ressources de la Terre sont limitées. Mais comme Einstein l’a dit de façon célèbre :

« 2 choses sont infinies : l’univers et la stupidité humaine. Même si, pour l’univers, j’ai encore un doute. »

Source : article de Chris Martenson, publié sur SafeHaven.com