Le point de rupture et la mort du keynésianisme

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RIP Keynes

« Dans un monde ravagé par la crise financière, dans un pays au bord de l’effondrement, empêtré dans des déficits qui partent en vrille, une guerre fait rage. La bataille est sans merci, deux économistes décédés se livrent un combat à mort pour décider du sort de l’économie. »

Récité d’une voix grave, ce paragraphe pourrait être la bande-annonce d’un film. Je ne sais pas s’il passionnerait les foules, pourtant ce film nous allons le voir défiler sous nos yeux dans les années à venir. Ces deux économistes décédés, ce sont les fers de lance de l’école autrichienne et du keynésianisme, soit respectivement Hayek et Keynes.

La semaine dernière, la FED a publié un rapport qui servira de base au témoignage bisannuel devant le congrès de Mme Yellen, qui a lieu cette semaine. Dans ce rapport, de nombreux éléments suggèrent que les modèles que la FED continue d’utiliser sont au minimum bancals, au pire complètement erronés.

Pendant des décennies, des économistes perchés dans leur tour d’ivoire ont vanté les mérites des politiques keynésiennes alors qu’ils encourageaient les gouvernements à s’endetter toujours plus dans l’espoir de faire repartir la croissance.

Le problème est simple : cela n’a pas marché.

Voici la preuve. Suite à la crise financière, le gouvernement et la Federal Reserve décidèrent qu’il était prudent d’injecter plus de 33 trillions dans l’économie, estimant que cela permettrait de stimuler la reprise économique. Voici la liste des programmes concernés :

dépenses usa plan de bailout 2009Malheureusement, les résultats ont été au mieux décevants vu qu’il a fallu presque 17 milliards pour obtenir un milliard de croissance économique cumulative.

intevrnetions du govt vs CroissanceKeynes soutenait qu’« une surabondance générale a lieu lorsque la demande globale pour les biens est insuffisante, ce qui mène à un ralentissement économique qui impacte négativement la performance économique en raison d’un chômage inutilement trop élevé qui engendre des réactions défensives des producteurs ». Autrement dit, lorsqu’il y a une absence de demande de la part des consommateurs en raison du chômage, cela force les producteurs à réduire leur production.

Dans une telle situation, le keynésianisme affirme que les politiques du gouvernement peuvent être utilisées pour doper la demande globale, ce qui augmente donc l’activité économique, réduit le chômage et la déflation. Les investissements du gouvernement injectent de l’argent frais qui découle sur davantage de consommation dans l’économie globale, ce qui ensuite stimule la production et les investissements. Ce qui engendre davantage de revenus et de consommation, etc. L’impulsion initiale démarre une cascade d’événements si bien qu’on assiste en bout de compte à la multiplication des effets de l’investissement initial.

Malheureusement, comme on peut le constater ci-dessous, les interventions monétaires et la théorie économique keynésienne des dépenses par le déficit n’ont pas permis d’obtenir une tendance de hausse de la croissance économique.

déficit américain VS croissanceDéficits/surplus en rouge, croissance en bleu

Pourquoi ?

Le point de rupture et la mort de Keynes

Observez le graphique ci-dessus. À partir des années 50 et jusqu’à la fin des années 70, les taux d’intérêt avaient tendance à grimper tout comme la croissance économique. En conséquence, et ce malgré les récessions, les déficits publics n’existaient pas, ce qui permettait l’utilisation du capital à des fins productives. Lorsque l’économie a connu des ralentissements naturels et inévitables, soit des récessions, la FED pouvait baisser son taux directeur, ce qui encourageait les producteurs à emprunter à un moindre coût, à refinancer leurs activités, etc., ce qui dopait la production, donc l’emploi puis la consommation.

Cependant, à partir des années 80, la tendance s’est mise à changer. C’est ce que j’appelle le point de rupture. Il est difficile d’identifier le coupable parmi les suspects : les énormes déficits de l’administration Reagan, la dérégulation, les délocalisations, le basculement vers une économie basée sur les services et bien d’autres hypothèses, sans exclure la possibilité qu’il pourrait s’agir de la combinaison de plusieurs facteurs. Peu importe la raison, les politiques qui ont été suivies depuis le point de rupture ne cessent d’aller à l’encontre du rêve américain et des modèles économiques.

Alors que le système bancaire était dérégulé, la finance recevait carte blanche sans que les citoyens ne perçoivent les dangers. Alors que les taux chutaient, l’Américain moyen découvrait le monde de l’ingénierie financière, de l’argent qui coule à flots et de l’enrichissement par la dette. Cependant ils n’ont pas réalisé, même si cela commence petit à petit, que l’ingénierie financière à un effet secondaire très négatif : elle détériore la prospérité.

Cela explique notamment cette dépendance aux allocations sociales, qui ont atteint des niveaux records.

Quote-part des allocations sociales dans les revenus des Américains

Alors que la dette se propageait dans le système, elle a petit à petit empiété sur l’épargne et sur les investissements productifs. Sans épargne les consommateurs ne peuvent consommer, les producteurs ne peuvent produire si bien que l’économie stagne. (…)

Hayek avait peut-être raison

Les partisans de l’école autrichienne pensent qu’une période prolongée de taux bas et de création excessive de crédit débouche sur un déséquilibre volatil et instable entre l’épargne et l’investissement. Autrement dit, les taux bas ont tendance à stimuler le crédit, ce qui augmente la masse monétaire.

Comme on pourrait donc s’y attendre, la prospérité artificielle engendrée par le crédit n’est pas durable vu que les montants empruntés sont en quête d’opportunités d’investissements qui se raréfient. Au final, tout cela débouche sur des investissements douteux. Lorsque l’expansion du crédit ne peut plus continuer, on assiste à sa contraction ce qui finit par réduire la masse monétaire. On assiste alors à la « purge » des marchés et à la réallocation des ressources à des fins plus productives. Malheureusement, cette purge ne s’est pas produite, comme le montrent les deux graphiques ci-dessus.

Il est temps de se réveiller

Durant les 30 dernières années, toutes les administrations qui se sont succédé, ainsi que la FED, ont continué d’opérer en suivant le modèle keynésien, que l’on pensait fonctionner. Cependant, la réalité est que le plus gros de la croissance a été financé par les déficits, l’expansion du crédit et la baisse de l’épargne. Ce qui a réduit les investissements productifs est donc diminué la croissance. Alors que l’économie ralentit et que les salaires baissent, les consommateurs sont forcés de s’endetter toujours plus, ce qui réduit l’épargne. Cet endettement signifie qu’une plus grande partie des revenus doit être affectée au remboursement de cette dette. (…)

La vision keynésienne qui estime que plus d’argent dans la poche des gens augmente la consommation et dope le PIB a été largement démentie par les faits durant ces 30 dernières années.

Le modèle keynésien est mort en 1980. Il est temps que ceux qui sont responsables des politiques monétaires et fiscales se réveillent et sentent l’odeur de brûlé. Nous sommes en guerre contre nous-mêmes, les dés sont pipés par Washington afin de faire perdurer le statu quo, ce qui nous amènera à la prochaine crise qui, cette fois, ne pourra pas être réglée par la création monétaire.

Source : RealInvestmentAdvice.com