Voici comment la Chine va secouer les contrats à terme du pétrole

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puits de pétrole

La Chine, le plus gros acheteur du monde de pétrole, est sur le point d’ouvrir un marché domestique pour la négociation des contrats à terme. Cette volonté existe depuis des années, mais le projet a souvent été reporté.

Le Shanghai International Energy Exchange, une division du Shanghai Futures Exchange, va se faire connaître sous l’acronyme INE. Il permettra aux acheteurs chinois d’acheter à terme du pétrole à un prix défini tout en payant en monnaie locale. Les investisseurs étrangers auront également la possibilité d’investir dans ces contrats, une première sur le marché chinois des matières premières, car la bourse est enregistrée dans la zone de libre-échange de Shanghai. Il y aura des conséquences pour le dollar américain, dont le rôle est bien établi sur le marché mondial du pétrole.

1. Quand les contrats seront-ils échangés ?

D’après le portail d’actualité Jiemian basé à Shanghai, qui cite une personne anonyme travaillant pour une société spécialisée dans les futures, les premiers échanges devraient démarrer le 18 janvier. De nombreux tests ont déjà été conclus, tous les préparatifs sont finalisés. Le conseil d’État chinois aurait donné son approbation en décembre, il s’agissait de l’une des dernières barrières légales. Cette volonté d’offrir des contrats à terme sur le pétrole a gagné en traction 2017 lorsque la Chine a supplanté les États-Unis en tant que plus gros importateur de pétrole du monde.

2. Pourquoi est-ce important pour la Chine ?

Ces contrats à terme devraient permettre à la Chine de peser sur les grands cours internationaux de référence, qui sont libellés en dollars. Ces contrats libellés en yuan permettront de promouvoir l’utilisation de la devise chinoise dans le commerce international, l’un des objectifs clés du pays à long terme. La Chine tirera également profit de ces contrats de référence qui se basent sur la qualité de pétrole utilisé par les raffineries locales, qui diffèrent des contrats occidentaux.

3. Comment cela marche ?

Les contrats à terme permettent d’acheter du pétrole à une date future à un prix fixé dans le présent. Les consommateurs les utilisent pour se protéger contre une hausse éventuelle des prix ; les spéculateurs les utilisent pour faire des paris sur la direction des prix. En 2017, les contrats à terme sur le pétrole de New York et Londres ont surpassé les échanges physiques par un facteur de 23. Le brut est l’une des matières premières les plus échangées du monde. Deux grands standards existent : le West Texas Intermediate, ou WTI, qui s’échange au New York Mercantile Exchange, et le baril de Brent crude, qui s’échange à Londres via ICE Futures Europe.

4. Pourquoi la Chine n’a pas créé avant ces contrats à terme ?

Les bas cours du brut ont joué un rôle. Ces contrats à terme chinois ont été proposés en 2012 après que le baril ait franchi la barre des 100 $. Mais, en 2017, les prix se sont élevés en moyenne à un peu plus de 50 $. Il y a également des craintes concernant la volatilité. La Chine avait déjà introduit ce genre de contrat en 1993, mais elle y avait mis fin un an plus tard seulement en raison de la volatilité. Durant ces dernières années, elle a sans cesse repoussé l’implémentation de ce nouveau contrat en raison des secousses sur les marchés actions et financiers. Ces mouvements déstabilisateurs ont souvent poussé le gouvernement chinois à intervenir sur les marchés d’une façon ou d’une autre.

5. Comment se débrouille la Chine sur les marchés des matières premières ?

Le nickel fut la dernière matière première majeure à faire son entrée sur le marché chinois en 2015. 6 semaines plus tard, les échanges de Shanghai surpassaient ceux du LME de Londres, une référence en la matière. En Chine, les spéculateurs jouent un rôle bien plus important, ce qui dope les volumes mais qui rend les marchés plus volatils. Début 2016, l’ancien patron du LME avait suggéré que certains investisseurs chinois ne savaient même pas sur quoi ils pariaient, en accumulant les positions sur des matières premières comme le minerai de fer ou les barres de renforcement en acier. L’augmentation folle des prix fut mise en sourdine lorsque la Chine intervint en mettant en place des règles de trading plus strictes, des frais plus élevés ainsi que des horaires d’échange réduits.

6. Les étrangers vont-ils acheter des contrats à terme chinois ?

Cela reste à voir. Cela signifie que les producteurs de pétrole étrangers, ainsi que les investisseurs, devraient composer non seulement avec la propension chinoise d’intervenir sur les marchés, mais aussi avec les mesures de contrôle des capitaux. Des restrictions concernant les mouvements financiers entrants ou à destination de l’étranger ont été mises en place durant ces 2 dernières années après la dévaluation-choc du yuan en 2015, qui provoqua une fuite des capitaux à l’étranger. Ces mêmes barrières ont contribué à faire des investisseurs étrangers une espèce rare sur les énormes marchés chinois obligataires et actions.

7. Le yuan pourrait-il menacer l’hégémonie du dollar sur le marché du pétrole ?

Sûrement pas dans un avenir proche, vu que payer son pétrole en dollars est une pratique ancrée dans les mœurs, d’après certains analystes. Shady Shaher, responsable de la stratégie macro de la banque dubaïote Emirates NBD PJSC, affirme qu’à terme il sera pertinent de s’intéresser aux contrats en yuans car la Chine est un marché clé, mais cela prendra des années. Le contributeur de Bloomberg Gadfly David Fickling estime que la Chine ne dispose pas « de l’influence nécessaire sur le marché du pétrole pour mener à bien un tel coup. » Par contre, le règlement du pétrole en yuan pourrait faire partie de la stratégie de la nouvelle route de la soie du président Xi Jinping, qui vise à développer les échanges économiques sur le continent eurasiatique, Moyen-Orient inclus. La participation chinoise dans l’IPO planifiée de la société pétrolière saoudienne Aramco pourrait permettre de convaincre l’opinion saoudienne d’accepter le yuan en guise de paiement, qui n’est utilisé que dans 2 % des transactions internationales.

Source : article de Sungwoo Park publié sur Bloomberg BusinessWeek