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Bulle du crédit

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crédit

Article de Nomi Prins, publié le 30 août 2016 sur DailyReckoning.com :

Les crises sont basées sur des paris composés (ou dettes) qui ont mal tourné. Cependant tout comme la foudre, les crises ne frappent généralement pas le même endroit à deux reprises, ou en tout cas pas à deux reprises consécutives.

Au cours des deux dernières décennies, nous avons vu l’effondrement des marchés émergents à la fin des années 1990, le scandale Enron en 2001-2002 et, enfin, la crise financière de 2008. Depuis cette dernière crise, la politique de « l’argent bon marché » menée par la Fed a aidé les grandes banques et corporations, mais la plupart des gens ordinaires ne s’en sont pas complètement remis.

Indépendamment du fait que la Fed relève ses taux ou véhicule de manière téméraire l’idée qu’elle le fera à travers les médias financiers, cette politique relative à la dette peut écraser l’économie à nouveau. Ici, nous allons tracer la façon dont la politique en question peut nous replonger en plein dans une nouvelle crise. La compréhension de la politique d’endettement vous permettra par conséquent de survivre à l’implosion imminente.

1.) Commençons par les prêts pour étudiants

La bombe de la dette relative aux prêts pour étudiants est en pleine explosion, et il y a peu de moyens pour y remédier. Notons que les prêts étudiants ne sont pas annulables via la faillite personnelle, ce qui signifie qu’il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser en vue d’un éventuel « nettoyage ». Le secteur financier a fait pression pour s’assurer de cela, notamment lorsque la Convention de prévention contre l’abus de faillite et pour la protection des consommateurs (Bankruptcy Abuse Prevention and Consumer Protection Act (BAPCPA)) a été adoptée en 2005.

En raison de cette loi, les banques privées se sont entassées dans le secteur des prêts (même si elles ont fait, depuis, marche arrière). Cela a alimenté, à son tour, les frais d’enseignement supérieur, ce qui a entraîné une dette étudiante encore plus consistante.

Les chiffres actuels sont impressionnants. Les Américains doivent environ 1,3 trillion de dollars en matière de prêts d’étudiants. Qui plus est, 43 millions d’emprunteurs en sont directement concernés. Il s’agit réellement d’une augmentation énorme, surtout si l’on compare la dette actuelle à celle de 2004, qui était de 260 milliards de dollars. La classe moyenne des diplômés en 2016 a une dette de 37 172 dollars due aux prêts étudiants, ce qui représente une hausse de 6 % par rapport à 2015 et de 12 % à par rapport à 2014. Le taux de délinquance des prêts étudiants a atteint un pic de 11,6 %, et continue d’être en hausse.

L’impact de cette réalité sociale est vaste, et le fait est que moins d’étudiants achètent des maisons, démarrent des entreprises, investissent et consomment. Tout cela nuit bien évidemment à l’économie à court et à long terme. Notons aussi que ce surplomb concerne de plus en plus d’Américains. La part de la dette étudiante « transmise » aux personnes âgées de plus de 60 ans, a grimpé en flèche de 8 milliards de dollars à 43 milliards, notamment à travers une déduction de 5 % des paiements de prêts de la sécurité sociale.

2.) Voyons en deuxième lieu les crédits automobiles à risque (subprime)

Vous avez peut-être entendu parler du montant record des ventes d’automobiles actuelles aux États-Unis – ce montant avoisine la somme impressionnante d’un trillion de dollars. Jamais les Américains n’avaient acheté plus de voitures neuves qu’en 2015. Fitch Ratings a imputé ce boom des ventes aux normes d’emprunt laxistes, en particulier en ce qui concerne les emprunts à risque (subprime). En effet, le taux des prêts automobiles à risque en retard de paiements planait au-dessus de 5 % en février – le plus haut niveau en 20 ans.

La chute des prix du pétrole représente également un des facteurs principaux de cette hausse des valeurs par défaut. Les compagnies du secteur pétrolier et gazier ont été durement touchées. En conséquence, elles ont procédé à des licenciements de personnel considérables, ce qui signifie que certains ne peuvent plus se permettre de payer leurs factures. Mais la baisse des prix du pétrole n’est pas le seul facteur responsable de l’augmentation des valeurs par défaut.

Le 23 mai, S&P Global Ratings a mis l’accent sur certains problèmes liés aux transactions des actifs de prêts auto à risque et à titres adossés. Rappelez-vous la règle de la foudre valable pour les crises économiques : elles ne frappent jamais deux fois consécutives au même endroit.

Les banques n’émettent pas autant de titres adossés d’hypothèques et des dérivés complexes liés que lors de la dernière crise. Au lieu de cela, elles ont mis au point de nouveaux services – à l’instar des prêts automobiles – dans le cadre du marché. Avec des taux à zéro et des investisseurs qui recherchent un rendement de partout, les banques ont alimenté une bulle de prêt dans le secteur automobile, en concoctant notamment les crédits auto à risque.

3.) Penchons-nous à présent sur les cartes de crédit

Le débit des cartes de crédit américaines va dépasser 1 trillion de dollars cette année, ce qui est, notons-le, un chiffre très proche du pic observé en 2008… En 2008, le taux d’épargne personnelle des Américains a été de 4,4 %, ce qui s’inscrivait dans le cadre d’un niveau historique s’élevant à 1,02 de trillion de dollars en matière de dette relative aux cartes de crédit. Ce taux a atteint 11 % en décembre 2012, mais a depuis redescendu à 5,4 %, tandis que la dette des cartes de crédit a augmenté. Cela signifie que la liquidité des Américains a chuté aux niveaux de la dernière crise. Ils ne disposent pas de la liquidité nécessaire pour surmonter les problèmes de la dette ainsi que pour surmonter les mauvais moments financiers, en général.

Selon Equifax, « les prêteurs ont émis 10,6 millions de nouvelles cartes de crédit à des emprunteurs à risque en 2015, ce qui représente une augmentation de 25% par rapport à l’année de 2014 ». Ainsi, il s’avère que les personnes les moins bien placées tirent le plus d’avantage(s) de la dette. Cela dit, les retombées ne se limeront pas seulement à ces personnes. Elles auront un impact sur la disponibilité du crédit vis-à-vis de tout le monde.

Pourtant, les banques continuent à émettre des cartes. Les émetteurs de cartes haussent les limites de crédit des clients, distribuent encore davantage de cartes et en tirent les avantages inhérents. Au cours du premier trimestre de 2016, les soldes de cartes de crédit de Citigroup ont fait montre de leur première hausse en glissement annuel depuis 2008. Les soldes ont également augmenté chez Discover Financial Services et J.P. Morgan Chase, à savoir le plus grand prêteur du pays, et pas seulement d’ailleurs.

4.) Un fait : 99% des ratios de trésorerie/dette des entreprises sont « pauvres »

Si les problèmes de liquidité n’avaient frappé que les consommateurs, la situation financière aurait été différente. Mais cela n’est pas le cas. Les 25 plus grandes sociétés américaines non financières, soit 1 % des sociétés, contrôlent 51 % du total des espèces détenues par toutes les sociétés américaines non financières, selon les données de S&P Global Ratings. Cela représente une hausse de 38 % par rapport à la même période il y a cinq ans maintenant.

Entretemps, notons que 99 % de ces entreprises ajoutent en réalité de la dette. Leurs ratios de trésorerie/dette ont chuté à 15 %, soit le niveau le plus bas de la dernière décennie. Cela signifie qu’ils ont 15 cents en espèces en moyenne pour chaque dollar qu’ils doivent. C’est une baisse si l’on compare ce chiffre au pic de 23 % en 2010. C’est également en dessous du ratio de 16 % en 2008.

Ce phénomène reflète l’appétit que les investisseurs affamés ont vis-à-vis de la dette des entreprises. Les entreprises utilisent cette dette pour réaliser des acquisitions ou pour rendre l’argent aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d’actions. Mais il s’agit là de mesures temporaires en matière de stabilité ainsi que de stratégies avec des rendements décroissants.

Le top 1 % des entreprises compte des liquidités accumulées s’élevant à la somme de 945 milliards de dollars, ce qui est plus que suffisant pour rembourser leurs dettes qui s’élèvent à 620 milliards de dollars. Elles ont également un ratio de trésorerie/dette de 153 %, soit un chiffre 10 fois supérieur à celui des 99 % d’entreprises restantes. Voici là une disparité qui éclipse en un coup d’œil celle de la récente crise financière.

Si la Fed relève ses taux, ces entreprises feront face à la probabilité d’acheter la dette à un coût plus élevé. Cela dit, même si la Fed ne soulève pas les taux, l’horloge tourne toujours vers le bas. Les entreprises qui ne disposent pas de suffisamment d’argent pour répondre à leurs dettes seront en difficulté.

Ces quatre chevaux de la dette, galopant vers nous simultanément à partir de différents secteurs, ne montrent aucun signe de ralentissement.

Ils déclencheront une dette apocalyptique aux États-Unis, et apporteront davantage des défauts, de vastes suppressions d’emplois et des retombées économiques, que la Grande récession elle-même.

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William White

Article d’Ambrose Evans-Pritchard, publié le 19 janvier 2016 sur le site du Telegraph :

« Le système financier mondial est devenu dangereusement instable. Il fait face a une vague de défauts qui testera la stabilité sociale et politique, avertit un monétariste réputé.

« La situation est pire qu’en 2007. Nos munitions macro-économiques pour combattre tout revers sont presque épuisées » a déclaré William White, le président du comité d’examen de l’OCDE et anciens économiste en chef de la BRI la banque des règlements internationaux.

« La dette a continué de s’accumuler durant les huit dernières années. Elle a atteint des niveaux si élevés dans chaque région du monde qu’elle risque de déboucher sur des conséquences déplaisantes » a-t-il déclaré.

« Il deviendra évident durant la prochaine récession qu’une grande partie de cette dette ne sera jamais remboursée. Ce sera très inconfortable pour des tas de gens qui pensent détenir des actifs valant quelque chose » a-t-il déclaré au Telegraph à la veille du Forum économique mondial de Davos.

« La seule question est de savoir si nous sommes en mesure de voir la réalité en face et de nous préparer à ce qui nous attend ou si nous gérerons la crise de façon désordonnée. Les effacements de dette remontent à 5000 ans, jusqu’au temps des Sumériens. »

La prochaine tâche dont devra se saisir les autorités est de gérer les effacements de dette donc de bouleverser ceux qui font partie des gagnants et des perdants dans la société sans provoquer de tempête politique.

M. White a déclaré que les créditeurs de l’Europe sont les plus susceptibles de perdre une grande partie de leur argent. Les banques européennes ont déjà admis l’existence d’un trillion de dollars de crédits non-performants. Elles sont fortement exposées au marché émergeant et ont très certainement fait rouler des créances douteuses qui n’ont jamais été dévoilées.

Le système bancaire européen pourrait avoir besoin d’une recapitalisation d’envergure jamais imaginée. Les nouvelles règles de « bail-in » signifient que tout dépôt supérieur 100.000 € sera mis à contribution afin de lever les fonds nécessaires.

Ces avertissements ont une résonance spéciale alors que M. White fut l’une des rares voix dans le microcosme des banques centrales à avertir entre 2005 et 2008 de la chute à venir des finances occidentales et de la possibilité d’une crise mondiale violente.

M. White a déclaré que les stimulations monétaires (QE et taux 0) des banques centrales après la crise Lehman se sont répandues jusqu’en Asie et dans les marchés émergents alimentant la bulle du crédit et l’augmentation des emprunts en dollars, des événements difficiles à contrer en raison de la libre circulation des capitaux dans le monde.

Résultat des courses, ces pays ont eux aussi été entraînés dans le bourbier. Combinées, les dettes publique et privée ont atteint un chiffre record dans les pays émergents (185 % du PIB) et même 265 % du PIB dans les pays de l’OCDE soit une hausse de 35 % dans les deux cas depuis le dernier cycle d’expansion du crédit, en 2007.

« Après la crise de 2008, les marchés émergents furent une partie de la solution. Aujourd’hui, ils font partie du problème » a déclaré M. White. (…)

Il a déclaré que la prédiction de l’événement déclencheur de la prochaine crise est impossible vu que le système est en roue libre et par essence sujet à la défaillance.

La dévaluation chinoise a clairement le potentiel de se métastaser. « Chaque pays majeur est engagé dans la guerre des devises même s’ils prétendent que les QE n’ont rien à voir avec la dévaluation compétitive. Tous ont joué à ce jeu, sauf la Chine. Or, celui-ci n’a pas de gagnant. La Chine pourrait rehausser sérieusement la mise« .

M. White estime que les QE et les politiques accommodantes de la Fed et de ses pairs équivalent à dépenser aujourd’hui les ressources de demain. Cela devient une addiction malsaine dont les effets s’atténuent avec le temps. En bout de course, le futur finit toujours par nous rattraper. « En bref, cela signifie que vous ne pouvez pas dépenser l’argent de demain » a-t-il déclaré. (…)

M. White a déclaré que la Fed se trouve aujourd’hui devant un dilemme embarrassant alors qu’elle essaye de se sortir de ses QE et de remettre le bateau à flot. « Il s’agit d’un piège de la dette. La situation est tellement grave qu’il n’y a pas de bonne solution. S’ils relèvent les taux, ce sera mauvais. S’ils ne le font pas, ce sera pire » a-t-il déclaré. (…) »