Les dominos logistiques tombent alors que le coronavirus grippe toujours l’économie chinoise

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Chine coronavirus

Avoir une opinion équilibrée sur le coronavirus est compliqué. Entre les informations officielles qui tentent clairement de rassurer et les spéculations parfois folles qui circulent sur Internet, faire le tri est mission impossible. Ce qui est certain, c’est que la pandémie est loin d’être sous contrôle, suite à l’émergence d’un nouveau foyer en Corée du Sud et une nouvelle recrudescence des cas en Chine (au-delà de Wuhan). L’exemple du Diamond Princess, où le taux d’infection s’est élevé à 20 % après 3 semaines de quarantaine, est également une source d’inquiétude. Et ce qui est sûr aussi, c’est que les conséquences sur les chaînes logistiques dureront au moins des semaines. De l’article d’Ambrose Evans-Pritchard du 20 février :

« Les envois de containers à partir des ports chinois se sont effondrés depuis l’épidémie de coronavirus, qui ne montre toujours pas de signes d’amélioration. Cela risque de déboucher sur des semaines de chaos pour les lignes d’assemblage et la structure générale du commerce international.

Près de la moitié des envois maritimes de la route Asie Nord de l’Europe ont été annulés durant ces 4 dernières semaines. L’amplitude du drame est similaire du côté du Pacifique (Amérique du Nord et Latine).

Lars Jensen de SeaIntelligence de Copenhague affirme que la chute du trafic s’élève à 300 000 containers par semaine. Cela débouchera sur une catastrophe logistique au début du mois de mars en Europe, même si l’épidémie devait rapidement être contrôlée.

« Les dominos de l’ensemble de la chaîne sont en train de tomber. Lorsque les bateaux ne quittent pas les ports chinois, ils ne s’arrêtent pas en route pour charger le cargo de Hong Kong, de Saïgon ou de Singapour. Le prix du transport maritime est en chute libre », a-t-il déclaré.

Les navires réfrigérés remplis de denrées alimentaires congelées ne peuvent pas entrer dans les ports chinois en raison d’un manque de place. Ils ne peuvent donc pas se connecter au réseau électrique. Il y a des embouteillages en raison d’une pénurie de chauffeurs et de dockers. La viande s’avarie en mer.

La US Agriculture Transportation Commission a déclaré que la chaîne logistique du Pacifique a été fortement « compromise ». Ce casse-tête commence à se manifester du côté des ports américains également. Il y aura bientôt une grosse pénurie de containers à la fois dans les ports américains et européens alors que le manège habituellement bien orchestré du transport maritime international devient chaotique.

Selon Monsieur Jensen, l’industrie européenne ressent déjà les effets du choc. « Le premier secteur à être touché est celui de l’automobile, car il fonctionne sur base du juste à temps. Les sociétés sont obligées d’importer les pièces par avion, ce qui est extraordinairement cher », a-t-il déclaré.

En Serbie, Fiat Chrysler a dû suspendre la production de la Fiat 500L en raison d’une pénurie de systèmes audio fabriqués en Chine.

Des pièces automobiles envoyées dans des valises

Jaguar Land-Rover a déclaré pouvoir encore tenir quelques semaines avant d’être en manque de pièces dans ses usines britanniques. Le directeur Ralph Speth a déclaré que sa société prend déjà des mesures drastiques. « Nous avons expédié des pièces dans des valises de la Chine vers le Royaume-Uni », a-t-il déclaré cette semaine.

Les optimistes s’attendent à un redressement rapide en V alors que les mesures de confinement sont assouplies en Chine. Mais sur le terrain, peu d’éléments vont en ce sens. L’indicateur quotidien de l’activité économique chinoise de Nomura n’a presque pas bougé.

L’indice migratoire de Baidu pour 15 villes chinoises montre que 74 % des voyageurs ne sont pas encore rentrés chez eux suite au Nouvel An chinois. La plupart du temps, c’est parce qu’ils sont dans l’impossibilité de le faire. Le nombre de passagers des trains reste en baisse de 79 %.

L’indice WIND qui suit les ventes de logements neufs dans 30 villes majeures est en baisse de 88 %. Cela étrangle les promoteurs immobiliers qui sont fortement endettés. Ils ont besoin des prépaiements pour garder la tête hors de l’eau et rembourser les prêts en dollars contractés sur les marchés du crédit de Hong Kong.

Les raffineries traitent 3 millions de barils par jour de moins qu’à l’accoutumée. La consommation de charbon est inférieure de 42 % par rapport à la normale. Les ventes de voitures sont en chute de 92 %.

Les marchés actions préfèrent ignorer la crise, contrairement au marché obligataire, en pariant sur un redressement spectaculaire durant le second trimestre. Ce scénario repose sur la supposition que l’on peut croire les statistiques officielles chinoises alors que les critères de test ont été encore assouplis et que l’État policier chinois prend des mesures pour faire taire les reporteurs indépendants. Il est difficile de se faire une idée précise alors que le parti communiste s’est lancé dans une grande opération de propagande qui déclare que la victoire est proche.

La hausse subite des cas en Corée en liaison avec une église qui n’avait pas de liens particuliers avec la Chine est un exemple de ce qui pourrait nous attendre alors que le virus se propage aux 4 coins de la planète. Les experts des maladies infectieuses affirment que la décision du Japon de laisser débarquer les passagers du bateau de croisière Diamond Princess sans quarantaine supplémentaire est dangereuse vu la fiabilité déficiente des tests. Le Japon risque une épidémie qui pourrait remettre en cause l’organisation des JO.

Kristalina Georgieva, la patronne du FMI, craint un redressement en W, à savoir un rebond à court terme en raison des espoirs d’endiguement suivis par une nouvelle chute lorsqu’il devient clair que le covid-19 se propage en définitive.

Oxford Economics affirme qu’une pandémie mondiale pousserait les États-Unis et l’Europe en récession. L’Europe ne dispose pas des armes monétaires pour la combattre.

La banque centrale chinoise a baissé les taux afin de réduire la pression, mais cela ne sert pas à grand-chose vu que la demande pour le crédit s’estompe. La pression se trouve surtout sur les banques, et les crédits qu’elles ont accordés à de petites entreprises menacées par la faillite. (…)

Yu Yongding, qui a travaillé pour la Banque de Chine dans le département qui définissait les taux, affirme que la crise est bien plus sérieuse que l’épidémie de SRAS de 2003. « Les autorités chinoises doivent se préparer au pire », a-t-il écrit dans le Caixin Magazine.

« La bataille contre le coronavirus sera indubitablement très coûteuse. Elle effacera certains progrès récents visant à contenir les risques financiers. Cependant, en ce moment, les problèmes qui concernent la dette, l’inflation ou les bulles financières sont secondaires. »

Les stimulations fiscales ont lieu, mais les canaux de transmission resteront bloqués tant que les mesures de confinement restent en place. Lever le couvre-feu risque de déboucher sur une perte totale de contrôle de la situation. La Chine fait donc face à un dilemme impossible à résoudre. »