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Egon von Greyerz sur la fragilité des banques + prédictions or pour les semaines à venir

Egon von Greyerz

Encore une fois, Egon von Greyerz excelle dans l’art de la synthèse. Dans sa dernière interview sur KWN, il dresse la liste des problèmes qui gangrènent l’économie mondiale en évoquant chiffres et événements d’actualité, et notamment le douloureux rappel de la fragilité des banques européennes, tout en dévoilant ses dernières prédictions pour l’or.

 

« Les fissures de l’économie mondiale ne cessent de s’agrandir jour après jour. Nous sommes sur le point de voir ces fissures devenir des trous noirs. L’une des plus grosses banques du Portugal est désormais sous grosse pression financière (Espirito Santo). En Autriche, la partie est terminée pour Hypo Alpe Bank. Erste Banke est également sous grosse pression à cause de pertes colossales sur des crédits hypothécaires libellés en francs suisses qui ont été accordés en Hongrie et en Roumanie.

Cela fait un moment que nous parlons des méthodes utilisées par les banques européennes pour maquiller leur véritable endettement. Cela ne concerne pas que l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce, mais aussi la France.

En Allemagne, la Deutsche Bank, qui utilise un effet de levier de 50, a aussi des soucis. Même les banques suédoises, situées dans un pays considéré comme très solide, ne pourraient pas survivre à une hausse majeure des taux d’intérêt. La Suède emprunte plus que la plupart des pays européens, toutes proportions gardées.

Mario Draghi le sait et va devoir bientôt leur venir en aide. La déflation en Europe est déjà un gros problème vu que les pays empruntent encore plus en raison des faibles taux d’intérêt. La dette augmente, et le risque avec. Cette situation va provoquer une grande opération de renflouement mondial, à laquelle les épargnants seront contraints et forcés de participer pour éponger les pertes des banques.

L’Allemagne vient d’approuver ce mode de règlement des crises bancaires, ainsi que le Canada. Nous allons bientôt revivre une crise similaire à celle de 2008. Mais cette fois, ce ne sont pas les gouvernements qui prendront le premier coup, mais les épargnants. Après quoi les gouvernements devront de toute façon intervenir, car les dépôts des épargnants ne seront pas suffisants pour couvrir les pertes des banques lorsque le quadrillion de produits dérivés explosera.

Dans de nombreux pays, les marchés actions sont toujours à des niveaux ridiculement élevés. Aux États-Unis, par exemple, il y a de moins en moins de gens qui travaillent, tandis que le pouvoir d’achat n’a pas vraiment augmenté depuis 30 ans. Les USA ont également de gros déficits et une dette élevée, alors que leur PIB est en baisse. Est-ce le signe d’une économie en croissance ? Certainement pas. Les investisseurs vont bientôt le découvrir en enregistrant des pertes douloureuses.

Lorsque la Fed aura mis fin à son QE en octobre et arrêtera d’acheter des obligations, les marchés actions et du crédit vont s’effondrer. Mais ce crash pourrait avoir lieu avant octobre. L’un des indicateurs clés de ce crash sera un déclin significatif du dollar. Le dollar est faible aussi bien sur les fondamentaux que sur les indicateurs techniques.

En tant que monnaie de réserve, le dollar n’est adossé à rien, si ce n’est à de la dette. La loi FATCA ainsi que les attaques des autorités américaines contre les banques étrangères vont accélérer la chute du dollar. Après l’amende de 9 milliards infligée à la BNP, c’est désormais Commerzbank et Deutsche Bank qui sont dans le collimateur.

La Russie, la Chine, l’Inde et bien d’autres pays se détournent désormais du dollar. Les pays européens vont suivre. Sommes-nous en train d’assister en direct à la fin du dollar ? Ces changements ne se font pas du jour au lendemain, mais nous allons bientôt assister à un revirement spectaculaire. Les investisseurs étrangers n’auront plus aucun intérêt de posséder des dollars, et les Américains vont voir le billet vert tout-puissant se dévaluer, surtout par rapport à l’or.

C’est pourquoi la situation d’aujourd’hui est tout de même différente de celle de 2008, car cette fois il n’y aura plus d’injection de trillions de dollars. Ou plutôt cela aura lieu, mais ce sera inutile, alors que la valeur des devises s’effondrera.

KWN a fait un travail d’information fantastique sur le marché de l’or. Le métal jaune est détesté des gouvernements occidentaux car il met en lumière leurs politiques désastreuses et la destruction du pouvoir d’achat opéré par les devises papier. L’Occident n’a quasi plus d’or. Dans cette bataille finale, l’Occident jouera son va-tout en créant de la masse monétaire à tour de bras, mais ce sera inutile.

Hier, nous avons assisté à une nouvelle hausse de l’or et de l’argent, nouvelle preuve que le plus bas a été atteint en juin. Je m’attends à un gros mouvement aussi d’ici la fin juillet. Nous pourrions assister à une pause en août jusqu’à l’automne, pour assister ensuite à la reprise de la hausse, qui permettra alors de battre un nouveau record. »