Quid de l’or en 2020 ? La fête ne vient que de commencer, selon Stoeferle

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lingotins d'or

2019 a été une bonne année pour l’or. Dans de nombreuses devises, le métal jaune a atteint son record historique (en euros, en dollars canadiens et en dollars australiens, par exemple). Le dollar américain est la seule exception. Sur base de la situation actuelle, 2020 sera une bonne année pour l’or aussi. Tout simplement parce que les facteurs qui ont poussé le cours à la hausse en 2019 seront toujours présents. Par exemple, les taux négatifs, les niveaux de dette qui grimpent ainsi que le retour en grâce de l’or auprès des banques centrales. À ces facteurs, il faut ajouter l’augmentation de l’inflation et le ralentissement de la croissance économique. Peut-être une récession.

Les facteurs en faveur d’une hausse de l’or en 2020

Observons plus attentivement les tendances actuelles.

L’augmentation de la dette mondiale devrait bénéficier à l’or en 2020, ainsi que son corollaire, à savoir la tendance de la politisation des banques centrales. Cela se voit aux États-Unis avec la FED. Elle est mise sous pression par les tweets incessants du président Trump, qui veut voir les taux d’intérêt baisser. Ou encore par la demande du financement d’un Green New Deal. En Europe, c’est une politicienne de métier qui a pris les rênes de la Banque centrale européenne. Elle a déjà demandé à ce que la lutte contre le réchauffement climatique soit intégrée au mandat de la BCE.

Plus les banques centrales deviennent politisées, moins elles sont indépendantes, et plus l‘inflation est susceptible d’augmenter. L’or a toujours été l’assurance idéale contre l’inflation. Cela ne changera pas.

D’autres facteurs menacent l’inflation modérée que nous connaissons. Récemment, des idées telles que la théorie monétaire moderne, le parachutage d’argent ou encore les assouplissements quantitatifs pour le peuple gagnent en popularité. Tous ces concepts partagent un point commun : la croyance que l’on peut générer de la croissance économique en créant de l’argent à partir de rien. L’innovation et le travail ne sont plus nécessaires. Vu que les idées importent, ce basculement des perceptions générales augmente le risque d’inflation.

Une augmentation substantielle de celle-ci aurait un impact énorme sur le marché obligataire, plus précisément sur la bulle de ce marché. Pour plus de 17 trillions de dollars d’obligations affichent un rendement négatif. L’augmentation de l’inflation infligerait des pertes aux investisseurs du marché obligataire. Ce serait le retour du risque sur celui-ci, comme c’est arrivé aux marchés actions à l’occasion du T4 de 2018. L’or deviendrait alors attractif pour ces investisseurs aux moyens importants.

Surtout en Europe, mais aussi aux États-Unis et en Chine, les rapports concernant le ralentissement de la croissance sont devenus la norme. Ces rapports mettent en exergue la baisse des bénéfices des entreprises, la préparation de vastes plans de licenciements et l’inversion de la courbe des taux. Les politiciens et même les banquiers centraux en appellent déjà à davantage de stimulations financières. Il est temps de se préparer à une récession. Si elle devait se manifester, comment l’or se comportera-t-il ?

Dans notre rapport « In Gold We Trust » de 2019, nous avons fait des recherches approfondies sur la performance de l’or au cours des différentes étapes d’une récession. Nos conclusions sont les suivantes : l’or fut très efficace afin d’effacer les pertes des marchés actions. Rien ne porte à croire qu’il en ira différemment cette fois. Cependant, on peut se poser davantage de questions pour le marché obligataire, habituellement efficace pour diversifier un portefeuille d’actions. L’endettement massif, la zombification de l’économie et des politiques monétaires qui restent fort accommodantes minent la capacité des obligations à fournir une solution de diversification. En conséquence, l’or se positionne en tant qu’actif indispensable de tout portefeuille dans le futur, vu qu’il permet aux investisseurs de naviguer de façon plus sûre lorsqu’ils traversent une période de turbulences.

Les achats d’or des banques centrales changent la perception du grand public

Durant ces dernières années, la perception de l’or a fortement changé. Ce virage à 180° ne risque pas d’être remis en question de sitôt. Il suffit de voir le basculement dramatique des actions et de la communication des banques centrales à propos de l’or pour s’en convaincre. Pendant de nombreuses décennies, l’or fut considéré comme une relique barbare, une chose du passé. Vu que l’or ne génère pas d’intérêts ou de dividende, les banques centrales se sont débarrassées petit à petit de leur métal jaune. La crise de 2008 a tout changé. À partir de ce moment-là, les banques centrales, jusque-là vendeuses, sont devenues acheteuses (sur base nette). La tendance n’a cessé de se poursuivre depuis.

En achetant 596 tonnes d’or en 2018, les banques centrales du monde entier ont effectué les plus gros achats d’or depuis la fin de Bretton Woods en 1971. La Russie, avec 245 tonnes, le Kazakhstan (45 tonnes) et l’Inde (38 tonnes) furent les plus gros acheteurs. La Hongrie et la Pologne, 2 membres de l’Union européenne qui n’ont pas adopté l’euro, se sont hissés respectivement à la 4e et à la 5e place. La Pologne a effectué son plus gros achat d’or depuis 1998, tandis que la Hongrie a multiplié par 10 ses maigres réserves de lingots.

Cette demande importante des banques centrales s’est prolongée durant les 3 premiers trimestres de 2019. D’après le World Gold Council, les banques centrales ont augmenté leurs réserves de métal de 497 tonnes de janvier à septembre 2019. C’est 12 % de plus que durant la même période de 2018. Il est donc fort probable que l’on enregistre un nouveau record en 2019.

Abandon progressif du dollar

Le processus de déclaration d’indépendance par rapport au dollar est une autre raison pour laquelle des pays comme la Russie et la Chine augmentent leurs réserves d’or (dédollarisation). Une autre facette de cette tendance se matérialise par les différentes initiatives de rapatriement des réserves d’or de différentes nations. La Pologne, la Slovaquie et la Serbie ont récemment rejoint ce club.

Aucun élément ne permet d’affirmer que cette tendance va perdre en traction en 2020. Les tensions géopolitiques ne sont pas prêtes de se dissiper, au moins jusqu’à la prochaine élection présidentielle américaine. Même après, il ne devrait pas y avoir d’accalmie, peu importe le résultat.

Les actions et l’attitude des banques centrales par rapport à l’or sont devenues plus positives. On sait que les banques centrales pèsent chacun des mots qu’elles prononcent, notamment afin de garantir la stabilité des marchés financiers, de véhiculer l’impression que tout va bien. Les déclarations récentes des banques centrales sont donc très révélatrices du climat ambiant.

Prenons par exemple le cas de la Banque de Hongrie. Lorsqu’elle a effectué en 2018 son premier achat d’or depuis 1986, ce qui lui a permis de multiplier par 10 ses réserves de métal jaune, elle a publié le communiqué suivant :

« Dans des circonstances normales, l’or permet d’augmenter la confiance. Par exemple, il peut jouer un rôle stabilisateur, agir en tant que ligne de défense majeure lorsque les conditions des marchés sont extrêmes, ou encore durant des périodes de changements structurels du système financier international, ou encore en cas de crise géopolitique aiguë. De plus, l’or reste l’un des actifs les plus sûrs. Il est en effet disponible en quantité limitée, il n’est pas lié au crédit ou à un risque de contrepartie vu que l’or ne dépend pas d’un tiers ou d’un pays. »

Ce regain d’intérêt pour l’or des banques centrales va changer sa perception. Lorsque les banques centrales mêmes mettent en exergue l’importance de l’or, ses points forts, le grand public devrait s’intéresser davantage à cet actif. C’est d’autant plus vrai alors que les opportunités d’investissements alternatifs sont de moins en moins attractives. Tandis que les taux d’intérêt nominaux ne cessent de baisser (par exemple, de plus en plus de banques allemandes répercutent les taux négatifs sur leurs clients), les taux négatifs resteront ou vont devenir la réalité. (…)

2020 : une nouvelle année en or

Il est toujours difficile de prédire l’avenir, y compris lorsqu’il s’agit du cours de l’or. Cela dit, des facteurs négatifs pour son prix sont en train de disparaître. En septembre, on ignorait encore que la FED et la BCE allaient jeter l’éponge sur le terrain de la normalisation des politiques monétaires, qui n’en était alors qu’à ses débuts. Et encore moins que les vannes de l’argent facile allaient être de nouveau ouvertes. Vu que l’or s’est affranchi du seuil de résistance important des 1360-1380 $, nous estimons que le cours de l’or devrait s’approcher de son record historique en dollars en 2020. La fête ne vient que de commencer.

Source : article de Ronald Peter Stoeferle, publié sur incrementum.li (sous-titres ajoutés)