Les États-Unis ont déjà perdu leur rôle de leader mondial – Hugo Salinas Price

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roi tombé

Les États-Unis sont considérés comme le leader du monde occidental depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils ont tenté de diriger avec l’objectif d’obtenir croissance et prospérité pour les pays de son camp, via la coopération internationale.

Maintenant, admettons que vous avez une équipe de foot, et que le numéro 10 se met à dire qu’il veut tous les ballons pour lui, que ses partenaires ne valent rien ou encore qu’il insulte l’un de ses coéquipiers en lui disant de sortir du terrain. Combien de temps pensez-vous que cette équipe va tenir ? À mon avis, pas très longtemps.

Il est important de comprendre que le statut de leader mondial des États-Unis, tel que nous l’avons connu depuis la Seconde Guerre mondiale, est bel et bien terminé. Le plan de Donald Trump, visant à “restaurer la grandeur de l’Amérique”, envoie également un autre message, de son propre aveu : “l’Amérique n’est plus grande”.

Si les États-Unis réduisent vraiment leurs importations, comme le souhaite Monsieur Trump, et commencent à se cacher derrière le protectionnisme économique via des droits de douane comme le font “les pays en voie de développement”, alors les États-Unis bloqueront le ressort via lequel le reste de la planète obtenait ses dollars ; il y aura une pénurie de dollars dans le reste du monde, ce qui signifie une déflation mondiale avec toutes ses conséquences : une flambée de faillites à travers le monde en raison de la pénurie de dollars nécessaires pour rembourser la dette.

Le dollar cessera d’être la monnaie de réserve

Les États-Unis ne peuvent tout simplement pas avoir le beurre et l’argent du beurre : ils ne peuvent émettre la monnaie de réserve tout en bénéficiant des avantages du protectionnisme économique. Si les États-Unis veulent opter pour le protectionnisme économique, alors le dollar américain, tôt ou tard, ne sera plus la monnaie de réserve tandis que des mesures sont prises pour remplacer le dollar.

Dans les affaires humaines, lorsqu’un leader s’en va, il ne faut pas attendre longtemps pour qu’un nouveau reprenne le relais.

Alors que les États-Unis se retirent de la scène, qui héritera du trône du leader mondial ? Après la défaite des flottes françaises et espagnoles à la bataille de Trafalgar en 1805, la Grande-Bretagne obtint la mainmise des océans du monde, et donc du commerce mondial pour un siècle et plus. Plus tard, après la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815, le leadership mondial revint à la Grande-Bretagne.

Ensuite, après la défaite des armées de l’Axe en 1945 face aux forces américaines et britanniques, le leadership mondial passa de la Grande-Bretagne aux États-Unis.

Alors que ce leadership de 72 ans est en train de s’effacer, qui reprendra le rôle de leader du monde ? Je pense que ce sera l’Eurasie : l’Europe, la Russie et la Chine, via la coopération économique.

Ce transfert de leadership se passera-t-il de façon pacifique, ou requerra-t-il une Troisième Guerre mondiale ?

Le grand danger qui menace la planète

Je pense que personne aux États-Unis ne souhaite une guerre nucléaire avec la Russie et la Chine. Cependant, un grand groupe d’intérêts économiques aux États-Unis, le complexe militaro-industriel et le Congrès (comme le président Eisenhower avait identifié cette machine politique), vit grâce à un énorme flux de fonds en provenance du budget fédéral américain, et ce flux dépend de la menace perçue de l’ennemi. S’il n’y avait pas d’ennemi, cela signifierait des centaines de milliards de dollars perdus pour ce vaste groupe d’intérêts.

C’est pourquoi la proposition initiale de Trump visant à établir de meilleures relations avec la Russie a été jetée à la poubelle : le complexe militaro-industriel et le Congrès a un grand intérêt à avoir pour ennemi la Russie.

Le grand danger pour les États-Unis est que tandis qu’aucun américain, ou groupe de citoyens américains, ne souhaite la guerre avec la Russie et la Chine, un petit accident pourrait rapidement dégénérer en conflit mondial.

Dans le passé, la Russie a souffert de la perte de dizaines de millions de vies pour avoir attendu patiemment que l’ennemi attaque. La Russie a appris une leçon très dure en raison de cette patience. Si la guerre semblait être l’unique plan des États-Unis, il est possible que la Russie frappe la première. C’est là où nous en sommes aujourd’hui. »

Source : article de Hugo Salinas Price, publié le 9 mars 2017 sur KWN