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La financiarisation et les taux négatifs expliqués aux extra-terrestres…

Il s’est passé une chose remarquable hier. Un étrange vaisseau est apparu, flottant au-dessus de notre jardin.

Des pilotes de la Navy rapportent des rencontres avec des “objets non-identifiés” depuis des mois. Il était inévitable, supposons-nous, que l’un d’entre eux vienne voir de plus près. Selon le New York Times :

Les étranges objets, dont l’un ressemblait à une toupie avançant contre le vent, sont apparus presque quotidiennement entre l’été 2014 et mars 2015, haut dans les cieux de la côte est. Les pilotes de la Navy ont rapporté à leurs supérieurs que les objets n’avaient pas de moteur visible ni de panaches d’éjection infra-rouge, mais qu’ils pouvaient atteindre plus de 9  000 mètres d’altitude et dépasser le mur du son.”

Mais pourquoi nous ?

Nous étions sur le point de le découvrir.

Une centrifugeuse sur la tête

Une trappe s’est ouverte dans le vaisseau ovale, dont sont sorties deux créatures très étranges. Apparemment moitié animales, moitié électromécaniques, elles ressemblaient à un croisement entre Mike Pence et un aspirateur Dyson.

Mais ce n’était pas des clones de Mike Pence : c’était des êtres intelligents.

“Nous sommes venus vous savourer… euh, non, vous saluer”, a déclaré le chef des deux, parlant par un traducteur automatique.

“Ah… oui… d’accord…”, avons-nous répondu, n’étant pas au fait du protocole en vigueur pour s’adresser à un être qui a une centrifugeuse sur la tête.

“Nous venons d’une galaxie lointaine, très lointaine. Nous vous étudions, vous les Terriens, depuis des années. Et franchement, nous ne savons plus quoi penser. Nous avons introduit les données dans nos ordinateurs à 50 gigabillions de bytes… et les pauvres ont pété un câble. Au sens figuré, évidemment.

“Nous espérions que vous pourriez nous allumer.”

“Vous ‘éclairer’, plutôt, non ?”

“Oui bon… vous voyez bien ce que je veux dire.”

“Pourquoi venir me voir ?”, avons-nous demandé.

“Nous aurions pu rendre visite à Paul Krugman ou Jerome Powell… un cabot de ce genre…”

“Vous voulez dire ‘un cador’,” avons-nous interrompu.

“… Mais nous préférons rester discrets. Vous pouvez parler de nous au reste du monde ; personne ne vous croira.”

“Je suis honoré… Que puis-je faire pour vous ?”

Bonne nouvelle/mauvaise nouvelle

“Pour commencer, les derniers chiffres de l’emploi US étaient meilleurs que prévu. C’est une bonne nouvelle, normalement.

“Mais les investisseurs ont été déçus. Selon les journaux, ils attendaient de mauvaises nouvelles. Nous ne comprenons pas.”

“C’est très simple, en réalité. Sur Terre… enfin, du moins dans le monde de la finance… le bon, c’est le mauvais. Le haut, c’est le bas. La gauche, c’est la droite. Les mauvaises nouvelles sont de bonnes nouvelles pour les investisseurs ; elles signifient que l’économie décline.”

“Vous voulez dire que les gens s’appauvrissent ? En quoi est-ce une bonne nouvelle ?”

“Parce qu’alors la Fed – la banque centrale – leur donne plus d’argent. Ils achètent alors plus d’actions – généralement les leurs –, de sorte que les cours grimpent. Ils s’enrichissent donc.

“Désormais, tout est programmé par ordinateur. ETF, fonds passifs, quants… plus personne ne fait vraiment de recherches avant d’investir.”

“Ah… mais comment fait-on pour s’enrichir en achetant les actions d’entreprises dont les clients s’appauvrissent ?”

“Eh bien, c’est tout le principe de la ‘financiarisation’. On sépare l’économie financière – les actions et les obligations – des secteurs qu’elle représente. Ainsi, les gens qui possèdent des actifs peuvent devenir de plus en plus riches… alors même que la production réelle s’enlise.”

“Voilà qui ne semble pas possible. Ex nihilo nihil fit. C’est pour ça que nous sommes aussi perplexes. Pour autant que nous en sachions, il n’y a que l’énergie et la matière. La richesse doit provenir d’elles – de la production réelle.

“Mais vous avez trouvé le moyen d’obtenir la richesse sans énergie ni matière… C’est une incroyable déconfiture pour l’univers !”

“Euh… vous voulez dire ‘découverte’, je pense… Mais je ne parle pas de créer de la nouvelle richesse. Quand je dis que la Fed donne de l’argent, ce n’est pas littéralement. La Fed n’a pas vraiment d’argent. Elle en créée simplement à partir de rien…”

“Une autre déconfiture… découverte ! Maintenant, vous pouvez rendre votre peuple plus riche à l’infini.”

“En fait, vous aviez raison la première fois. C’est vraiment une déconfiture. La Fed donne de ‘l’argent’ mais en réalité, elle ne fait que s’approprier celui des autres. Lorsqu’on attribue beaucoup plus d’argent à un groupe, il peut réclamer plus de temps et de choses à l’autre groupe. Les riches deviennent plus riches. La majorité devient plus pauvre… et personne ne réalise vraiment ce qu’il se passe. C’est magnifique.”

Tête par-dessus clou

“Mais la Fed donne-t-elle vraiment cet ‘argent’ ?”, ont continué nos invités.

“Elle le prête, principalement – à des taux d’intérêts très bas, voire négatifs.”

“Des taux négatifs ? Vous voulez dire qu’elle paie les gens pour prendre son argent ?”

“Oui… mais seuls les riches, les grandes entreprises ou les gouvernements peuvent emprunter à des taux aussi bas. Les pauvres, eux, doivent toujours payer 15% d’intérêts sur leurs cartes de crédit.”

“Nous comprenons les taux d’intérêt comme une forme de compensation pour le risque pris sur une certaine durée. Plus le prêt est long, plus le taux devrait être élevé.

“Des taux d’intérêts négatifs sous-entendent que le temps recule. C’est peut-être votre découverte la plus importante de toutes ! Comment faites-vous ? Je veux revivre ma jeunesse, hé hé… Même le temps est tête par-dessus clou, ici. Hier, c’est demain. Et lundi, c’est vendredi.”

C’était la première fois que nous voyions une lueur d’humour. Nous pouvions voir du liquide brûlant s’écouler dans la centrifugeuse.

“Mon cher ami extra-terrestre, je crois que vous voulez dire cul par-dessus tête.”

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

Bill Bonner

Article de Bill Bonner, via les publications Agora. Fondateur des Publications Agora, Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).