Egon von Greyerz : 40 ans de prospérité usurpée

Egon von Greyerz : 40 ans de prospérité usurpée

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Egon von Greyerz

Article d’Egon von Greyerz, publié le 9 novembre 2015 sur KWN :

« Toute personne qui regarde la réalité en face et qui s’en tient aux faits réalise que la situation actuelle est bien différente de celle décrite par les médias et les gouvernements des pays développés. À regarder Danse avec les stars et les journaux télévisés, il est impossible de comprendre ce qui se passe. Malheureusement, c’est le genre d’émissions que les citoyens des pays développés regardent. Les gens ordinaires comme ceux des classes supérieures ne comprennent pas que les jours de notre société sont comptés.

Pendant 100 ans, l’économie mondiale a prospéré sur des mensonges grâce à un système financier corrompu reposant trop peu sur la valeur réelle, la substituant par la création monétaire et le système bancaire à réserve fractionnaire. La synthèse de ces deux éléments a créé une perception de la prospérité jamais vue dans l’histoire. Peu de gens comprennent que la fausse richesse et les niveaux de vie élevés obtenus n’ont rien à voir avec le travail honnête ou les investissements mais par la création monétaire et le crédit qui ont créé cette illusion de la prospérité.

De la création de la Fed à Bernanke en passant par Nixon et Greenspan

Lorsque la Federal Reserve fut créée en 1913 par et pour les banquiers, la dette mondiale était négligeable. Elle a cru lentement jusqu’à ce que Richard Nixon réalise en 1971 que l’économie américaine ne pouvait pas survivre sans l’argent créé sorti d’un chapeau. À partir de ce moment, les États-Unis commencèrent à tirer profit de leur statut d’émetteur de la devise de réserve mondiale en imprimant des bouts de papier appelés dollar ou monnaie. Il fallut attendre l’émergence du maître du charabia financier de la Fed pour que la planète entière abandonne toute notion d’argent sain et entre dans une nouvelle ère financière déconnectée de la réalité. Alan Greenspan utilisait son propre langage, un langage que personne ne comprenait mais que tout le monde adorait car il donnait de la crédibilité à cette fausse prospérité. Il était un maître de la répression financière, ses taux d’intérêt déconnectés des réalités économiques créèrent une explosion du crédit et l’euphorie des marchés actions.

Pourtant avant de devenir le président de la Fed, Greenspan était un partisan de l’argent sain, ce qui signifie qu’il comprenait parfaitement l’importance de l’or mais comme c’est le cas dès qu’une personne intelligente assume un rôle politique : ses valeurs ou ses principes disparaissent. Son rôle fut donc d’aider le gouvernement à acheter des voix et à passer le témoin sans accroc sérieux. Son successeur, Ben Bernanke, fut l’homme le plus productif de l’histoire. Durant son règne, la dette américaine est passée de 8 à 17 trillions alors qu’il avait fallu plus de 200 ans aux États-Unis pour atteindre les 8 trillions. En 8 ans, Bernanke est donc parvenu à doubler ce montant.

La planète entière a suivi le leadership américain entre 1990 et 2015, la dette mondiale passant de 35 trillions à 225 trillions (x 6). Sur la même période, le PIB mondial n’a même pas été multiplié par 3. C’est ce qu’on appelle la loi des rendements décroissants. La planète doit créer de plus en plus d’argent pour éviter de régresser. Mais nous sommes arrivés au point où même la création exponentielle de crédit engendre un retour négatif.

Où sont les bonnes nouvelles ?

Où que l’on regarde, les nouvelles réelles s’empirent. Oui, il y a bien sûr une exception : les investisseurs des marchés actions sont toujours en plein délire. Que les nouvelles économiques soient bonnes ou mauvaises, la bourse continue de grimper vers des sommets vertigineux. Comme en 1929, en 1973, en 1987 ou en 2000, les investisseurs béats ignorent ce qui les attend. Dans le monde réel, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Voici quelques exemples.

Commerce mondial en chute libre

Quasi tous les indicateurs des échanges commerciaux indiquent une contraction substantielle. Le Baltic Dry est à un plus bas historique. Le China Container Freight Index a baissé de 50 % depuis son pic de 2011. En octobre, la Chine enregistrait sa 4e baisse mensuelle consécutive de ses exportations, cette fois de 7 %. Les conteneurs vides de Long Beach n’ont plus été aussi nombreux depuis 2006. Le fret ferroviaire aux États-Unis a connu sa plus grosse chute depuis 2009, tandis que le volume transporté par route a baissé de 60 % depuis 2014.

Toutes ces statistiques sont des indicateurs de l’état réel de l’économie. Elles sont aux antipodes des statistiques officielles manipulées comme le taux de chômage américain qui indique de fausses améliorations en ignorant les 94 millions d’Américains qui n’ont pas de travail ainsi que les pertes d’emplois chez les moins de 55 ans. Les emplois prétendument créés sont soit fabriqués par un modèle théorique qui se base sur la création éternelle d’emplois soit des emplois créés chez les plus de 55 ans.

Nous avons atteint le point de non-retour. Nous sommes au bout du chemin, proches du moment où tous les subterfuges des gouvernements et des banques centrales seront révélés pour ce qu’ils sont, à savoir des rustines pour retarder l’effondrement final. Comme l’a déclaré Mises :

« L’effondrement final d’un boum économique créé par l’expansion du crédit est inévitable. Il n’y a que deux issues possibles : soit provoquer la crise en abandonnant volontairement l’expansion du crédit, soit l’attente de son émergence via l’effondrement total du système monétaire de l’économie en question. »

Avant cet effondrement, les gouvernements feront tourner la planche à billets jusqu’à ce qu’elle explose.  De nombreux quadrillions de dollars seront probablement créés avant l’effondrement total du système monétaire. L’or physique ainsi qu’un peu d’argent sont les meilleures façons de préserver sa richesse et son pouvoir d’achat. »