Les producteurs d’or sont à l’agonie en Afrique du Sud

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En 1987, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, à l’époque leader syndicaliste de 34 ans, menait une grève de 300.000 mineurs synonyme de symbole de la résistance au régime de l’apartheid. Aujourd’hui, les mineurs protestent également. Mais cette bataille est beaucoup moins politique, et ils ne peuvent pas la gagner.

Le secteur minier vieux de 130 ans, qui a produit la moitié de l’or physique qui se trouve à la surface de la Terre, est en train de vivre ses derniers jours après avoir glissé durant des décennies. La majorité du métal jaune produit en Afrique du Sud l’est à perte aux prix actuels du marché.

Cout de production de l'or en Afrique du SudLa baisse inexorable de la production a réduit la contribution de l’or au PIB sud-africain à un peu plus de 1 % seulement, alors que sa quote-part était encore de 3,8 % en 1993, soit l’année à laquelle Nelson Mandela remportait les premières élections démocratiques du pays. Si la chute de ce secteur industriel aurait fait beaucoup plus de bruit de par le passé, le ministre des Mines a critiqué le plan de licenciement de Gold Fields Ltd alors que le parti ANC au pouvoir tente de mobiliser sa base avant les élections de l’année prochaine.

Les opérations des mines gérées par Gold Fields et Sibanye Gold Ltd en Afrique du Sud ont été interrompues en raison de grèves. Les mineurs protestent contre les licenciements et les baisses des salaires. Ces 2 producteurs d’or ont réduit leurs prévisions de production pour cette année.

mineurs en AFS (or)

Le secteur de l’or sud-africain emploie aujourd’hui un peu plus de 100.000 personnes, soit moins de 20 % du nombre de mineurs employés durant l’apartheid. Les impacts économiques et sociaux d’une nouvelle contraction de ce secteur seront amplifiés par le fait que chaque mineur a à charge entre 5 et 10 personnes, et que chaque poste de mineur génère 2 emplois, d’après le Minerals Council d’Afrique du Sud.

La hausse des salaires, du coût de l’énergie ainsi que les défis géologiques engendrés par la profondeur des mines sud-africaines (les plus profondes du monde) signifient davantage de licenciement et moins d’or produit durant les 5 prochaines années, d’après le PDG de Goldfields Nick Holland.

« Il suffit de faire quelques simples calculs. Si on continue ainsi, chaque année nous nous rapprocherons de la faillite », a déclaré Holland à l’occasion d’une interview. « Le secteur va continuer son processus de mort lente. »

Les travailleurs de la mine South Deep de Gold Fields sont en grève depuis le 2 novembre en réaction au plan de restructuration de leur employeur, qui tente de limiter les pertes.

Du côté de 3 mines de Sibanye, le plus gros producteur d’or d’Afrique du Sud, des grèves engendrées par des désaccords portant sur les salaires sont dans leur 3e semaine. Le PDG Neal Froneman reconnaît que le problème de la sécurité doit absolument être pris à bras-le-corps alors que depuis le début de l’année, plus de 20 mineurs ont perdu la vie en travaillant. Si une solution est trouvée, il estime que les mines d’or d’Afrique du Sud pourront survivre un peu plus longtemps.

« Oui, c’est un secteur en déclin, mais si le tiré de rideau a lieu dans 10 ou 15 ans, cela signifie que nous pouvons encore travailler durant toutes ces années », a déclaré le mois dernier Froneman dans une interview. « Il est encore possible de faire des profits », a-t-il ajouté.

Source : Bloomberg