Pourquoi nous allons connaître une nouvelle Grande dépression, ou pire

0
3306
l'avenir s'assombrit

Lorsqu’un œuf frais se brise après être tombé, il est impossible de le reconstituer. Même si vous arriviez à recoller les morceaux de la coquille et à remettre le blanc et le jaune à l’intérieur, la structure serait largement instable et fragile. Comme Humpty Dumpty.

Il s’agit d’une excellente analogie de ce qui attend les États-Unis et le reste du monde dans les semaines, mois et années à venir alors que nous basculons dans l‘ère post-COVID-19. Même si les prix des actions se sont stabilisés pour le moment (probablement en réaction au plan de stimulation de 2 trillions de dollars signé par le président Trump), ne vous méprenez pas. Nous sommes proches d’une catastrophe économique. Ce que j’ai appelé le grand détricotage.

Le signe le plus visible de ce grand détricotage est l’explosion du chômage. Le 2 avril, le Département du Travail a annoncé que près de 6,7 millions de personnes s’étaient inscrites au chômage pour la semaine se terminant le 28 mars. C’est 10 fois plus que la pire semaine de la période 2007-2009. La semaine précédente, se terminant le 21 mars, lorsque 3,2 millions d’inscriptions furent enregistrées, c’était déjà 4 fois plus que le record précédent. Voici un graphique qui met les chiffres en perspective.

Et ce n’est que le début. James Bullard, le président de la FED de Saint-Louis, a suggéré que le taux de chômage pourrait atteindre 30 % durant le second trimestre de cette année, tandis que le PIB pourrait s’écrouler de 50 %. En guise de comparaison, en 1933 (considérée comme la pire année de la grande dépression), environ 25 % des travailleurs américains étaient au chômage. Même les professionnels tels que les docteurs et les avocats ont vu leurs revenus chuter de 50 % ou plus.

Les médias dominants semblent penser que cette chute économique n’est que temporaire. Mais chaque jour supplémentaire de paralysie de l’économie signifie qu’il sera encore plus difficile de recoller les morceaux. Alors que les effets des confinements se répandent dans toute l’économie, une grande partie des dégâts sera irréversible.

Lorsque les confinements seront levés, cela ne signifie pas que tout rentrera dans l’ordre. Prenons l’exemple du secteur pétrolier. La demande de pétrole a chuté de presque 20 % durant les semaines récentes. Jeffrey Currie, le stratégiste en chef matières premières de Goldman Sachs, a déclaré que les prix du pétrole pourraient être négatifs car nous n’avons pas de capacités de stockage suffisantes et que cela coûte cher d’arrêter un puits.

L’effondrement des cours du brut met une pression sans précédent sur les banques américaines sous-capitalisées. Capital One est un exemple emblématique. Vendredi dernier, la CFTC a annoncé la suspension de l’obligation d’être enregistrée en tant que Major Swap Participant pour une banque non citée. En bref, la banque, qui serait Capital One selon Reuters, a fait un pari avec effets de levier selon lequel le prix du pétrole ne passerait pas en dessous d’un seuil… qu’il a franchi. L’intervention de la CFTC a permis d’empêcher Capital One de faire face à un énorme appel de marge qui aurait pu précipiter sa faillite. (…)

Simultanément, la FDIC (l’organisme qui garantit les dépôts bancaires) a récemment publié une vidéo presque surréaliste, accompagnée d’une musique apaisante, afin de rassurer les Américains quant à leur épargne. Cela a peut-être marché, mais cela me rappelle que le fonds de garantie de la FDIC ne couvre que 1,41 % des dépôts.

Conclusion

En bref, à moins que le président Trump et la plupart des gouverneurs ne changent d’avis et permettent la reprise de l’activité économique, le résultat sera aussi catastrophique, si ce n’est pire, que celui de la Grande dépression. Cette nouvelle volte-face semble improbable vu les dernières nouvelles en provenance de la Maison-Blanche.

Nous allons nous retrouver empêtrés dans une spirale déflationniste dans les semaines et les mois à venir. Les ménages et les entreprises seront forcés de réduire leurs dépenses. Beaucoup de sociétés et d’Américains vont faire faillite, ce qui ne fera qu’accélérer la déflation alors que les créditeurs à qui ils doivent de l’argent tentent désespérément de trouver des liquidités.

Ces défauts mettront la pression sur les fonds mutuels, les caisses de retraite, les hedge funds, les assureurs et les autres sociétés qui ont investi sur le marché obligataire d’entreprise. (…)

Beaucoup d’économistes s’inquiètent à juste titre des trillions de dollars empruntés par le gouvernement fédéral pour gérer la crise. Mais les États, les comtés et les mairies seraient dans un fameux pétrin sans cela. Les rentrées fiscales de ces entités régionales s’effondrent déjà. Contrairement à l’Oncle Sam, ces entités ne peuvent pas créer de la monnaie. Ces rentrées fiscales vont s’évaporer, ce qui rendra obligatoire une austérité instantanée. (…)

Lorsque le confinement sera levé, nous serons dans un monde méconnaissable frappé par des pénuries, un chômage de masse et une économie beaucoup plus faible. Des dizaines de millions d’Américains vont perdre leur emploi de façon permanente, des centaines de milliers d’entreprises vont probablement tomber en faillite. Si vous pensez qu’il y a aujourd’hui une crise des sans-abris, attendez de voir ce qu’il en sera lorsque le chômage sera à 30 %.

N’oubliez pas qu’en octobre 1929, en moins de 3 mois, la valeur des actions avait chuté de 50 %. En 1933, elles étaient 90 % moins chères qu’au début du krach. Ceux qui ont acheté au plus haut n’ont pas récupéré leur investissement initial avant 1958. Même après la récession plus douce de 2008, les prix des actions ont chuté de plus de 50 %.

J’ai toujours été qualifié d’alarmiste. J’ai pourtant essayé d’informer mes lecteurs de façon mesurée. Faire de telles prédictions n’est pas facile. J’aimerais vraiment avoir tort. Mais nous devons être honnêtes. La FED, la FDIC et les médias veulent véhiculer le sentiment de normalité. Ne les croyez pas.

Nous faisons face à une situation sans précédent. Nous allons naviguer sur les eaux du coronavirus à bord d’une galère, lente et douloureuse. Paniquer n’est jamais une solution. Mais il faudra de la patience et du courage.