L’économie allemande bientôt en récession : un avertissement mondial ? (Pritchard)

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Allemagne

Les perspectives économiques se détériorent à une vitesse alarmante en Allemagne. Toute erreur de politique pourrait plonger le pays dans la récession, selon un institut réputé.

« Les risques de récession ont fortement augmenté. La situation d’ensemble est bien plus critique par rapport à il y a un mois », a écrit le Macroeconomic Policy Institute (IMK) de Düsseldorf.

L’indicateur d’avertissement précoce de l’IMK affirme que le risque de récession dans les 3 mois à venir a subitement bondi de 32,4 % alors que les tensions commerciales augmentent et que les liquidités qui circulent dans le système financier international s’assèchent.

Ce niveau de risque est plus élevé qu’en mars 2008, lorsque les nuages de l’avant Lehman commençaient à s’accumuler et que le pays était déjà en train de glisser dans une crise sans que Berlin le sache à l’époque. Il pourrait s’agir d’une fausse alerte, mais cela indique clairement que la croissance mondiale est plus faible qu’on le pensait il y a encore quelques semaines.

« Les événements auxquels nous avons assisté récemment représentent typiquement une constellation de fin de cycle, lorsque les incertitudes qui planent sur les marchés financiers se propagent jusqu’à l’économie réelle. Nous ne savons pas encore si cette spirale baissière a démarré. Tout doit être fait pour éviter d’exacerber les incertitudes » a écrit l’institut.

L’Allemagne dépend énormément du commerce mondial. Il s’agit donc d’un baromètre de la santé globale de l’économie mondiale. Son secteur industriel avait basculé précipitamment de la croissance vigoureuse à son contraire en premier avant la dernière récession, il fut donc un indicateur très fiable de son annonce.

Récession en Allemagne ?

L’indicateur Nowcast de JP Morgan, qui mesure en temps réel la croissance de la zone euro, est tombé à 1,5 % pour le premier trimestre de 2018 pour atteindre la moitié du rythme élevé de croissance enregistré fin 2017.

L’Allemagne est le fournisseur principal de la Chine en machines-outils et en équipements d’ingénierie. L’affaiblissement de ces chiffres est accompagné de signes montrant que l’économie chinoise est en perte de vitesse depuis le conclave de novembre du parti communiste chinois. Les effets à retardement de l’entrave au crédit commencent à faire mal. Pékin tente de reprendre le contrôle de son déficit fiscal, actuellement à 12 % de son PIB selon les critères du FMI.

Les indicateurs concoctés par Capital Economics suggèrent que la véritable croissance économique chinoise a chuté à 4,5 %, « une récession de la croissance » selon les critères chinois, ainsi qu’un niveau bien loin du chiffre officiel « lissé » de 6,6 %.

L’IMK affirme que les querelles commerciales sino-américaines, la baisse de la production industrielle allemande et la chute de 7 % du DAX depuis la mi-janvier (baisses menées par les valeurs bancaires) se sont exacerbées les unes les autres.

Nowcast croissance zone euro

Les indicateurs de récession étaient légèrement plus élevés durant la crise du yuan de début 2016. Cette tempête s’est dissipée pour 2 raisons : la FED avait interrompu à l’époque son resserrement quantitatif, ce qui a permis d’abaisser la pression sur le yuan et de sauver ainsi la Chine. La chute des cours du pétrole, en raison de l’augmentation de l’offre, a quant à elle généré des stimulations monétaires d’une valeur de 2 trillions de dollars au profit des consommateurs du monde entier.

La situation est très différente aujourd’hui. La FED est sur le pied de guerre. La baisse commune de la production des pays de l’OPEP et de la Russie a éliminé les surplus de pétrole. Le baril de Brent a grimpé jusqu’à 72 $ et pourrait poursuivre sa hausse si Donald Trump impose de nouvelles sanctions à l’Iran au début du mois de mai.

La quantité de monnaie qui circule dans le système mondial baisse alors que la FED inverse son QE et augmente le coût du loyer de l’argent. Le Libor sur 3 mois a bondi de 60 points de base cette année, une hausse qui impacte pour 9 trillions de crédits flottants à l’échelle mondiale.

Simon Ward, de Janus Henderson, affirme que le ralentissement économique mondial était écrit il y a quelques mois déjà, lorsque la masse monétaire a commencé à baisser. Son indicateur clé, M1 réel sur 6 mois, a atteint un plus bas de sa croissance en février dernier à 1 %.

Les chiffres provisionnels suggèrent une légère reprise en mars. Ce signal semble précéder les tendances économiques de 6 mois environ, ce qui suggère que l’économie mondiale pourrait être encore empêtrée dans le marasme durant les 2e et 3e trimestres.

Les données monétaires de la zone euro se sont retournées l’année dernière. L’élément le plus frappant est la chute du taux de croissance des dépôts réels M1 en France, qui sont passés de 7,3 à 2,4 % en septembre, en Espagne de 6 à 2,7 %. De telles chutes n’augurent pas nécessairement une récession, mais elles doivent inviter à la prudence.

M1 réel

Il est clair que le boom de 2017 de la zone euro s’étiole. Une myriade de chiffres décevants ont été publiés durant ces dernières semaines : production industrielle, consommation et moral des entreprises.

La BCE fait face à une tâche piège alors qu’elle se prépare à mettre un terme à son QE cette année. Elle a déjà baissé le montant de ses achats obligataires mensuels de 80 milliards à 30 milliards d’euros. Personne ne sait quels seront les dégâts occasionnés par cette réduction des stimulations vu qu’il n’y a pas de consensus concernant le mode de fonctionnement des QE. Le risque est que la BCE appuie trop fort sur la pédale de frein pour transformer le ralentissement actuel en récession en bonne et due forme.

Les monétaristes affirment que l’étranglement des liquidités US a déjà des effets puissants. (…) La FED de Powell ne prête plus attention aux données monétaires et semble minimiser la portée de son resserrement quantitatif. Et ce malgré les avertissements de son ancien président, Ben Bernanke, qui affirme qu’il serait plus sage de ne pas s’y risquer. Il est quasi certain que la FED continuera de serrer la vis jusqu’à ce que l’économie aille dans le mur. (….) »

Article d’Ambrose Evans-Pritchard, publié le 16 avril 2018 sur le site du Telegraph