Quelles conséquences si Kevin Warsh devient le prochain président de la FED ?

0
1051
Kevin Warsh

Kevin Warsh serait en pole position pour reprendre le siège de président de la FED qui pourrait être vacant en février si Yellen ne rempile pas. Voici quelques éléments pour essayer de comprendre ce que sa nomination pourrait signifier pour les politiques monétaires de la FED. De l’article de Daniel Nevins, publié le 2 octobre 2017 sur realinvestmentadvice.com :

« Comme rapporté ce matin par le Wall Street Journal, le président Trump et le secrétaire du Trésor Mnuchin ont rencontré Kevin Wash le 1er octobre afin de discuter du poste qui pourrait se libérer en février à la FED.

Walsh a déjà une expérience en tant que banquier central vu qu’il fut membre du Comité de la FED entre février 2006 et mars 2011. 2 ans et demi après sa démission, il s’est érigé en tant que critique des politiques du Comité de la FED, notamment de celles auxquelles il a contribué. Il a ainsi publié un article d’opinion dans l’édition du 12 novembre 2013 du Wall Street Journal. Vu que cette date coïncidait avec l’ouverture de la chasse, nous avions suggéré que Warsh avait ouvert la saison de la chasse des banquiers centraux.

Mais, à l’époque, nous pensions également que son article devait être « traduit ». Il était rédigé de façon polie, avec des messages à décrypter entre les lignes, comme c’est souvent le cas lorsqu’un membre de l’establishment écrit. Il semblait faire montre de réserve. Nous avions proposé notre propre interprétation. Et vu les chances de voir Warsh devenir le prochain président de la FED, il est intéressant de nous replonger dans ses déclarations pour connaître sa pensée.

Warsh sur les QE

 »L’achat d’actifs à long terme du Trésor afin d’obtenir des taux négatifs est un acte extraordinaire, un changement sans précédent de politique depuis l’accord de 1951 entre le Trésor et la FED.

La FED influence directement le prix des obligations américaines à long terme, l’actif le plus important de la planète, l’élément qui influence quasi toutes les décisions d’investissement. Plus tôt cette année, l’annonce que la FED pourrait légèrement baisser ses achats a entraîné des remous significatifs sur les marchés financiers. Cet épisode devrait pousser à l’humilité à tous les niveaux. »

Ce qu’il a voulu dire : la situation serait meilleure si les dieux des banques centrales, moi inclus, n’avaient pas été aussi arrogants de croire que nous comprenions les QE. Ce n’est pas le cas, et jamais nous n’aurions dû nous aventurer sur ce terrain.

Warsh sur la focalisation sur l’inflation

(…)

Ce qu’il a voulu dire : l’objectif d’inflation est stupide. Ce n’est pas le CPI qui nous tue, ce sont les cycles d’expansion et de récession du crédit. La meilleure façon de se sortir de ce pétrin et d’être plus flexible avec l’objectif d’inflation est de revenir aux bases, à savoir de  »fermer l’open-bar lorsque la fête bat toujours son plein ».

Warsh sur la sortie des mesures extraordinaires

 »Les attributs dont la FED a le plus besoin pour mettre un terme à ces interventions extraordinaires, à savoir pour remonter les taux, sont le courage et la conviction. On a vertement critiqué la FED pour avoir fourni du sucre au marché. Imaginez ce qui arrivera lorsqu’on leur proposera un régime basé sur les épinards. »

Ce qu’il a vraiment voulu dire : les experts qui louent le courage des banquiers centraux sont à l’ouest. La vérité est que nous choisissons toujours la solution de facilité. Si les responsables actuels voulaient faire preuve de courage, ils penseraient à long terme au lieu de proposer des solutions à court terme.

La relation de la FED avec Washington

(…)

Ce qu’il a vraiment voulu dire : si la FED ne prend pas ses responsabilités, vous pouvez compter sur le Congrès pour poursuivre la destruction des finances de la nation, et le vol des générations futures.

À qui le QE profite, et ne profite pas

 »La plupart des gens ne remettent pas en question les bonnes intentions de la FED, mais ses politiques ont des gagnants et des perdants, ce qui devrait être admis.

La FED achète des MBS, offrant un soutien direct à ceux qui possèdent déjà de l’immobilier au détriment des locataires et des candidats acquéreurs. La FED achète des obligations afin de faire baisser les taux, ce qui pousse les investisseurs vers les actifs les plus risqués et dope donc les marchés actions.

Les bénéficiaires immédiats sont les ménages des classes supérieures et les sociétés qui possèdent des actifs et ont l’appétit du risque tout en ayant accès au crédit bon marché. Les avantages pour les retraités et les travailleurs dont les obligations financières sont plutôt fixes sont bien plus atténués. L’amélioration par corollaire du marché du travail n’offre qu’un petit réconfort. »

Ce qu’il a vraiment voulu dire : mes anciens collègues ne reconnaissent toujours pas que leurs politiques tuent les classes moyennes au profit de la ploutocratie. Leur silence doit s’arrêter, tout comme leurs politiques. (…)

Kevin Warsh sur la « Forward Guidance » (indications prospectives)

(…)

Ce qu’il a vraiment voulu dire : les indications prospectives, c’est n’importe quoi. Tout d’abord, jamais vous ne convaincrez les marchés d’avaler vos idées stupides. Les investisseurs sont capables de penser par eux-mêmes, et ils le font. Deuxièmement, parler c’est facile. De plus, un discours qui est basé sur la capacité de la FED à prédire le futur ? C’est ridicule. »

En conclusion : Jim Rickards sur Warsh

Pour Jim Rickards (source), le candidat numéro 1 pour reprendre le flambeau à la FED est bien Kevin Warsh, l’option Gary Cohn semblant être désormais écartée. Avec Warsh, c’est une nouvelle génération de décideurs qui va prendre la relève (Trump doit encore nommer 4 membres du conseil des Gouverneurs), soutenue par des membres dissidents de l’ancienne garde comme Brainard. Celle-ci a récemment fait quelques confessions retentissantes, notamment concernant les modèles inopérants de la FED, ou encore l’incapacité de la banque centrale à comprendre l’inflation.

Warsh estime que les taux auraient dû être relevés il y a bien longtemps. Mais vu que l’absence d’inflation est un sujet chaud et que cet homme est un pragmatique, il pourrait ne pas se lancer dans des politiques plus restrictives si les conditions ne garantissent pas une issue positive.

Que cela signifie-t-il pour les marchés selon Rickards ? Des taux réels plus bas, un rythme de normalisation du bilan de la FED revu à la baisse et une inflation plus élevée qu’anticipée par les marchés. Tout cela n’arrivera pas subitement, mais petit à petit au cours de l’année prochaine. Dans un tel scénario, l’or serait le grand gagnant, selon lui. Cela tombe bien, alors que la Chine est en vacances, le cours de l’or semble offrir actuellement un bon point d’entrée.